‹ Manuel d'art musulmanChapitre 60 sur 193 · S9 FI[B · texte numérisé non relu

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bordée comme la cour intérieure d'un crénelage fleuronné, présente un grand parti de grandes niches méplates couronnées de stalactites où sont percées les fenêtres ; elle est couronnée d’une grande inscription neskhi, interrompue par la porte qui a la forme.

Fig. 93. — Vue intérieure de la salle principale des bains près de Ia mosquée el-Moyed (actuellement détruits), vers 823 H.-1420 J.-C.

d'une haute voussure ; au-dessus de la porte, le linteau et son are de décharge sont incrustés de voussoirs de marbre découpé noir et blanc. La porte elle-même a des vantaux de bois sur lesquels sont fixés des motifs de bronze découpés et ciselés, analogues à ceux des portes intérieures, mais 1c1, comme à la porte intérieure de Hassan, ces motifs sont damasquinés et incrustés d'argent (ils ont été très habilement restaurés).

Cette mosquée affecte le plan cruciforme, avec ce caractère exceptionnel que le lHiwan plus spécialement consacré au culte est presque aussi large que la courelle-même et est divisé en trois nefs,un

peu comme une chapelle chrétienne, par deux rangées de colonnes

.(fig.90 ;. Ces colonnes sont d’une belle proportion, couronnées de chapiteaux un peu bizarres. Les lambris de marbre sont fort beaux ainsi que quelques vitraux anciens qui existent encore dans la travée centrale du grand liwan. Les plafonds, qui ont été restaurés avec le plus grand soin, nous donnent un des premiers exemples de ces décorations si élégantes. [ls sont bordés d’une corniche en quart de cercle, avec des retombées d’angles à stalactites, et décorée de grandes inscriptions en léger relief et dorés sur fond d'azur. Les gorges des corniches, les éléments courbes des ornements en basrelief, les caractères des inscriptions, sont obtenus par des fibres de palmier ou d'alfa agglutinés avec de la colle forte et du blanc d'Espagne; les stalactites sont, comme au tombeau de Hassan, construites au moyen de bâtis en planches assujettis sur des bois plus ou moins gros, et la forme est obtenue en clouant sur ces carcasses des lattes jointives ou des planchettes de bois très mince. Le plafond lui-même, d'un si somptueux effet, est obtenu par des moyens élémentaires ; 1l se compose de grandes rosaces entrelacées ; la carcasse est en tronc d'arbres qui forment solives ; ces solives, si elles sont apparentes, sont arrondies dans leur portée, et aux extrémités qui restent de section carrée ou rectangulaire, le passage de la section carrée à la section circulaire est racheté par des stalactites. Des entrevous sont cloués sur ces solives et leur subdivision est obtenue par des planches découpées ou deslattes formant relief sur le fond. Il est rare que le bois reste apparent.

Presque tout est recouvert d'une couchede peinture dont le blanc d'Espagne forme le fond général, et qui doit être à base de gomme arabique, comme les peintures de Sidi-Okba à Kairouan. Les dorures sont appliquées au moyen de blanc d'œuf. C’est encore ce procédé qui est employé par les artistes tunisiens ou marocains ; c’est celui qu'indique le moine Théophile !. Il y a intérêt à comparer ce plafond avec certaines pages initiales de Corans à la Bibliothèque khédiviale du Caire : on y retrouve les mêmes harmonies. Si la tonalité de ces plafonds paraît d’abord un peu trop vive, il faut songer que pour faire de l'effet dans l'ombre, il leur faut cette vigueur, et que nous avons peut-être trop pris l'habitude de ne goûter que des tons gris et sans franchise.

Cette mosquée est aussi une école et sur la cour intérieure

1. Théophile, Diversarum artium Schedula. Traduct. par l'Escalopier, p. 42, Paris. |

s'étagent les logements ; leurs fenêtres s'ouvrent dans de longues arcatures dont l’archivolte ést décorée de moulures en chevrons.’ Les assises sont alternativement claires et foncées : : les portes ont un arc de décharge exécuté comme aux portes de la medressé de Hassan, avec unlinteau orné d'incrustations de marbre suivant des dessins d’arabesques symétriques encore relativement simples. Les vantaux des portes en bois, revêtus de plaques découpées de bronze appliquées par de gros clous arrondis, rappellent par la disposition d'un médaillon central, des écoinçons, d'un encadrement, les reliures de certains manuscrits. [ls donnent, par le mariage du bronze poli et du bois, une impression de richesse au moinsaussi distinguée que les portes tout entières revêtues de bronze. A côté du grand hiwan, se trouve le tombeau de la fille de Barkouk, sous un dôme ogival, uni, qui.

comme les dômes turcomans, Fig. 91. — Un des deux minarets de la repose sur une corniche de

re du Sultan El-Moyed cons- 5 re

truits sur les tours de Bab-Zoueila stalactites à peme saillantes.

au Caire, de 18 H-1416 JG. à 823 Mosquée Barkouk « extra

HP JE, muros ». — Barkouk est enterré dans la mosquée Barkouk extra muros, achevée par, son He Farag (1399) et qui est à la fois une mosquée, une fontaine, une école, ui couvent et un tombeau (fig. 91). Sur sa façade, se dressent deux beaux minarets, malheureusement découronnés (fig. 92). Le fût à base carrée, assez élevé, présente sur ses quatre faces des fenêtres à balcons et à stalatite ; la plate-forme carrée, soutenue par une corniche à stalactictes bi composée est bordée d’une balustrade à panneaux pleins. De

cette plate-forme s'élève un fût cylindrique dont la plus grande

partie est décorée d'une sorte d'entrelacs à larges dispositions. C'est de là que s'élançait le couronnement à arcades, surmonté d'un bulbe que j'ai encore pu dessiner en 1879. L'entrée de la mosquée est monumentale, composées d'assises claires et foncées alternativement, peintes pour la plupart; elle s'ouvre sous une voussure à stalactites. La porte elle-même est couronnée par un linteau soulagé par un arc de décharge à claveaux alternés et découpés. A droite est une fontaine (Sébil) au-dessus de laquelle se trouve une petite école (kouttab) selon une disposition très fréquente au Caire depuis la fin du xiv° siècle. Cette école forme une petite loggia ouverte sur deux côtés par un portique de trois arcades ogivales, surhaussées, à claveaux alternés blancs et de couleur, autrefois abritées par un auvent en charpente maintenant ruiné. Lorsqu'on a pénétré dans la cour rectangulaire, on y voit au centre une fontaime; sur les quatre faces s'étendent quatre grands liwans formés de quatre grands portiques à arcades ogivales voûtées de briques en coupoles sphériques sur pendentifs, ce qui est au Caire tout à fait exceptionnel. Derrière le Hiwan de droite, sont ménagées des pièces de service, les lieux d’ablutions et les latrines ; à gauche se trouvent des chambres; celui des liwans qui est opposé à l'entrée constitue la mosquée proprement dite; ila trois travées de profondeur; il renferme un mihrab assez simple, surmonté d’une coupole côtelée te d’un profil allongé, qui n'a plus aucune décoration ; mais le minbar de pierre sculptée, don du sultan Kaït-Bey en 1483; est d'un merveilleux travail. De chaque côté de ce liwan sont les deux salles carrées qui renferment les tombeaux. Des claires-voies en bois les ferment sur le liwan. Dans ces claires-voies s'ouvrent des portes serties dans un chambranle simple et formées de deux vantaux dont les panneaux carrés sont composés de pièces de bois assemblées suivant un tracé géométrique qui dérive du carré et de l'octogone. La partie supérieure du chambranle porte une grande inscription sculptée. La disposition réticulée de ces claire-voies, qu'on retrouve à la fontaine de la mosquée de Chaban, est touteautre que celle des moucharabis ordinaires, ou des clôtures de Talaï Abou Rezzik, de Kaït-bey extra muros, Kalaoun, etc... Ce ne sont plus des pirouettes, ou des diminutifs de balustres tournés, assemblés à angle droit ou à 60°. C'est un vrai treillis géométrique à Jour, composé de polygones convexes ou concaves de seize côtés et de polysones étoilés ; cette disposition, rare au Caire. est au contraire très fréquente en Perse, d'où elle a passé en Turquie où elle a été par- MANUEL D'ART MUSULMAN. — Î. 10

tig, 95. — Mosquée

funéraire de Kaït-Bey extra

muros.

fois traduite en marbre ajouré l: on la rencontre aussi au Turkes-

tan ; elle semblerait originaire de Chine, où on la trouve fréquem-

Fig. 96. — Vue de l’intérieur de la mosquée sépulcrale de Kaït.-Bey extra muros au Caire (au fond le minbar et le mihrab), 877 H.-1472 J.-C.

ment employée encore de nos jours. La salle carrée du sud abrite les tombes des femmes du sultan, celle du nord couvre les tom-

beaux du sultan lui-même et de ses deux fils. Ces deux salles sont couvertes de deux coupoles ogivales dont, à l'intérieur, les penden-

1. A la mosquée Sitta Nafissa au Caire (xvir° siècle), le minbar présente des treillis de marbre découpé semblables à ceux des minbars turcs.

tifs à stalactites sont très simples et très clairs, sans l'inutile complhication où se plaisaient souvent les artistes arabes. A l'extérieur, ces pendentifs sont accusés par une succession de moulures profilées parallèlement à la face de l’octogone inscrit, correspondant à l'angle où se trouve le pendentif. Ce mode de raccord, qui n’est pas disgracieux en géométral, le devient beaucoup pour peu qu'on regarde l’édifice sous un angle un peu prononcé. Il est notablement moins heureux que le raccord par pyramides échelonnées, employé

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Fig. 97. — Mosquée Kaït-Bey extra muros au Caire.

par l'architecte de la mosquée Ak-Sonkor, aux tombeaux des califes (fig. 100) et au tombeau de l'émir Soliman ben Selim (fig. 108). La surface extérieure de ces dômes est décorée de chevrons en relief; ils sont couronnés par un épi en bronze, à boules et à croissant. Mosquée du sultan El-Moyed.— La mosquée que fit construire au Caire El-Moyed ( 1414J.-C.), près de Bab-Zoueïla, reproduit le plan carré et les portiques de la mosquée funéraire de Barkouk. La porte d'entrée s'ouvre sous un beau porche aux assises alternées noires et blanches. Les montants de la porte sont en granit et son linteau, dont les voussoirs sont découpés d’arabesques de marbre, est, en outre, décoré de petits médaillons de faïence bleue et de marbre rouge. Je ne parlerai pas de la cour ni de ses portiques. mais seulement du liwan est qui constitue la mosquée proprement dite, et près duquel se trouve la salle du tombeau du fondateur. Ce

Hiwan à trois nefs parallèles au mur du mihrab sur huit travées de

large !. Les arcs intérieurs reposent sûr des colonnes un peu disparates ; ils sont allongés, appareillés en assises de marbre alternées blanches et de couleur, et allégés dans leur axe et à l’aplomb de leurs colonnes par des arcades ogivales. Les plafonds, bien supérieurs

Fig. 98. — Mosquée funéraire de Kaït-Bey au Caire. Détail de la coupole.

pour la richesse à ceux de Barkouk intra muros, ont des entrevous alternativement longs et carrés et des solives apparentes, alternativement cylindriques et octogonales, peintes dans une harmonie bleue et or ?, avec peu de blanc mais très accentué ; les caissons,

1. La description que je donne ici est faite d’après mes notes de 1879, avant la restauration qui a, d’ailleurs, scrupuleusement respecté l’état ancien.

2. Il serait intéressant de comparer, au point de vue de l'harmonie des couleurs, les pages initiales des Corans enluminées pour les mosquées des sultans et dont la plupart sont conservés à la Bibliothèque khédiviale, au Caire, à celle des plafonds peints des édifices qui leur sont contemporains, on y trouvera la plus grande analogie, si j'en juge par mes observations personnelles.

ayant pour fond le ton naturel du bois présentent une ornementaton très distinguée en blanc et or. Les murs latéraux sont décorés de lambris de marbre monochromes, très ressemblants, comme

Fig. 99. — Détail de la cour hypètre de la mosquée de Kaï-Bey intra muros au Caire {de 840 H.-1436 J.-C. à 873 H.-1468 J.-C.).

parti, aux lambris byzantins, de Sainte-Sophie par exemple. Le mur du fond est décoré d’un lambris d’applique, en dalles de marbre, de granit ou de porphyre, surmonté d’arcades feintes en appliques de marbre découpé, dans les écoinçons desquelles sont des médaillons ou des découpures de marbre, de porphyre ou de granit. Le tympan de ces arcades est aussi décoré de médaillons circulaires en marbre. C’est au-dessus de ces arcades, dont l’imposte est formée d’arcatures en faïence bleue, que sont percées les fenêtres avec leurs

dalles de plâtre ajouré garnies de verresde couleur. Mais la merveille de la décoration est le mihrab, plus décoré que tous ceux que nous avons vus et même d'une richesse presque excessive. Déjà des bandes de faïence bleue et de nacre se mêlaient aux mosaïques de marbre

Fig. 100. — Deux tombeaux dans la nécropole de Kaït-Bey dits les tombeaux des Califes. — Cliché Gervais-Courtellemont.

depuis le xm° siècle ; ici cet emploi se généralise, au linteau de la porte d'entrée, aux torsades du contre chambranle, dans l’imposte des ares du mur du mihrab, enfin dans le mihrab lui-même où de petits médaillons circulaires bleu turquoise réveillent le marbre blanc. C'est déjà le style très fleuri, un peu trop raffiné, un peu mièvre, qui va s'épanouir dans les monuments de Kaït-Bey et d'El-Ghouri.

Les minarets d'El-Moyed sont du type de Barkouk extra muros, mais plus précis dans l'exécution (fig. 90). L'étage des fenêtres à balcons est décoré de colonnettes chevronnées ; des rinceaux meublent

les vides entre les sommets des niches, et une inscription formant frise reçoit les premières stalactites du balcon de la première plate-forme. Le raccord de l'octogone au carré se fait par une petite pyramide et cette partie carrée pose elle-même sur la plate-

Fig. 101. — Palais de Kaït-Bey au Caire. — Cour intérieure d'après une photographie de M. Max van Berchem.

forme des tours de Bab-Zoueila dont les assises rouges et jaunes s’harmonisent avec les assises colorées du minaret.

A côté de cette mosquée, se trouvait autrefois un bain dont la salle centrale était carrée et couverte d’une grande coupole supportée par des pendentifs à stalactites où certaines parties, formant des clés pendantes et isolées, étaient de vrais tours de force de taille de pierres ; Je donne ic1 la photographie de cette salle qui n'existe plus

Nous voici arrivés aux monuments de Kaït-Bey où tous leséléments différents sont fondus dans un art homogène, non seulement au Caire, mais même en Syrie : Si à Damas, par exemple, le minaret

de la grande mosquée dû à Kaït-Bey présente, mêlé à l’architecture du Caire, l'élément purement damasquin du balcon abrité d'un toit octogonal que soutiennent des colonnes appuyées sur la balustrade, le petit sébil du Haram-el-Chérif, dit de Kaït-Bey, bâtie en 1445, esttoute égyptienne, avec sa coupole allongée couverte d'une broderie d’arabesques.

La mosquée de Kaït-Bey extra muros, au Caire, est le type complet de la mosquée funéraire du xv° siècle : elle réunit une mosquée, un tombeau, une fontaine et une école, et groupe tout un petit village autour d'elle (fig. 95). Son plan avec cour hypètre, est une condensation du plan crucilorme (fig. 96). Le sébil et le kouttab se trouvent à droite de l'entrée, le minaret à gauche ; la cour à, sur deux côtés, les petits liwans qui conduisent aux dépendances, sur unautre côté, lesanctuaire, avec la salle du tombeau, et unliwan aussi large que le sanctuaire, mais moins profond, se trouve en face de lui.

Ce qui frappe d'abord, à la vue

é L Fig. 102. — Okel de Kaït-Bey près de de ce petit chef-d'æuvre exquis, Bab-el-Nasr au Caire (873 H.-1468

c'est le parti de la décoration des J--G.):

assises blanches et rouges (une

partie seulement des matériaux ont naturellement une coloration propre, les autres sont peints). La porte elle-même a un linteau de granit bordé d’une grecque de marbre noir incrustée dans le marbre blanc (fig. 96). Au-dessus, se trouve un arc de décharge aux voussoirs noirs et blancs, liés par des découpures un peu trop détaillées quise pénètrent réciproquement ; c'est là encore un de ces tours de force de métier dont abusèrent un peu les Arabes. Cette porte dont le vantail est orné d'applications de bronze ajouré est surmontée, comme à El-Moyed, d’une petite fenêtre, et la voussure est soutenue par une série de berceaux et de portions de voûtes d'arête et de pénétration qui forment un support bien plus logique à la

trompe supérieure que les entassements de stalactites que nous avons souvent rencontrés. Les stalactites sont ici réduites à un rôle plus modeste et mieux défini; elles servent de transition entre la trompe supérieure et ses supports, en formant comme une demicouronne éloilée. Dans les angles, elles rachètent le pan coupé du

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