‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 3)Chapitre 63 sur 426 · Gusman, Villa de Tibur, fig · texte numérisé non relu

Gusman, Villa de Tibur, fig

La grande légende nationale prenait forme à demi allégorique dans des tableaux polychromes en sectile !. A droite, sur un rocher, la louve et les deux nourrissons cherchant ses tétines ; un autel, dans le champ, dominant ce groupe. Dans le milieu, un arbre à riche frondaison, où deux oiseaux s'ébattent parmi les hautes branches ; c’est le figuier déjà cité, sous lequel se détache le pâtre Faustulus. À gauche, élevée sur un suggestus architectonique et portée par un trophée de boucliers, la déesse Rome assise, tenant le sceptre ; à un niveau inférieur, deux ou trois bêtes pour indiquer le troupeau. On a mis les oiseaux et l'autel en rapport avec les heureux auspices de Rome et souligné le caractère latin de certains détails, conçus peut-être par un artiste romain. (

Un ensemble pictural considérable de l’Esquilin, dont les vestiges, partiellement effacés, sont au musée des Thermes de Rome ?, rapprochait de l'enfance de Romulus les exploits de son précurseur. Quelques inscriptions garantissent tout au moins la donnée essentielle. |

Une équipe de maçons élève les remparts d'une ville qui ne peut être que Lavinium. A la suite, une bataille fait rage entre des adversaires nommément désignés : les Rutules, d'une part, et les Latins, alliés des Troyens. Les premiers sont presque nus, pauvrement équipés ; les autres, plus civilisés, ont un armement tout classique, et naturellement ils sont vainqueurs. Un dieu fluvial est témoin du combat, que la tradition situait au bord du Numicius. Ce guerrier terrassé par un autre, est-ce le roi Turnus tué par Énée? Peut-être; alors Énée reparaitrait plus loin, sous un casque à panache, auprès du fleuve, dans le sein duquel, suivant une version, il se serait noyé. Puis c'est Ascagne, son héritier, qui conclut la paix avec le roi de Caere, Mézence, et son fils Lausus. Enfin on travaille à édifier une autre ville, Albe la Longue probablement.

De là nous passons à un deuxième sujet, qui s'interprète sans embarras. Une femme voilée, entourée de ses compagnes, écoute distraitement un discours pressant : c’est Rhéa Silvia que son oncle, le roi d’Albe Amulius, persuade d'entrer chez les Vestales ; la reine insiste dans le même sens, pendant que le père de la jeune fille, Numitor, essaie en vain de protester. Et voici, sans transition, deux hommes qui fuient devant une apparition terrifiante : Mars

1. Tomassetti, Rôm. Mitth., 1 (1886), p. 1-17. 2. Monumenti, X, pl. Lx et 1x a ; Helbig, Führer, I, n° 1451-1454 (avec la bibliographie).

nages : deux d’entre eux brandissent la lance, face à l'observateur ;

… où se rendait la Vestale est indiquée par un dieu barbu tenant un

roseau ; derrière lui surgit la Fortune, qui favorisera les fruits de cet amour.’

En attendant, la prêtresse coupable est conduite devant le roi et devant'son père. Puis, toujours sans aucun lien entre les épisodes, une figure de fleuve, le Tibre, étend les bras d'un geste accueillant ; deux hommes lui apportent en effet, dans un berceau, des

nouveau-nés craintifs : Romulus et Rémus. Nous les retrouvons au

panneau suivant : ils ont grandi, ce sont des bergers aux champs : une déesse locale, sous les traits d’une femme voilée, semble veiller sur eux. |

Composition hachée, on le voit, mais qui conserve les données caractéristiques, du moins celles qui se prêtent à la note romanesque ici prédominante. Exécution souple et aisée, où rien ne

rappelle les autres œuvres d'art inspirées de la même légende.

L'ouvrage, indépendant de la tradition virgilienne, doit avoir pour date la fin de la République ou les toutes premières années de l'Empire.

L'histoire vraie est plus que rare ; elle fait presque défaut dans ce répertoire. Cependant nous pouvons décrire ici (fig. 372) un autre fragment de fresque trouvé sur l'Esquilin, exceptionnel encore en ceci que la peinture décorait une chambre funéraire !. Elle

est divisée en zones superposées, dont quatre sont aujourd’hui

reconnaissables. Dans celle d'en bas, il y a trace de trois person-

CN

du troisième on remarque surtout le casque surmonté de deux

. hautes plumes, comme en portent les Samnites sur les vases peints.

Au-dessus, deux guerriers parlementent — des inscriptions les nomment M. Fannius et Q. Fabius — ; derrière celui-ci, un groupe d'hommes, vêtus comme Fabius d’une tunique blanche ; naïvement

l'artiste a réduit leur taille, afin de pouvoir en étager plusieurs

rangs. L'énigmatique Fannius n’a qu'un simple pagne, des jambières et, croit-on voir, une fourrure jetée sur l'épaule. À Ia troisième zone, les deux interlocuteurs sont encore là, à peu près

—… pareils, mais à la gauche de Fannius est représenté un mur de for-

teresse ; des silhouettes se posent dans les créneaux. Ce Fabius 1: Bull. comunale, 1889, pl. xi-x1; Baumgarten, Hellen. rôm. Kultur pl. vi (en couleurs). : ?

pourrait être le vainqueur de Sentinum (295 av. J.-C. ) ; la paléographie, du moins, est bien d'époque républicaine, etle fond neutre, les tons bruns des corps nus, la palette peu riche, tout nous ramène plutôt à l’ancienne peinture grecque qu'à celle du début de notre ère. On s’est demandé si ce débris ne nous donnait pas quelque idée des fresques dont un autre Fabius, dit Pictor, orna le temple de Salus en 304.

Un seul tableau se réfère sûrement à un fait historique déterminé. Sophonisbe au moment de s’empoisonner, telle est la scène identifiée par la figure du général, debout en manteau de guerre, sur la tête duquel on distingue la cicatrice propre à Scipion l'Africain (Helbig, 1385) !. Il regarde froidement la fille d'Hasdrubal, étendue sur un lit somptueux et dont le regard se fixe devant elle, pendant qu'elle tient la fatale coupe. Derrière, et penché sur elle, Massinissa semble ébaucher, à l’adresse de Scipion, un geste de prière. Cette peinture d'histoire unique n’est même pas conforme au récit des auteurs ; car, d'après eux, le roi numide aurait tendu le breuvage à la malheureuse sans même descendre de cheval; mais le a voulu fondre une scène nuptiale et une .scène funèbre ; Scipion, qui va assister à l'agonie, intervient ici comme l'exécuteur de la volonté des dieux.

Un événement de la chronique locale est aussi rappelé dans une pemture du musée de Naples. En 59, au cours d'un combat de gladiateurs, une cause futile mit aux prises des Pompéiens et des gens de Nocera. Aux plaisanteries, aux reproches mutuels succédèrent les coups, avec des pierres et avec des armes. Le premier camp eut le dessus; il y eut tant de victimes parmi ses adversaires que le Sénat de Rome, saisi de l'incident, interdit pour dix ans toute célébration de jeux à Pompéi. Du moins n'était-il pas défendu de commémorer l'incident, comme le prouve la fresque, amusante en son pauvre slyle, ici reproduite (fig. 400) ?. Nous reconnaissons, quoique déformé par une perspective enfantine, l'amphithéâtre, tel qu'il a subsisté, et ses escaliers monumentaux. De petits groupes sont éparpillés ; on se bat dans l'arène, que recouvre un velum, au sommet des gradins et dans les rues adjacentes ; des blessés gisent sur le sol (Sogliano, 604) à.

1. Mon. Pomp., exvur, 2 ; Baumeister, Denkmäler, II, p. 1687, fig. 1768. 2. D’après Gusman, Pompéi, p. 175.

Page 1