DE TIBÈRE AUX FI.AVIENS
Deux célèbres camées méritent aussi de prendre place dans cette série; leur conception est éminemment monumentale, en dépit des faibles dimensions de l'objet '.
La Gemma Augustea de \'ienne (fig-. 33"2) est une sardonyx à deux couches, divisée en deux registres, celui d'en haut justement un peu plus grand que lautre, car il contient la scène essentielle, qui fait suite en quelque sorte à celle du dernier skyphos de Boscoreale. le triomphe pannonien de Tibère. Pourtant Auguste y occupe la place la plus en vue : il trône sceptre en main, tel un dieu, dans une demi-nudité héroïque; sa droite tient le lituus indiquant que Tibère a triomphé sous ses auspices; à ses côtés la déesse Rome, avec le casque et la lance - ; tous deux ont pour escabeaux des boucliers; entre leurs tètes, le signe du capricorne sous lequel l'empereur est né. L Univers lui pose une couronne de chêne; le Ciel — ou rOcéan — s'appuie sur son trône; en avant, la Terre avec deux enfants ; au delà de Rome, un homme jeune en équipement de guerre, qui doit être Germanicus, et enlîn, composition audacieuse, un bige vu de trois quarts du côté arrière. Du char, conduit par la \'ictoire. descend Tibère en toge, couronné et muni du sceptre ; il va s'agenouiller devant Auguste vers lequel se dirigent ses regards •'. En opposition avec cette scène, où domine un calme majestueux et serein, le registre inférieur olTre une composition mouvementée : des soldats romains érigent un trophée : ils ont placé des armes au sommet d'un tronc d'arbre qu'ils sapprèlent à planter verticalement; dans le nombre est un bouclier au type du scorpion, constellation sous laquelle naquit Tibère. Deux captifs pannoniens, un homme aux bras liés, une femme la tète dans les mains, sont déjà assis à la place qu'ils occuperont au pied de l'arbre; symétriquement on en joindra deux autres, que des soldats traînent par les cheveux. Ce superbe ouvrage est probablement de Dioscoride, graveur grec du i*^"" siècle; les deux zones sont isolées, suivant un usage hellénique; l'Empire plane au-dessus des vaincus.
(>ette dernière idée ne s'aflîrme pas moins dans le (Irand Camée de la Bibliothèque Nationale, fluii relief encore plus saisissant, grâce