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d'où les expressions : monnaie forte^ quand la première valeur dépasse la seconde; monnaie faible, dans le cas inverse; monnaie droite, quand les deux valeurs sont égales. Les monnaies faibles ne doivent être considérées que comme dos monnaies d'appoint, n'ayant pouvoir libératoire que pour une faible somme déterminée.
1. Les régimes monétaires. — Le système monétaire comprend l'ensemble des règles qui régissent une monnaie aux points de vue du nom de l'unité, de la quantité de métal quelle représente, de son mode de division, du titre de Talliage légal, du choix de l'étalon. Le métal choisi comme étalon jouit du double privilège suivant : pouvoir libératoire illimité et libre frappe. Il y a frappe libre lorsque l'État reçoit tous les lingots que les particuliers lui apportent et leur restitue, sous forme d'espèces monnayées, un poids de métal fin égal à celui qui lui a été remis. C'est la frappe libre qui constitue l'élément essentiel du régime monétaire; la démarcation entre pays à étalon d'or et à double étalon incomplet est ainsi très faible et même arbitraire, puisque l'Allemagne, jusqu'en 1008, accordait cours légal illimité à ses thalers d'argent, pour une
valeur de 3 marks.
Les différents régimes monétairesreposent sur l'étalon d'argent, l'étalon d'or ou le double étalon. Le double étalon est caractérisé par l'admission de l'or et de l'argent à la frappe libre, les deux métaux ayant pouvoir libératoire illimité et étant liés l'un à l'autre par un rapport légal. Le double étalon a disparu dans son intégrité avec la dépréciation de l'argent; il s'est transformé en système boiteux ou incomplet, ou en gold exchange standard ou étalon d'or quant au change.
Le double étalon boiteux ou incomplet, adopté par tous les pays bimétallistes : Union latine. Hollande,
d'or fin. La valeur au tarif est égale à la précédente, diminuée des frais de monnayage; soit 3 137 francs pour l'or tîn. La valeur commerciale est évaluée au cours du marché. La valeur courante, nominalu ou légale, est 1a valeur iûscriic sur la picce.
LA MONNAIE M^.TALLIQUE
Espagne, etc., repose sur les principes suivants a) l'or seul jouit de la frappe libre; b) l'or et certaines pièces d'argent conservent un pouvoir libératoire illimité; c) le rapport légal entre les deux monnaies est maintenu.
Le gold exchange s/a/u/arcT s'applique aux pays qui ont fait abus du papier-monnaie et qui sont au régime de 1 étalon d'or (Brésil) ou du double étalon (République Argentine). Les instruments monétaires sont d'argent ou de papier, mais des réserves dor permettent de convertir, à un taux fixe, cette circulation intérieure en monnaie d'or, en vue des règlements extérieurs. Cet or est déposé dans une Caisse de conversion ou bien à l'Étranger.
2. Les métaux monétaires. — Chaque métal est approprié à un certain âge de la civilisation; quand un métal se trouve déchu de sa condition primitive d'objet de luxe par le progrès de la richesse et des arts, il ne peut plus conserver la fonction monétaire. Ainsi s'explique l'évolution qui, partie du fer et du bronze, est a rivée aujourd'hui à l'or. La sapèque de cuivre suffit encore aux besoins des Chinois et, avant d'avoir recours à l'étalon d'or, il faudra qu'ils passent par l'âge de l'argent qui existe déjà pour leurs transactions internationales. Le métal blanc a suffi pendant longtemps à l'Europe et il a fallu que la baisse de sa valeur vînt précipiter son déclin.
Au reste, chacun de ces métaux conserve sa place et son utilité dans la circulation; leur différence de valeur les spécialise simplement pour l'échelle des échanges. Tout au plus, voyons-nous le bronze céder sa place au nickel et à l'aluminium. Mais l'adoption de l'étalon d'or n'entraîne point la disparition des pièces d'argent et de billon.
Les trois grands pays producteurs d'or sont l'Afrique du Sud, les États-Unis, l'Australie; viennent ensuite la Russie, le Mexique et le Canada. Au cours de la décade 1901 à 1910, 52 0/0 de la production totale de i*or, soit
LA MONNAIE MÉTALLIQUE
10 milliards sur un total de 19 milliards et demi, ont été absorbés par l'augmentation des encaisses des banques et des trésors publics, 23 0/0 ont été employés dans l'industrie, et le reste (25 0/0) a été versé dans la circulation ou thésaurisé. A la fin du deuxième trimestre de 1913, les encaisses de tous les Instituts d'émission représentaient un total de 29 milliards de francs, dont 23 milliards 662 millions d'or, soit le tiers de l'or produit depuis quatre siècles.
De 1901 à 1910, l'Empire anglais a fourni 57 0/0 de l'or produit, provenant de l'Afrique du Sud, de l'Australasie, du Canada et de l'Inde; Londres en reçoit 39 0/0 et se trouve être ainsi le grand marché de l'or, quïl revend h l'Europe, aux États-Unis, à l'Egypte et à l'Inde. Les États-Unis reçoivent la production américaine (31 0/0), dont ils consomment les trois quarts sur place, le reste étant exporté, en France notamment. La Russie absorbe sa production et importe encore de l'or de Londres. De 1901 à 1910, la France aurait reçu environ 4 milliards d'or, dont 500 millions seulement ont été réexportés.
Les cours de l'or sont restés au pair depuis 1904; en France, les fluctuations sont enregistrées en millièmes de prime ou de perte par rapport à la base du pair au tarif (3437 fr.); en 1898 et 1899, on a enregistré le maximum de 6,5 0/00 de prime.
Les deux grands pays producteurs d'argent sont les États-Unis et le Mexique. Après avoir été stationnaire de 1893 à 1906, par suite de l'arrêt des achats du gouvernement américain et de la suppression de la frappe libre aux Indes, la production a repris une marche ascendante, soutenue par les emplois industriels et les besoins monétaires; l'Amérique du Nord en livre les trois quarts, et l'Amérique entière 87 0/0. La production de l'argent a également été stimulée par le fait que ce métal est le plus souvent un sous-produit de l'extraction du plomb et du cuivre, dont la consommation a pris une extension énorme.
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MANUEL D'ÉCONOMIE COMMER(flALE
Les États-Unis concentrent la plus grande partie de largent produit j)ar l'Amérique; de 1901 à 1910, sur un total de 56 millions et demi de kilogrammes de métal fin, ils en ont produit 17,2, importé 17,4, utilisé 3,2 pour le monnayage, 4,5 dans l'industrie, et réexporté l'excédent (27 millions). Leur principal acheteur est l'Angleterre qui en reçoit 22 millions, plus des arrivages directs du Mexique, de l'Amérique du Sud, de l'Australie, soit une moyenne de 45 0/0 de la production mondiale! Si l'Amérique est le grand producteur, l'Asie orientale et tropicale en est le grand consommateur : la Chine et l'Inde absorbent la moitié de la production; la plus grande partie de l'exportation anglaise est dirigée vers l'Inde, la Chine, les Établissements du Détroit. L'argent est la monnaie principale de 900 millions d'habitants en Asie et en Afrique, et les arts industriels en consomment de plus en plus; on estime que de 1900 à 1909, 52 0/0 de la production ont été monnayés et le reste employé dans l'industrie et les arts. Les cours de largent ont enregistré une baisse con. tinue à partir de 1870, par suite de l'augmentation énorme de la production, aggravée par la restriction des emplois monétaires qui en fut la conséquence; de 60 9/16 pence, l'once au titre standard, en 1870, le prix tombe à 24 1/16 en 1902; un mouvement de reprise jusqu'en 1907 (30 3/16) est suivi d'une nouvelle baisse. "
3. La frappe des monnaies. — La frappe est aujourd'hui monopolisée par tous les États, mais elle est dite libre ou réservée, suivant que les particuliers ont ou n'ont pas le droit de faire frapper des monnaies à leur, profit. La frappe de la monnaie divisionnaire est toujours réservée, mais celle des monnaies d'or devrait toujours être libre.
La France n'a qu'un seul établissement monétaire qui frappe également des monnaies coloniales et étrangères. L'Hôtel (les Monnaies dépend de l'administration des monnaies et médailles, qui est une régie d'État bénéficiant de l'autonomie budgétaire.
LA MONNAIE METALLIQUE
La valeur des unités monétaires s'échelonne de la livre égyptienne (25 f. 61) au franc; la fixation de cette valeur n'est pas sans importance : on considère que la vie est moins chère dans les pays dont l'unité a une faible valeur, en même temps que l'épargne s'en trouve facilitée *.
L'ancienne échelle duodécimale, encore employée par l'Angleterre et les Indes, a l'avantage de sous-multiples plus nombreux (1, 2, 3, 4 et 6) que dans l'échelle décimale (1, 2 et 5). La livre tournois se subdivisait en 20 sols ou sous, et le sou en douze deniers, de même que la livre sterling est formée de 20 shellings à 12 pence.
Le titre des monnaies d'or varie de 0,875 (Egypte) à 0,943 (ducat de Hollande), en passant par 0,900, le plus généralement employé, et par le titre standard H/12 (0,916 2/3), adopté par l'Angleterre, le Portugal, la Turquie et le Pérou. Les coupures vont de 100 francs (pièces de 20 dollars, 5 livres turques, 5 livres sterling, 100 f.) à 5 francs (pièces de 1 dollar, 5 marks); ce minimum est peu pratique, c'est pourquoi nous avons retiré nos pièces d'or de 5 francs de la circulation.
Le titre des monnaies d'argent est beaucoup plus variable et va depuis 0,400 (Pays Scandinaves), 0,500 (Russie), jusqu'à 0,945 (Pays-Bas), 0,925 (Angleterre). Quelques pays conservent plusieurs titres : la Russie (0,900, 0,500), les Pays Scandinaves (0,400, 0,600, 0,800); l'Union latine a un titre (0,900) pour les pièces de 5 f. ayant pouvoir libératoire illimité, et un autre plus faible (0,835) pour les monnaies d'appoint. Les plus grosses coupures sont les taels chinois (40 g. 85), le tallaris (28 g.), et les plus petites sont représentées par les pièces de 20 pfennigs, de 1, 2, 3, 4 et 6 pence.
Les monnaies de bronze sont formées de cuivre
1. M. do Fovillo csiirao quo la livre sterling est bien grosse et le franc bien petit, et quo le centime encombre lo langage et les calculs sans se montrer aux \eux; ses prérôrences vont au dollar et à son sous-multiple, lo cent. L'usage élimine, d'ailleurs, c-mme mal commodes, les pièces trop petites fpiôrcs d or do 5 f., dargcui do 0 f. -20) ou trop grandes (pièces d'or do CO ci lUO f.).
(95 ou 96 0/0), d'étain (2 ou 4 0/0), de zinc (1 ou 2 0/0); la Belgique fait usage de pièces de cuivre pur. Les monnaies de bronze sont encore employées par la France^ l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, le Danemark, l'Espagne et la Roumanie, mais l'emploi du nickel, pur ou additionné de 75 0/0 de cuivre, se répand de plus en plus. La France fait l'essai du bronze de nickel (25 0/0 de nickel et 75 0/0 de cuivre), autorisé par la loi du
3 août 1917, après avoir renoncé au projet de l'emploi du bronze d'aluminium et à la frappe des pièces de nickel pur de 25 centimes, autorisées par la loi du
4 août 1913. Les coupures de bronze vont de 1 à 10 centimes, celles de nickel de 5 à 25 centimes.
4. La circulation monétaire. — Dans tout pays où deux monnaies légales sont imposées à la circulation, la monnaie de moindre valeur chasse celle de valeur sui)érieure, qui disparaît soit par la thésaurisation, soit dans les paiements à l'étranger, soit par la vente au poids s'il s'agit d'ui.e monnaie forte ou dun métal dont la valeur commerciale vient à dépasser la valeur intrinsèque.
Cette loi, dite de Grcsham, s'applique quand se trouvent en présence des monnaies de papier et des pièces métalliques, des pièces d'or et des pièces d'argent, des monnaies usées et des monnaies neuves, des monnaies à titre faible ou fort. La bonne monnaie, toutefois, ne passe à l'étranger que lorsqu'il y a intérêt à l'exporter c'est-à-dire dans le cas dune balance commerciale débitrice ou d'une émission exagérée etd'une surabondance de la monnaie dépréciée.
Si l'on observe la proportion des différents instruments monétaires dans les paiements, d'après les opérations de la Banque de France, on constate dans le temps une diminution d'emploi des espèces et des billets au bénéfice des virements. De 1851-55 à 1910, le pourcentage des espèces métalliques passe de 12,93 à 1,57, celui des billets de 37,37 à 17,90, et celui des virements a.'o3,27à 80,33.
LA MONNAIE METALLIQUE
La France est le pays dans lequel la circulation des espèces et des billets par habitant est le plus élevée ; cela tient principalement à nos méthodes défectueuses de paiement, et, notamment, à l'usage restreint du chèque, à la dispersion de notre activité économique où prédominent la petite industrie et le petit commerce, pour lesquels le billet de banque constitue une sorte de compte courant avec la Banque de France. En 1905, la circulation de la monnaie par habitant variait de 178 fr. en France, à 26 fr. 16, en Italie (Angleterre: 75,14 ; Allemagne : 80,31) ; celle des billets variait de 112 fr. 22, en France, à 23 fr. 90, en Russie (Angleterre : 24,67, Allemagne : 38,41).
Des recensements monétaires ont été faits en France, sous la direction de M. de Foville, en 1878, et tous les six ans depuis 1885 '. Les évaluations du stock monétaire ont varié entre 9 milliards et demi, en 1909, et 6,3 milliards en 1891. Le recensement de 1909 a donné les pourcentages suivants : 87,44 en billets de banque, 8,25 en monnaie d'or, 2,87 en écus de 5 francs, 1,34 en argent divisionnaire et 0,10 en billon. De 1885 à 1909, le pourcentage des billets a passé de 67,3 à 87,4, celui de l'or de 22,44 à 8,25, celui de largent de 9,93 à 4,21. En ce qui concerne les monnaies étrangères. For a varié de 12,9 0/0, en 1878, à 10,3 en 1909, et les écus de 33 0/0, en 1878, à 23,34 en 1909.
Les variations de la circulation monétaire sont domi- ^écspar le cycle régulier delà production agricole; de
1. M. de Foville faisait prélever dei « échantillons » dans les Caisses de l'État, de la Banque do i*"rance et dos grands établissements de crédit, au point de vue de l'àgo et de la nationalité des monnaies. Il supposait que la proportion des millésimes devait être la mémo dans la circulation générale et les établissements recensés; et, comme on connaît Timportanco de la frappe de chaque millésime, il en déduisait, en tenant compte du coefficient de survie du millésime, le stock total existant dans la circulation. Les erreurs provenaient de la négligence ou de la paresse & compter dos caissiers recenseurs, des pièces françaises passées à l'étranger, des pièces étrangères en circulation en France, enfin de la composition spéciale des caisses recensées, adaptées aux moyens de circulation les plus perfeotionnés.
fortes demandes de monnaie se font au moment des récoltes (céréales, vins, betterave), nécessitées par le paiement des frais de cueillette et les aclials de la production, généralement réglés au comptant; les rentrées du numéraire se font à partir du mois de mars, au fur et à mesure des dépenses des agriculteurs. En ce qui concerne le bétail, les achats se font généralement au printemps et les ventes à lautomne. D'autres mouvements se produisent au moment des villégiatures et des vacances dans les villes d'eaux, les stations balnéaires et hivernales. L'industrie ne donne pas lieu à des mouvements saisonniers du même geni'e, les règlements s'échelonnent assez régulièrement sur toute l'année, mais le paiement des salaires, chaque quinzaine, donne lieu à des besoins réguliers. Le Trésor opère également des drainages périodiques au moment de la perception des impôts, avec maximum en juin et chute rapide en novembre et décembre. Les billets, plus commodes à expédier ou à emporter, voyagent davantage que les espèces métalliques. La vitesse de la circulation est mesurée par U. Pierre des Essarts en notant le renouvellement des comptes courants en banque; le maximum a lieu aux moments de crise, le minimum pendant la période de liquidation, et la courbe qui en résulte peut servir de baromètre pour la surveillance des crises.
Le numéraire disparaît de la circulation soit par enfouissement dans les tombes, — encore pratiqué dans l'Inde, et c'est ainsi que nous sont parvenues tant de monnaies anciennes, — soit par thésaurisation, caché parles particuliers, dans les palais, dans les temples; la thésaurisation a diminué avec la vulgarisation des valeurs mobilières, mais elle est encore pratiquée par les populations agricoles et dans les vieux pays comme l'Inde et la Chine, et elle sévit surtout aux époques de troubles et pendant les guerres. L'usure ou frai est une autre cause de disparition ; elle dépend de la résistance de l'alliage et elle est d'autant plus rapide que la pièce
LA monnaie métallique
est plus petite*. La vie moyenne dune monnaie d'or, jusqu'à ce qu'elle ait perdu sa tolérance de poids, est de 70 à 75 ans pour la pièce de 20 francs, et de 25 ans pour celle de 10 francs.
Les pièces fausses se reconnaissent à la vue, au toucher et surtout au son ; il convient également d'observer la manière dont sont disposées sur chaque pièce les effigies ou figures emblématiques, tournées à droite ou à gauche suivant le règne ou le régime. Doivent être refusées : les pièces dont l'empreinte est effacée de telle façon qu'elles ne conversent aucune trace deleur nationalité et de leur valeur, ou celles dont le poids est affaibli au-dessous de la tolérance légale.
Le besoin de monnaie métallique devient de plus en plus petit relativement à l'extension du commerce, et la circulation d'un pays est d'autant plus perfectionnée que l'usage de la monnaie y est plus restreint relativement au chiffre d'affaires.
5. La géographie des monnaies. — a)L' Union latine. — On désigne sous ce nom une Convention qui fut conclue le 23 décembre 1865 entre la France, la Belgique, la Suisse et l'Italie, ces quatre pays ayant déjà le même système monétaire. La Grèce adhéra à l'Union le 18 novembre 1868. C'était le moment où l'afflux de l'or californien et australien produisait une prime du métal blanc, de telle sorte que les monnaies d'argent, dont la valeur commerciale se trouvait supérieure à la valeur légale, disparurent de la circulation, ce qui amena dans les transactions une véritable gêne. Pour retenir les pièces divisionnaires, la France et l'Italie abaissèrent leur titre à 0,835, la Suisse descendit jusqu'à 0^830 ; quant à la Belgique, avant de prendre une décision, elle proposa une entente entre les quatre pays, qui devait aboutir à la création de l'Union latine. Le titre des monnaies divisionnaires fut fixé à 0,835, et celui de
1. La Commission do contrôle do la circulation monétaire a constaté en
1909 que, sur 1 000 pièces de 20 francs, 909 étaient droites et 91 légères;
«sur 1 000 pièces de 10 francs, 282 étaient droites et 718 étaient légères.
la pièce d'argent de 5 francs et des pièces d'or maintenu à 0,900. Ces dernières monnaies conservaient seules pouvoir libératoire illimité, tandis que les pièces divisionnaires n'étaient plus considérées que comme monnaies d'appoint jusqu'à la somme de 50 francs. De plus, leur quantité était limitée à 6 francs par habitant, chiffre porté à 7 francs en 1897, et, à 16 francs en i908.' Un accord du 31 janvier 1874 a limité les quantités d'écus à frapper chaque année, et devant la baisse croissante de la valeur du métal blanc, la Convention du 5 novembre 1878 a suspendu définitivement la frappe de l'argent. Depuis le 1" janvier 1890, l'Union latine est prorogée dannée en année par voie de tacite reconduction, jusqu'à dénonciation un an à l'avance. Dans ce cas, chaque État contractant sera tenu de reprendre les monnaies d'argent quil aurait émises et qui se trouveraient en circulation dans les autres États contractants». La situation de l'Union latine était parfaitement saine à la veille de la guerre.
b) Les pays d'Orient. — La livre turque se divise en 100 piastres or, mais les transactions se font en piastre argent dont la valeur sobtient en divisant le cours de la livre par celui du medjidié, qui vaut 20 piastres à Constantinople, 33 à Smyrne, 23 1/2 à Beyrouth. Les monnaies d'or étrangères circulent et sont soumises à quatre cours : le pair intrinsèque, le change fixe le cours commercial fixe et le cours commercial, variable suivant l'offre et la demande.
En Egypte, la livre sterling est en fait la seule monnaie d'or, avec des pièces françaises et turques; les monnaies d'or égyptiennes ont été retirées de la circulation. La Perse a pour unité monétaire le toman qui se divise en 10 krans, à 20 chahis; la valeur du kran varie avec le change, sur la base de 218 krans i)our 100 francs. Le tallaris, qui porte encore l'effigie de Marie-Thérèse
1. L'Italie, en 1893, et la Grèce, en 1908, ont racheté leurs monnaies divisionnaires en circulation dans les autres États de l'Union latine et ont demandé, en même temps, que l'importation en fût prohibée
LA MONNAIE MÉTALLIQUE
et le millésime de 1780, est une pièce d'argent, du poids de 28 grammes, frappée en Autriche et qui vaut au pair 5 f. 20. Cette monnaie sest répandue, depuis la seconde moitié du wuF s., en Arabie, Afrique Orientale et Centrale, imur des raisons commerciales, politiques et ethnographiques. L'Orient n'avait aucune raison de redouter lAutriche ; cette pièce avait l'allure de médaille et a dû son succès à la faveur des femmes arabes, dont la coiffure ressemble à celle du profil, et qui l'ont recherchée comme bijou. Elle est encore la monnaie de lYémen, où elle déprécie les pièces turques, et celle de l'Abyssinie, oîi son cours est influencé par les besoins locaux, ceux du marché d'Aden, le cours de l'argent à Londres et les offres de la monnaie de Trieste, qui frappe ces pièces.
c) Les pays de Moyen et d'Extrême-'O rient. — Vinde est soumise au régime de l'étalon d'argent depuis 1835, mais, en raison de la baisse de valeur du métal blanc, la loi du 26 juin 1893 a suspendu la frappe des monnaies d'argent pour le compte des particuliers, et en 1899 la valeur légale de la roupie a été stabilisée, c'est-à-dire fixée invariablement à 16 pence. Ce nouveau régime a été complété en 1901 par la création d'un gold exchange standard, au moyen de la constitution dune réserve d'or spéciale, à laquelle vint s'ajouter, en 1905, une réserve d'argent. La roupie a suivi le commerce et circule encore dans les pays du golfe Persique et sur la côte orientale d'Afrique.
La Chine est soumise à une sorte de bimétallisme à base de cuivre et d'argent. La monnaie des coolies et des paysans est la sapèque ou cash, alliage de cuivre et de zinc, percée d'un trou carré^ du poids normal de 3 g. 75, dont la valeur dépend du rapport entre le cuivre et l'argent, et de sa composition, qui varie suivant le lieu et l'époque où elle a été frappée. La monnaie du commerce est le lingot d'argent [sycee], évalué en taels. Le lael ou liang est à la fois une unité de valeur et une unité de poids, et une monnaie de compte. Son
MANU£L 0 ECONOMIE COMMERUALS.
poids varie avec les provinces; le haï-kwan tael pèse 40 g. 85 et représente 37 g. 78 dargent fin; celui de Shang-haï, 33 g. 91 d'argent fin. Le poids, le titre et la forme des sycees varient également suivant les provinces; le sycee de Shanghaï pèse 50 taels. La valeur suit les cours de l'argent et le principal r<Me des banques est de garantir le taux du change en l'assurant.
Dans le sud de la Chine, circulent encore la piastre mexicaine et le british dollar. La diffusion de la piastre mexicaine, pièce d'argent de 27 grammes, au titre de 0,9027, date des débuts de la colonisation espagnole; elle était alors la monnaie nationale des pays qui n'en avaient pas et elle représentait un des moyens d'exporter l'argent des mines de la Nouvelle-Espagne. C'est surtout par les Philippines qu'elle se répandit dans tout l'Extrême-Orient, mais aussi par l'Europe. Son rôle s'est restreint à parfir de 1850, après la création de monnaies nouvelles aux Philippines (1857), au Mexique (1867), au Japon (1897), en Indo-Chine (1885), au Siam et dans les Établissements anglais du Détroit (1894).
V Indo-Chine française a fait frappera Paris une piastre dargent, pesant 27 grammes, au titre de 0,900, qui a seule cours légal depuis 1906; la valeur commerciale est fixée chaque mois par le gouvernement. Le gouvernement anglais a également fait frapper pour ses colonies du Moyen-Orient un british dollar, pesant 26 g. 956, à 0,900; il en fixe le cours par décret. Le Siam a procédé de même à la stabilisation du tical. Mais toutes ces mesures se heurtent aux fluctuations incessantes de l'argent, et gênent les échanges commerciaux entre ces pays, la Chine y compris, en favorisant l'exode du numéraire des pays où il est taxé au-dessous de la valeur de l'argent. Entre tous ces pays à étalon d'argent, une tarification internationale serait nécessaire, à défaut d'une monnaie unique. La diflusion de la piastre mexicaine nécessitait beaucoup moins de numéraire; au fur et à mesure que le riz mûrissait, de Bangkok à Shang-ha'i, les mêmes piastres remontaient pour le
LA MONNAIE MÉTALLIQUE
règlement des récoltes et assuraient en quatre mois la vie économique dans tout le bassin des mers de Chme. d) Les colonies françaises. - Nous venons de parler de la piastre d'Indo-Chine. L'Algérie a les mêmes monnaies que la métropole. En Tunisie, 1 effigie seule diffère; la Monnaie de Paris a frappé pour le Protectorat des pièces dor de 20 et 10 francs, des pièces d'argent de 2 et 1 franc, 0 f. 50, des pièces de bronze de 10, 5, 2 et 1 centime. Nos Établissements de l'Inde se servent de la roupie. Nos autnes colonies n'ont pas, en principe, de monnaies spéciales, à l'exception de la Grande- Comore pour laquelle ont été frappées des pièces d'argent de 5 francs et des pièces de bronze de 5 et
10 centimes.
Des monnaies anglaises circulent au Dahomey, en Nouvelle-Calédonie; le tallaris a pénétré au Sahara et au Soudan. Dans d'autres colonies, l'état défavorable du change a nécessité certaines mesures spéciales. Pour compenser la rareté du numéraire, le gouvernement a autorisé l'émission de bons de caisse (en alliage de nickel et cuivre), interdit l'exportation de la monnaie de billon et donné provisoirement pouvoir libératoire illimité aux monnaies divisionnaires d'argent. Ces mesures concernent principalement les vieilles colonies : les Antilles et la Réunion.