I. — GÉNÉRALITÉS SUR L'ARCHITECTURE RELIGIEUSE CIVILE ET MILITAIRE
L'Egypte, conquise rapidement par Amr-ibn-el-As,quelques années après qu'Omar s'était emparé de la Syrie, a toujours vu son histoire étroitement liée à celle de cette province. La conséquence de ces rapporis constants estque ces deux pays ont réagi Fun sur l’autre et que, par conséquent, dans bien des circonstances, l'art s'y est développé d'une façon analogue. En 634 (J.-C.) Damas tombait entre les mains des musulmans, en 637 Omar entrait à Jérusalem, et Alep et Antioche succombaient successivement, Peut-être même devrait-on attribuer aux monuments de cette dernière ville une influence sur la cons'ruction de la Koubbet-es-Sakhra de Jérusalem, puisqu'il v avait à Antioche une célèbre église en rotonde, dédiée
à la Vierge Marie qui, d'après Maçoudi !, était une des merveilles du monde. Quoique le style de ces monuments syro-égyptiens ne se différencie du style adopté parles architectes du Mogreb que vers la fin du ix° siècle, nous suivrons dès le début l’ordre chronologique régional, ce manuel pouvant être consulté sur place. À
Les mosquées, dispositions générales. — Avant d’étudier les monuments individuellement, quelques mots sur les dispositions générales de la mosquée sont utiles : l'embryon en est le mihrab ou kibla , niche creusée dans le mur et qui indique aux croyants la direction de la Mecque vers laquelle ils doivent se tourner dans leur prière ; ce mur se double d’une cour découverte, et l’on obtient ainsi la disposition primitive des msalla de l'Afrique du Nord. Le premier type de mosquée est celui de la mosquée à portiques ; elle est formée d’une cour centralecarrée (sahn) au milieu de laquelle se trouve la fontaine aux ablutions et qui est fermée par des portiques ({iwans) dont le plus profond est celui de l'est, au fond duquel se trouve le mihrab; ce portique constitue un oratoire couvert à nefs parallèles ; à côté du mihrab se trouvent le minbar, chaire à prêcher, les dikkas estrades où se placent les lecteurs du Koran, les koursis, pupitres massifs où l’on dépose le livre sacré. Ce plan est celui de toutes les mosquées du Caire jusqu'aux Ayoubites. A partir de cette époque les petites mosquées et même les grandes sont construites souvent dans le plan cruciforme des medressés ou académies religieuses, plus tard enfin la conquête ottomane apporte au Caire le plan des grandes mosquées turques à coupoles.
Les premières mosquées furent toutes tracées sur ce plan si logique (fig. 20). En réalité tout le mur du mihrab, sur toute sa lonsueur, est pour ainsi dire assimilé au point de vue de l'orientation des fidèles au momentde la prière, au mihrab lui-même, on y ad'ailleurs quelquefois pratiqué des mihrabs auxiliaires, c'est donc en somme la nef qui s'étend le long de ce mur qui forme à vrai dire lesanctuaire proprement dit. Il faudrait donc considérer que l'agrandissement de la mosquée a dû se faire parallèlement à cette direction, et c'est en effet ce qui estarrivé plusieurs fois. Il était naturel que les plafonds ou les voûtes de ces nefssoientsupportés indifféremmentou par des colonnes ou par des piédroits. On employa donc Îles colonnes antiques, leurs chapiteaux et leurs bases à soutenir ces arcades, mais quand elles faisaient défaut, i1fallait bien y suppléer par des piédroits. Ceux:ci, pour paraître plus légers, furent cantonnés de piliers cylindriques