PRÉFACE ET INTRODUCTION
en font accroire au peuple, prédisant beaucoup de choses qui ne sont point signifiées par les causes naturelles.
La vanité desquelles étant reconnue, fait que les plus avisés ont suspectes et condamnent les autres prédictions qui se tirent des causes physiques. Cela ne peut toutefois être sans injustice, non plus que si on rejetait la philosophie, d’autant que quelques-uns feignant la savoir, se rencontreraient imposteurs et méchants.
Du reste, il est évident, que ceux-mêmes qui sont instruits dans les lettres, et qui avec autant de diligence que d’industrie s’emploient en cette science, se trompent le plus souvent, non pour les raisons que j’ai ci-dessus alléguées, mais à cause de la nature de la chose, et de la faiblesse de l’esprit humain, qui ne peut atteindre à la grandeur d’un art si relevé.
Si quelquefois on se trompe aux prédictions, est-il raisonnable pour cela d’en condamner la science?
Rejetons-nous l’art de conduire les vaisseaux, parce que souvent il arrive des naufrages?
Mais en une si haute et si divine science, il nous convient sans plus, d’embrasser gaîmentceque nous en pouvons atteindre, et ne faut pas y chercher une certitude en tout, comme d’un art que l’esprit humain pourrait exactement savoir : mais tâcher de l’enrichir et la rendre plus capable, par les conjectures qui se peuvent tirer d’ailleurs.
Et comme nous ne condamnons pas les médecins pour s’informer de la maladie du patient, et de sa nature: aussi de même ne nous faut-il point reprendre ici, lorsque nous demandons quelque chose, soit du pays, soit du genre, soit des mœurs, ou bien des autres accidents.»