‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 292 sur 426 · EE · texte numérisé non relu

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Fig. 641. — Autres formes usuelles de vases sigillés.

I. — Vases d'Italie, dits d'Arezzo. — La poterie sigillée pro .

ni

cède, nous le rappelons, d'une tendance à imiter, en une matière moins coûteuse, la vaisselle de métal — tendance qui s'affirme, au 1°" siècle, par la fabrication fort adroite de plateaux, de patères

et d'œnochoés à manches ornés, dont les images par photographie :

donnent presque l'illusion des travaux de toreutique ?. Cette poterie, à ses débuts, a surgi un peu partout dans le bassin de la Méditerranée 3 : sans aucun doute, il y avait des usines en Asie Mineure, surtout en lonie, et dans le sud de la Russie, peut-être aussi en

Sardaigne et en Égypte; mais bon nombre d'exemplaires en usage,

même dans ces diverses contrées, étaient des articles venus d’ail- »

leurs, principalement d'Italie, et l’on constate par leurs marques

4: D'après Walters, Roman Pottery, dernières planches. 2. Déchelette, Vases céramiques, II, pl. vur. 3. Dragendorff, Bonner Jahrbücher, CI (1897), p. 140-152.

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qu'entre les fabriques qui travaillaient ainsi pour l'exportation, une des plus actives et des plus anciennes était celle d’Arezzo (Aretium), au sud de Florence.

Cette cité, de fondation étrusque, resta d’abord fidèle au goût | toscan ; les premiers vases qui en sortirent étaient revêtus d’un vernis he. rappelant le bucchero local de l'époque grecque et les “vases de Cales. Mais bien vite elle se limita à faconner une terre rouge, nette et polie, d'effets très comparables à ceux que produit, en cette temte, notre cire à cacheter. Sa couverte brillante, également rouge, était un composé de silice, d'oxyde de fer et d’une substance alcaline. En dehors d'Arezzo, Pine mentionne les ateliers de Modène et de Sorrente ; nous savons qu'il y en eut encore à Rome, à Pouzzoles, à Capoue, à Gumes, à Rimini et dans quelques bourgades d'Étrurie, sans pouvoir dire si c'étaient des officines ee ou de simples filiales d'Arezzo. # Les formes, qui se ressentent de cette influence du métal, sont Dis simples qu’à l'époque hellénistique et plus archaïsantes (n° 1 à “14 de Dragendorff). On y remarque au premier coup d'œil des plats circulaires à pied surbaissé et des vases à panse plus ou moins large et haute, le plus souvent dépourvus d'anses, rappelant parfois nos saladiers ; les dimensions sont d’ He assez faibles. Doom élancées, en calice, sont celles des vases ornés ; les | vases arétins unis se retrouvent en Gaule à foison; les autres y sont plus rares, parce que leur fragilité en rendait le AnRReEs |: RS | La plupart de cee articles portent l'estampille du potier. Les noms: ‘étaient imprimés dans le moulé, à l’aide d’un timbre, en Does: incuses et rétrogrades ; ils se détachent donc en relief sur le vase lui-même. Ils posent ire problèmes embarrassants; car le propriétaire d’officine avait des esclaves, auxquels 1l permettait d'inscrire leurs propres noms, en plus du sien, sur les poteries qu'ils avaient confectionnées. Or le maître indique, suivant le “Cas, ses {ria nomuna ou, plus ordinairement, le prénom et le gentilice, d'aventure le gentilice seul; tout cela au génitif habituellement; le nom de l’esclave iôE au nominatif. Mais des abrévia- “tions fréquentes ne permettent pas toujours les distinctions de cas ; 41 ordre de succession des noms n'est pas invariable ; on a pu prendre le nom de l’esclave pour le cognomen du maître; enfin ce “dernier passe son gentilice à l’esclave affranchi. Outre les noms, on trouve pos RAR uniquement : en Italie, les formules o/f{ji-

“cina), ma(nu), fe(cit). L'aspect des lettres n'est pas toujours un indice chronologique ; beaucoup de fabricants se’ plaisaient aux notations à la mode archaïque : II pour E, I pour F. Les liga- “ures nombreuses compliquent enfin le déchiffrement. Ke Les noms sont inscrits dans des cartouches de genre très variés. M. Dressel a distingué parmi eux 87 formes !; d'une façon généærale, les marques rectangulaires sont les plus anciennes ; elles se logent à l'extérieur du vase, au milieu du dessin; tel est l'usage courant dans la période augustéenne. Ensuite viennent les marques “en forme d'empreinte de pied. Dans le champ de l'inscription on. ebserve quelquefois, d'autre part, des signes, des ornements {palme, couronne, étoile, figure d'animal); ils sont rares dans la production la plus récente ; mais alors c'est le cartouche lui-même qui prend une forme plus capricieuse. Nous donnons ici un aperçu

des marques d’Arezzo (fig. 642).

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Fig. 642. — Types d'estampilles trouvées sur les vases d'Arezzo.

Quant aux noms, ils ont été classés par les répertoires ? dans ordre alphabétique des gentilices; de chaque maître on a rapproché ses esclaves et affranchis. Les propriétaires ont des noms latins, leurs auxiliaires sont grecs ou d'origine barbare. On connaît “une quinzaine de familles de potiers ayant fabriqué des vases ornés ?. Deux noms éclipsent tous les autres : |

1° M. Perennius (abrégé en M. Pe, M. Per, M. Pere, M. Peren, où anscrit tout au long M. Perenni), qui travaillait vers 30 avant notre

LC. TES XV L pT08 . | 2. C.I. L., XI, 1,1, 'p. 1081-1160 ; XHIL, ur, 1, p. 94-1185 XV, 1,1, p. 70.

“Cf. H. Gummerus, dans l’£ranos, XVI (1916), p. 161-180. 3. Liste dans Déchelette, op. cit., I, p. 13 et suiv.

ère, avait peut-être une succursale à Centumcellae: deux de ses esclaves méritent d’être connus, Pargates et Tigranes. Le vase dont on trouve ici deux aspects (fig. 643) ! est signé à la fois de Perennius et de Tigranes ; il représente une de ces scènes de danses que laclientèle appréciait tant,

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Fig. 643. — Vase de Perennius et de son esclave Tigranes.

2° P. Cornelius employait une quarantaine d'esclaves; l’un . d'eux, Rodo, fit un vase portant le nom et la tête d’Auguste, ce qui date en gros le commerce de son maître.

On peut retenir aussi les noms d'Annius, Memmius, Rasinius ; ce dernier est un des plus récents. Ces fabriques du centre de l'Italie, d’aprèsles recherches les plus nouvelles ?, étaient dans l'ensemble en activité entre ces deux dates approximatives : 40 avant notre ère — 60 après J.-C.

- Deux catégories de sujets sont à distinguer. Dans la première, à laquelle reste attaché le ncm de M. Perennius, prédomine le décor en frise, où les figures sont répélées ou groupées, divisées quelquefois par de simples piliers ; les silhouettes ne posent sur aucune ligne de terrain autre que la bordure de la frise: Dragen- dorff en signale l’isocéphalie, non sans l’exagérer. Beaucoup se . livrent à la danse : ménades, satyres, esclaves sacrées portant la coiffure en corbeille d'osier dite « calathiscos » ; des suivants de Bacchus coupent les grappes ou les foulent ; mentionnons la Victoire, les génies ailés, les scènes de es Dans la seconde manière, celle de P. Cornelius et de la fabrique de Pouzzoles, le décor en l'emporte ; les figures, quand elles ne manquent

à D'après la Det Collection, pl. v, n° 125 ; cf. p.81. | . George H. Chase, The Loeb Collection of Arretine Poltery, New-York, 1908, 4°, et du même, Museum of Fine Arts, Calaloque EE Arretine Pottery, Boston, 1916, 4°.

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pas tout à fait, sont de taille extrêmement variable et perdent leur importance au profit des accessoires : feuilles, guirlandes, couronnes, masques, colonnettes, rinceaux de pampres, moulures diverses, godrons, bâtonnets, grènetis, etc... |

Cette décoration s'inspire largement des reliefs néo-attiques, de leur archaïsme un peu froid et guindé, ainsi que de la vaisselle d'argent d'Asie Mineure, dont elle copie les moufs secondaires. Les figures, par un souvenir du goût hellénique, se détachent librement sur un champ uni; les compositions sont aérées, sans surcharge ; nous noterons de touff autres procédés en Gaule. Par exception à la loi des influences réciproques, l'illusionnisme, si estimé des contemporains en sculpture, n'a jämais trouvé place sur la poterie sigillée. |

II. — Vases de Gaule. — Durant la seconde moitié du i°" siècle, les traditions dans cette forme d'art émigrèrent définitivement en Gaule. : |

A.— Vases moulés. — Déjà sous Auguste, js vases italiques du potier Aco ? et de son esclave Acastus avaient fourni des prototypes aux ateliers arvernes. Sous les premiers successeurs de ce prince, la fabrique de Saint-Rémy-en-Rollat (Allier) répandait des vases moulés à pâte blanchätre, grise ou jaunâtre, recouverte d’une glaçure jaune tirant sur le Lis Fe Les formes adoptées rappellent le bol, le mortier, le skyphos, l’'amphore sans anses, avec divers types de flacons. Presque tous ces vases sont baoiecl d'exécution médiocre ; dans leur décor monotone, le signe spécifique est une bande d arcs, avec fleurons greffés à l'extrémité de ces arcs (fig. 644) . à

Mais, comme en Italie, la pâte rouge à vernis rouge conquit les préférences. Avant de s'imposer dans un autre centre arverne, à Lezoux, elle avait accaparé l’activité des ateliers ruthènes de La Graufesenque (Aveyron). Ceux-ci, du reste, dont le commerce d'exportation s’inaugure sous Tibère, usèrent quelquefois d’un vernis particulier inconnu ailleurs : une glaçure jaune dont les veines rouges imitaient le marbre. Quant au vernis rouge, il est, plus brillant que celui d’Arezzo, et la pâte est plus dure. |

1. Déchelette, Vases céramiques. Répertoire de marques au C. I. L., XIII, ut, 1,-p. 119-464 (vascula gallica).

2. Cf. Germain de Montauzan, Annales de l'Université de Lyon, IT, 30 (1915), . p. 61 et suiv.; spécimen à la fgl 16. |

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