Kondakof, Hist. et monuments des émaux byzantins
TRIPTYQUE DE KAKHOULI 697
. perdue. Admirablement conservés, ce sont de véritables chefsd'œuvre de finesse et d'exécution technique ; mais le coloris, si riche qu'il soit, n’a plus la merveilleuse harmonie du reliquaire de Limbourg ; et si intéressants que soient ces ouvrages, surtout par ce qu'ils nous apprennent sur les procédés de l’émaillerie, on peut difficilement les faire remonter plus haut que le xr° siècle, et il faut se garder, malgré le bruit qui a été fait autour d’eux, de les considérer comme des chefs-d'œuvre. Et peut-être, dans cette collection Zwénigorodskoï, doit-on davantage retenir ces nimbes émaillés (x1° siècle), d'un dessin et d’un coloris exquis, dont d’autres exemplaires encore se rencontrent au couvent de Ghélat en Mingrélie (xu° siècle) et sur les icones de l'Annonciation conservées à Saint-Clément d'Ochrida (milieu xr° siècle). Ce sont des merveilles d’ornementation originale et délicate, de véritables chefs-d'œuvre d’orfèvrerie polychrome, où l’on ne saurait assez louer la grâce libre du dessin, l'harmonie des couleurs, la perfection de la technique. Certes on y reconnaît clairement l'influence de l’art persan et de l’art arabe ; mais tout cela se fond en une combinaison si nouvelle et si charmante, que-ces ouvrages, d’une si curieuse originalité, peuvent être regardés à bon droit, selon l'expression de Kondakof, « comme les modèles les plus parfaits de l’ornementation byzantine ! ».
Enfin le désir de décorer richement les icones a produit parfois de véritables compositions d’orfèvrerie. Le triptyque de Kakhouli, au couvent de Ghélat, et la célèbre Pala d’Oro, qui décore le grand autel de Saint-Marc de Venise, en sont des exemples remarquables.
Triptyque de Kakhouli. — L'icone de la Vierge de Kakhouli (fig. 345, 346) occupe le panneau central d’un grand triptyque d'argent doré, orné de feuillages au repoussé, au milieu desquels sont fixées de nombreuses plaques d'émail.-La pièce d'orfèvrerie a été exécutée en Géorgie vers le second quart du xn° siècle ; mais les émaux, d’origine certainement byzantine, sont de date plus ancienne. C’est ce que prouvent une plaque où l’on voit le Christ couronnant l’empereur Michel VII et sa femme Marie d’Alanie, et deux croix émaillées où des inscriptions nomment le roi Cyrique d'Abkhazie. Ces indications nous reportent à la seconde moitié du x‘ siècle, et c’est à cette date qu'il faut attribuerla plupart de cesémaux. Ils représentent dessujets divers, la Déisis, l’'Hétimasie, le Pantocrator, la Vierge trônant, les