II. Existence et légitimité de la rente
a. Existence de la rente.
La rente provient de la productivité propre de la terre. Or, toute terre est productive. Toute terre peut, par conséquent, fournir une rente absolue. Il est seulement vrai de dire que parfois l'intérêt du capital engagé, et les frais de production sont tellement élevés, qu'ils égalent, à eux seuls, ou dépassent la valeur du produit total. Dans ce cas, il n'y a point de rente effective.
L'existence de la rente relative n'est pas moins certaine. Il est manifeste, en effet, qu'il existe des terres de fertilité différente, des terrains d'emplacement plus ou moins favorable.
b. Légitimité de la rente.
Le sol peut faire l'objet d'une appropriation légi-
time. Or, ce sol est productif. Donc, la productivité du sol, ou la rente, est légitime.
Il faut en dire autant des autres avantages qui rendent la terre, ou une chose quelconque, plus utile, et produisent la rente relative. Ces avantages sont de vraies utilités économiques, par conséquent, susceptibles d'être l'objet de la propriété privée.
c. Les arguments des deux opinions précitées se détruisent eux-mêmes. Ricardo et ses disciples prétendent que l'ordre des cultures va toujours des terres plus fertiles aux moins fertiles ; Bastiat et son école soutiennent que le àéïnz\\ç,m.tï).i commence toujours par les terres les moins fei'tiles, les plus légères, les plus facilement cultivables. Les deux hypothèses cherchent des arguments dans l'histoire, et en trouvent. Aucune des deux n'est donc complètement dans le vrai.
Les premiers assurent que la culture va toujours s^ appauvrissant, les autres ont foi dans la productivité de plus en plus grande du travail humain améliorant les terres. L'expérience donne tort aux uns et aux autres. La terre est productive^ le travail de l'homme peut l'améliorer graduellement, mais la productivité ne croît pas indéfiniment.
La première opinion mené au découragement, au désespoir, à la limitation arbitraire et coupable de la population. L'autre, faite de rêves de bonheur qui ne sauraient se réaliser, se berce d'espérances chimériques. « L'expérience de tous les siècles, dit Hervé- Bazin (1. c. p. 486), condamne également cet optimisme et ce pessimisme : l'homme n'est pas plus voué au bonheur qu'à une misère de plus en plus grande; il dépend de lui, de son énergie, de ses mœurs, de sa bonne volonté, d'améliorer sa situa-
tion ou de la rendre pire ; mais il devra travailler toujours, et si le travail change de nature ou d'aspect, il n'en restera pas moins toujours pénible. < Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». C'est là la vraie solution de certains problèmes compliqués et redoutables de la science économique »,