CHAPITRE IV
I. Les icones. Musée chrétien du Vatican. L'Athos. La Russie. Ochrida. Icones en mosaïque. L'école de Novgorod. — II. Les miniatures. Les manuscrits profanes. Le goût hellénistique. Les portraits. Skylitzès. Les manuscrits religieux. Le psautier serbe de Munich.
La peinture d’icones est, avec la fresque, une des formes essentielles de la production artistique entre le xi° et le xvi° siècle. Une grande partie des œuvres décrites par les auteurs d'éxpousets sont des icones, et il semble bien en effet « que la peinture de chevalet convenait à l'esthétique nouvelle, mieux encore que la fresque ? ». Les artistes de l’école crétoise en particulier semblent avoir été de grands peintres d’icones. Malheureusement, l’étude de cette catégorie de monuments est, malgré les découvertes faites et les recherches poursuivies en Russie en ces dernières années, une science toute neuve encore, et où l’on ne peut guère arriver à des conclusions fermes. On se contentera donc ici de quelques brèves indications. 7
Musée chrétien du Vatican. — Dans beaucoup de musées d'Italie, surtout au Musée chrétien du Vatican, et dans un certain nombre de collections particulières, on rencontre des peintures sur
1. Rohault de Fleury, LaSainte Vierge, Paris, 1878 ; J. Durand, Notes sur deux tableaux byzantins (Bull. monumental, 1879); Kondakof, Monuments de l'art chrétien à l’Athos, Pétersbourg, 1902 ; Iconographie de Jésus-Christ, Pétersbourg, 1905 ; Munoz, L'art byzantin à l'exposition de Grottaferrata, Rome, 1905 ; Likhatchef, Matériaux pour l'histoire de l'iconographie russe, Pétersbourg, 1906; Kondakof, Macédoine, Pétersbourg, 1909; Likhatchef, Importance historique de la peinture d'icones italo-grecque, Pétersbourg, 1911; Kondakof, Iconographie de la Vierge, 2 vol., Pétersbourg, 1914-1916; Aïnalof, La peinture byzantine du XIV: siècle, Pétersbourg, 1917 ; Mouratof, Les époques de la peintures d’icones, 1906, et Histoire de la peinture (dans I. Grabar, Histoire de l'art russe, t. VI), Moscou, 1913; Réau, L'art russe, Paris, 1921. Kondakof a laissé une histoire de la peinture d'icones, qui sera, il faut l’espérer, publiée prochainement.
. 2. Millet, Art. byz., Il, 944.
bois, d’origine byzantine, généralement exécutées à la détrempe, et quelquefois signées de noms d'artistes. Une des plus célèbres, que possède le Musée chrétien du Vatican, représente de façon pittoresque et animée la vie des ascètes de Syrie et les funérailles de saint Éphrem ; on y lit le nom du peintre Emmanuel Tzanfournari, et l’œuvre est intéressante par l’analogie frappante qu’elleoffre avec une éxvpoasxç du milieu du xv° siècle, due à la plume de Jean Eugenikos. On a pendant longtemps attribué ce panneau au x° ou au xi° siècle. Quand on l’examine plus attentivement, on constate que, malgré son apparence ancienne, il est d'époque beaucoup plus récente; 1l est d’ailleurs peint à l'huile et date très vraisemblablement du xvi° siècle. On voit par cet exemple quelle prudence est nécessaire quand on veut dater les peintures qui, à Florence, à Turin, à Naples, à Berlin, portent les signatures d’Andreas Rico de Candie, de Donatus et d'Angelus Bizamanus d'Otrante, de Théodore, etc. [1 semble probable toutefois qu’'André Rico, dont on voit une Madone assez belle aux Uffizi de Florence et une Mort de la Vierge à la Pinacothèque de Turin, vivait à la fin du xim° ou au commencement du xiv° siècle, que Donatus Bizamanus peignait au xv° siècle, et Angelus Bizamanus au xv° !. Mais au total la valeur de ces peintures est généralement assez médiocre, et elles offrent plus d'intérêt pour l’iconographie que pour l'histoire de Part.
Les thèmes représentés sur les icones ne diffèrent point en effet de ceux que reproduisent les fresques. On y voit les scènes ordinaires de l'Ancien et du Nouveau Testament, les figures des saints, apôtres, évêques, diacres, solitaires, martyrs, dans les attitudes et sous l'aspect que leur attribue le Guide de la peinture. C’est ainsi qu'une tablette de la collection Sterbini à Rome, qui remonte au x1v° siècle, représente la Transfiguration ; une autre du xv°, la Nativité ; deux panneaux du Musée chrétien du Vatican, datant du xvi® siècle, montrent sur un fond d’or les saints Antoine et Éphrem ; deux triptyques de la même époque, conservés au même musée, figurent l’un la Déisis, entre saint Georges tuant le dragon et saint Jean l'Évangéliste écrivant ; l’autre le Christ entouré de - saints, entre l'arbre de Jessé et la vigne de Jésus-Christ ; un panneau de la galerie des Uffizi à Florence représente la Vierge et
1. Frothingham, Byzantinearlists in Italy (American Journalof archaeology, 1894).
Manuel d'Art byzantin. T. II. 5
l'enfant, avec des sages et des prophètes, et semble dater du xive siècle. Toutes ces peintures sont exécutées avec un art minutieux ; le modelé, presque trop soigné, est obtenu par des touches menues, par des lignes parallèles minces et serrées. Ce qui est surtout intéressant dans ces ouvrages, comme dans les icones slaves de même date et de facture assez semblable que possède le Musée du Vatican (les Douze fêtes, xv° siècle; saint Nicolas et les épisodes de sa vie, xvi° siècle, etc.), c'est de voir à quel point se sont conservées, jusqu'à une époque très moderne, les formes anciennes créées et développées par l’art du moyen âge : tant la pensée religieuse d’où elles sont nées est demeurée vivante dans tout l'Orient chrétien.
L'Athos.— Il semblerait qu'on dût trouver des œuvres d'époque plus ancienne et de date plus certaine dans quelques-uns des grands sanctuaires de l'Orient. Et en effet, dans les couvents de l’Athos, on signale quelques icones intéressantes : à Chilandari, la Madone Tricherousa, que l’on attribue au xiv° siècle, et qui semble une œuvre d'art serbe ou bulgare; à Zographou, une image de saint Georges, bien conservée, mais qui est traitée dans le style italien du xv° siècle; à Vatopédi, une image des saints Pierre et Paul, qu'une inscription fausse attribue au temps d'Andronic Paléologue, mais qui date du xvi° siècle ou de la fin du xv° ; à Vatopédi également, sur le cadre qui entoure une Vierge en stéatite, d'intéressantes figures des douze apôtres (xv° ou xvi° siècle); et surtout, à Lavra, la Madone dite « de Koukouzelis »,que Kondakof ne juge pas postérieure au xm° siècle, et qui est exécutée dans un style large et tout antique. Mais, ces ouvrages mis à part, aucune icone importante ne se conserve à la Sainte-Montagne ; les images de la Vierge, très nombreuses, sont, même les plus célèbres, du xvi ou du xvn* siècle; et l’école crétoise, à qui on en doit plusieurs, imite volontiers l’art italien ou même l'art de l'Allemagne du sud.
La Russie. — Il semble que les sanctuaires de Russie renferment des icones plus dignes d'attention, soit qu’elles y aient été apportées de Byzance, soit qu’elles aient été exécutées à l’imitation des modèles grecs. Malheureusement elles n'ont guère été étudiées jusqu'ici, et les dates qu'on leur attribue sont pour la plupart purement traditionnelles. Kondakof estime toutefois que beaucoup d’entre elles appartiennent à la période qui va du xi1° au xive siècle. C'est à cette dernière époque qu'on peut rapporter, entre autres, la belle icone représentant le Sauveur sur son trône, qu'on voit à