CHAPITRE. PREMIER LA PEINTURE. GÉNÉRALITÉS ET TECHNIQUE
Sommaire. — I. Éléments de cette étude. — II. Les surfaces peintes, — LIL. Matières et instruments. — IV. Procédés. — V. Développement historique. : — VI. Les influences diverses dans l'art de la peinture,
S [er — Éléments de cette élude.
L'étude des monuments romains de la peinture se présente à nous dans des conditions tout autres que celle des monuments de la sculpture. Pour cette dernière les exemplaires surabondent, et
… cela à tous les moments de la grande période que nous envisageons.
Il n’en va pas de même pour cette autre forme d'art; aussi devons-
. nous d'abord indiquer sur quels documents trop peu nombreux on parvient à édifier une doctrine encore incertaine et incomplète.
Ce nest pas que les anciens aient eu moins que nous recours, pour la décoration, à l'emploi des couleurs ; bien au contraire. Leur zone d'habitation comprenait surtout la région méditerranéenne, brillante, claire, ensoleillée, où 1l était bon d’adoucir le trop
grand éclat de la lumière. Aussi la peinture s'est-elle, chez eux, . partout insinuée, là notamment où nous ne la rencontrons plus - guère: nous ne peignons pas nos pierres tombales ; les façades de
MANUEL D'ARCHÉOLOGIE ROMAINE. — II. l
à I. LA PEINTURE
nos demeures laissent à nu la pie de taille, et sur les parois « en.
plus menus matériaux on n'étale qu'un badigeon uniforme et géné- < :
ralement de ton neutre. Or il est prouvé que jusqu'en Arabie, où les ï
ruines ne montrent que façades rugueuses et bosselées, il existait
de pimpantes villas, dont toutes les parois, extérieures, intérieures,
dissimulaient l’appareil peu soigné sous un crépi revêtu de nuances gaies : gris, vert, brun, jaune, rouge foncé ou bleu pâle‘. La pein-
ture monumentale est aujourd’hui de plus en plus rare et, quand'elle décore une salle publique, elle s'applique le plus souvent, non pas sur le mur même, mais sur une grande toile qu’on y a superposée. Dans nos maisons privées, nous nous servons de papiers peints
mécaniquement fabriqués, qu'ignoraient les anciens; à la place ils multipliaient les peintures brossées à la hâte. Une fresque …
avait-elle trop souffert de la négligence, de l'humidité, d'un acci-
dent, ou cessé de plaire, on la faisait disparaître sous une autre
couche de stuc qu'on peignait à nouveau, sans s'inquiéter de la déco-.
ration antérieure. À Utique, les fresques sont «parfois surajoutées
les unes aux autres en plusieurs couches. Certaines sont intention-
nellement piquetées pour faciliter l’adhérence d'une nouvelle épaisseur d’enduit ? »
Les stucs ainsi ornés ne s'éclarraient ordinairement que par la porte, et des voiles tendus dans F'afrium, entre les colonnes, tamisaient la lumière trop vive. Dans cette demi-obscurité, on n’aper-
cevait pas les imperfections de détail, et le peintre pouvait couvrir de larges surfaces à des prix modérés.
Nous n'avons point non plus coutume, dans un bas- relief, d’ indiquer tel motif par la couleur et non par le ciseau ; dans antiquité, on n'y répugnait pas. Rappelons seulement les rehauts de couleur sur
les armes des soldats, dans les scènes de la colonne Trajane. Enfin
l'usage de patiner et de colorier les statues a persisté jusque dans le
haut moyen âge, alors que, de notre temps, à peine quelques artistes isolés ont la curiosité d'y revenir. |
I est cependant un genre de fresque que les Romains ont négligé, malgré les nombreux exemples qu'ils avaient pu connaïtre : non seulement les Orientaux et les Grecs, mais, en Italie même, les Étrusques
et leurs imitateurs, les Osques, avaient peint à tar les tom- Sr
: Crosby Butler, Archit. in Syria, passim. , . A. Merlin, Comptes rendus de l'Acad. des Inscr., 1913, p. 114. Même so en Égypte : O. Rubensohn, Jahrb. des Inst. XX (1905), Ps, Tet 11,
fig. 10.
NES fe ÉLÉMENTS DE CETTE ÉTUDE 3
. beaux ; les scènes que ces derniers y multipliaient, concernant la mort ou les obsèques, la vie du défunt sur terre ou dans l'au-delà,
dé semblaient convenir aux goûts et aux idées de leurs successeurs
| et malgré tout, la peinture funéraire disparaît au in siècle av. J.-C.,
. là où s’établit la domination romaine !. Si, au n°de notre ère, on retrouve aux bords du Nil des traces dé peintures dans la niche d’un hypogée, tout y est strictement é£ gyptien, PR et procédés ?. Cette
. peinture funéraire ne ressuscite d’ailleurs qu'à l'époque impériale,
sous l'influence de l'Orient, et de préférence chez les chrétiens, contraints à une vie souterraine par les persécutions.
.. L’antiquité n’a point conçu la peinture comme un art indépendant, se suflisant à lui-même ; c'était avant tout un élément de décor au service de l’architecte et du statuaire. De là le développement prodigieux de la production industrielle ; la « peinture en bâtiment » des peuples classiques est d’un ordre bien plus relevé
que la nôtre, qui répond surtout à une pensée de conservation et
… de propreté apparente ; l'idée d’enjolivement y demeure accessoire.
… Chez les anciens elle prédomine. Dans le grand art, nos peintres,
… auxquels le public moderne donne le pas sur les sculpteurs et les
architectes, s'appliquent en première ligne au tableau de chevalet, article de salon ou de musée, très demandé sous des climats où
… lon vit moins au dehors. C'est un genre que l'antiquité aussi à pra-
… £iqué ; c’est même sur lui que se fonde, à partir du 1v° siècle avant
notre ère, la réputation . grands artistes; mais on s’y adonne
peu chez les Romains et, à voir certains noms de peintres que les auteurs nous ont transmis, nous nous persuadons que la peinture
. de tableaux, à Rome, est une occupation de gens aisés, tout comme ré tude du grec.
Nous ne pourrons en prendre connaissance directement : la fra- | gilité de la matière fut cause d'un anéantissement total, irrémé- 4 diable. Il y eut —on l'a constaté par leurs empreintes sur Fendi - des panneaux de bois peint incrustés dans des murs de Pompéi ? ; … ils ont disparu. C'est tout juste si, grâce à la siccité on io il des sables de l'Égypte, sont revenus au jour, dans une maison de ; . Tebtynis, Do RAT sur panneaux de bois tombés de là paroi
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1. F, Weege, Oskische Grabmaleret (Jahrb. des Inst., XXIV [1909], p. 99ac)
2. Exped. Ernst Sieglin, UT RAC in Alexandria, Leipzig, 1 (1908), f°, pl BAIE Cf. DR: LEIV.
18. Cf. Donner von Riotiter. Rôm. Mitth., XIV (1899), p. 119-140.
où les soutenaient des cordonnets de chanvre ; ils gisaient en débris sur le sol ; on a pu heureusement les reconstituer !. Mais en somme nous n'avons de cet art qu'un aperçu par les copies fort libres que des fresques nous en offrent ; celles-ci montrent encore comment étaient généralement compris et fixés au mur les tableaux encadrés, parfois munis de volets protecteurs ?.
Dans quelle mesure la technique de ces peintres est-elle chose grecque ou invention latine ? Il n’est point aisé de s'en rendre compte. Nos sources écrites sur la matière sont presque uniquement de basse époque: Pline, Pausanias, Lucien, Élien, Athénée rapportent des traditions déjà lointaines, mais vraisemblablement altérées ; les théories du premier, tout spécialement, ont rencontré chez les archéologues une sévérité très compréhensible. On ne peut mettre en doute néanmoins les récits d’après lesquels la Rome primitive attira libéralement lés peintres grecs; les décorateurs du temple de Cérès, au commencement du v° siècle, s'appelaient Gorgasos et Damophilos ; des Romains d'adoption, comme Pacuvius de >rindes (n° siècle av. J.-C.) et Lycon, natif de l'Asie Mineure, enluminent, l’un le temple d'Hercule au Forum Boarium, l’autre celui de Jupiter à Ardée; il y aurait à citer encore beaucoup de : noms helléniques avant celui du Romain Fabius Pictor qui couvrit de peintures, en 304, le temple de Salus à Rome. Ce Fabius ne nous est point signalé comme un novateur ; il est à présumer que, disciple des Grecs, il copia leurs procédés et leurs formules. Une fresque retrouvée sur l'Esquilin (fig. 372) date incontestablement de la République; or elle rappelle la peinture décorative des Hellènes, par la division des sujets en zones superposées, comme sur les vases . peints, par le fond blanc ou jaunâtre, crémeux, sur lequel se profilent les personnages, d’ailleurs tout romains de silhouette, enfin par ce fait que le nom de chacun d'eux est indiqué au-dessus 2e lui.
Que valaient les vieux essais romains de peinture d'histoire, tels que les ouvrages reproduisant les épisodes des guerres puniques ? Messala exposait en 256 dans la Curia Hostilia un tableau représentant sa victoire de Sicile sur Hiéron et les Carthaginois. Mancinus, qui le premier avait forcé les remparts de Carthage, montra au peuple sur le Forum l'image de cet assaut . Peinture électorale, a-t-on pu dire, et non sans trivialité, c'est probable. Ces