‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 129 sur 426 · Cf. A. Merlin, ibid., p. 517 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. A. Merlin, ibid., p. 517 et suiv

4 CATSLx, NII, 11683.

5. Mosaïques de Tunisie, 424 ; Musée Alaoui, pl. vin, n. 139; Cagnat-Ballu, Timgad, p. 31; A. Merlin, Althiburos, p. 45.

> re vida fé

Er

masques hideux ou grotesques, notamment des figures de Gorgone, n'avait, bien souvent, pas d'autre raison d'être.

Nous devons, en terminant, une mention particulière à une catégorie spéciale d’amulettes dites abraxas, pierres qnostiques ou pierres basilidiennes !. On sait que le nom de « gnostiques » est donné à des sectes religieuses orientales qui se formèrent et se développèrent aux premiers siècles de notre ère. Leur théorie principale admettait que la création du monde n’était pas l’œuvre de Dieu, mais d'une émanation divine, le Démiurge. Ce sont eux qui nous ont laissé les talismans nommés « abraxas » à cause d’un mot mystique, écrit ABPAZAC ou ABPACAE, qui se lit sur un grand nombre d’entre eux et qui désigne, en réalité, non pas le talisman lui-même, mais, selon les Pères de l’Église, le Dieu suprême des gnostiques. La raison de ce nom, auquel on a vainement cherché une étymologie, réside dans les influences des nombres. Les lettres du mot, additionnées suivant leur valeur numérique en grec, donnent, en effet, pour total, 365, total des jours de l’année solaire, et des 365 Éons créateurs, et dont la plénitude forme le

Fig. 455. — Abraxas.

Dieu suprême.

Notre figure 455 reproduit un de ces abraxas ?. On y voit, d’une part, à côté du mot abrasax un génie à tête de coq, à jambes de serpent, muni du fouet divin et d’un bouclier où est inscrit le nom IAQ ; de l’autre des lettres inexplicables. Il en est ainsi sur presque tous les monuments de cette sorte : ils offrent, à côté de caractères, généralement grecs, incompréhensibles, des assemblages bizarres de formes empruntées à la figure de l’homme ou à celle des animaux, des signes astronomiques, des attributs de toute espèce, qu'il faut se borner à constater sans pouvoir les interpréter.

De ces monuments destinés à protéger les humains contre Îles influences occultes, il faut rapprocher, par opposition, ceux qui avaient pour fin de leur faire du tort en les livrant à de mauvais

1. Cf. surtout Montfaucon, Ant. expliquée, II, 2° partie, p. 353 et suiv.; J. Matter, Hist. du Gnosticisme, Paris, 1844, 8°, 2° éd. ; Dom Leclercq, Dict. d'arch. chrétienne, au mot Abrasaæx.

2. Chabouillet, Cat. général des camées et pierres gravées de la Bibl. impér., Paris,-s.d., 12°, p. 283 ; Matter, op. cit., pl vix, fig. 3.

génies. Tel était le propre des tabellae defixionum. On donne ce nom à des feuilles de métal, généralement de plomb — car le plomb est une matière sombre, d'une pâleur funèbre, et surtout une matière tendre et facile à travailler — sur lesquelles on écrivait les noms d’une ou de plusieurs personnes auxquelles on voulait nuire, en les enveloppant de formules magiques !. Par là on offrait ceux qui y figuraient aux divinités infernales ou à quelque démon malfaisant. Afin de faire parvenir jusqu'à lui ces incantations, on roulait les plaques, qu'on perçait parfois d’un clou et on les glissait dans des tombeaux. C'est là qu'on les retrouve de nos jours. Des documents de cette série relèvent plus de l'épigraphie ? que de l'archéologie. Il convient pourtant de les mentionner ici brièvement ; car, pour bien préciser quelle était la personne que l’on vouait ainsi aux dieux souterrains, on traçait parfois son image sur la feuille de plombs à côté de la formule magique. Une tablette de cette sorte, recueillie à Rome *, vise le boulanger Praesenticius, sa mère et son fils : on y voit, grossièrement dessinés, les portraits des trois victimes ; au-dessus de chaque portrait, pour éviter toute erreur, on a eu soin d'indiquer le nom qui s’y rapporte. Même observation, à Carthage, pour des cochers dont on souhaitait la chute dans l'arène et la mort #. D'autres fois, on dessinait la silhouette du démon invoqué *.

Il arrivait aussi, ce qui revenait au même, que l'on remplaçât la tablette de plomb par une statuette,

Fig. 456. de plomb également où de terre cuite: sur la sta- Figurine ma- {fuette on inscrivait souvent alors le nom de celui | Pa ou de celle qu'elle était censée représenter. Dans le Tell de Sandahanna (Palestine méridionale), le D' Bliss a trouvé un groupe de seize figures d'hommes et de femmes en plomb, de six ou huit centimètres de hauteur et d’une exécution grossière. « Les personnages sont représentés dans des poses étranges et contournées, comme s'ils se tordaient dans des souffrances ; ils ont les mains et les pieds surchargés de liens savamment compliqués; ces liens

1. Cf. surtout A. Audollent, Defitionum labellae, Paris, 1904, 8°. 2. R. Cagnat, Cours d'épigr. latine, 4° ëd., p. 374 et suiv.

Page 1