I. Causes de consommation stérile
a. Le litxe. Nous entendons par là : fusage irrationnel des choses de grand prix.
Nous disons irrationnel. Pour estimer tel l'usage de choses coûteuses et rares, il faut tenir compte des circonstances. Le luxe est en effet relatifs dépendant des temps et des lieux, de la condition et de la fortune des personnes.
La légitimité du luxe a été défendue par plusieurs économistes, tels que Leroy-Beaulieu et Block ; le luxe, néanmoins, est condamné, et par la morale, et par la charité, et même par la science éconoiniqiie.
1. Les biens matériels ont été donnés à l'homme pour la satisfaction de besoins réels ; or, le luxe sert à satisfaire la vanité et la sensualité. Il est donc contraire à l'ordre naturel des choses, à la loi naturelle.
2. Le luxe procède d'un amour exagéré de soimême. Il refroidit donc l'amour envers le prochain et diminue les ressources qui, naturellement, étaient destinées à l'aumône.
3- Le luxe est une dépense stérile de capitaux, qui auraient pu être appliqués à la production ; il est donc condamné par les principes de la science économique. Qu'on ne dise pas que le luxe ne fait que déplacer les capitaux ; il les déplace, mais aussi les éparpille entre une foule de personnes, et de la sorte, diminue leur productivité.
Le luxe est condamné par la plupart des économistes, tels que : Hervé-Bazin, Antoine, Liberatore, J.-B. Say.
Les Gouvernements eux-mêmes ont essayé, à diverses reprises, mais toujours en vain, de refréner le luxe par des lois somptitaires . Il n'y a, comme vrai remède à ce mal, que les vertus d'humilité, de simplicité, d'abnégation^ de bienfaisance, enseignées par le christianisme.
h. \^' absentéisme est une autre cause de consommation stérile, et par conséquent nuisible à la situation économique d'un pays.
De riches propriétaires fonciers retirent, par les mains des fermiers, de grandes richesses de leurs domaines, et les dépensent à l'étranger. Aucune portion de ces richesses ne revient à la terre, n'est appliquée aux améliorations agricoles, au développement de l'industrie locale. Le pays, en conséquence, s'appauvrit forcément. L'absentéisme est une des causes de la pauvreté de l'Irlande. Elle explique le grand mouvement d'émigration, qui s'est produit dans ce pays, depuis 1850.
II. Moyen de consommation économique : la coopérative DE consommation.
a. Les coopératives de consommation ont pour
but écoitofîiique et immédiat de procurer à leurs clients de bonnes marchandises, à bon marché. Elles ont, en outre, généralement, une fin supérieure : politique, sociale.
Pour réussir, elles s'attachent, de préférence, aux industries dont les marchandises trouvent un débit facile et étendu ; de là, le succès des boulangeries, des brasseries, des épiceries. Dans le même but, beaucoup de coopératives ajoutent aux opérations de vente et d'achat celles de production, et vendent, non seulement à leurs membres, mais à tous les clients qui se présentent.
b. Les membres de ces coopératives payent une légère cotisation, généralement lo frs.
Les coopératives, grâce à la quantité de marchandises débitées, peuvent adopter un tarif inférieur au prix ordinaire. Le bénéfice qui en résulte, est employé diversement, d'après l'esprit qui anime les coopératives. Les unes s'en servent pour assurer à leurs membres des pensions de retraite, des secours mutuels, des livrets à la Caisse d'épargne ; d'autres, comme le « Vooruit », coopérative socialiste de Gand, consacrent une partie des profits à la propagande politique; d'autres les partagent simplement, tous les 3,6 ou 12 mois, entre les souscripteurs et les acheteurs, proportionnellementà leurs versements et à leurs achats.
c. Les coopératives ont pris une grande extension dans notre pays, à dater surtout de 1883. La première en forte organisation, est la coopérative socialiste du « Vooruit », fondée, en 1873, par Anseele. Elle a été copiée par de nombreuses coopératives socialistes du pays et même de l'étranger.
La Maison du peuple de Bruxelles, fondée, en 1884, le Progrès de Jolimont, la Concorde de Roux, et plusieurs autres coopératives sont très florissantes.
Les coopératives catholiques sont d'une moindre importance, quoique plusieurs d'entre elles aient pris une grande extension. Elles adoptent assez fréquemment la forme anonyme. Citons (i) : la Coopérative des Ouvriers réunis, établie au Faubourg de Charleroy, le Beste Brood d'Anvers, le Bon Grain de Morlanwelz, le Bon Pain Bruxellois, etc.
Ces coopératives socialistes, catholiques et autres, n'obtiennent pas le même succès dans tous les domaines. La boucherie, et même la vente des étoffes, ne se prêtent qu'avec difficulté à la forme coopérative. Par contre, la brasserie, l'épicerie, la boulangerie, la pharmacie populaire s'y adaptent très bien. On possède même, dans plusieurs villes, Liège, Bruxelles, Anvers, Gand etc., sous la forme coopérative, des fourneaux économiques livrant, à bas prix, une bonne nourriture, bien préparée.
d.L'2//z7z/6'des coopératives est suffisamment démontrée par leur extension et l'influence bienfaisante, au point de vue matériel, qu'elles exercent sur leurs membres.
Elles sont, en outre, un moyen très efficace de propagande politique et sociale. Les affiliés, venus pour faire des achats, reviennent pour s'amuser, pour s'instruire, pour discuter leurs intérêts, pour se grouper dans d'autres institutions greffées sur l'œuvre première.
(i) Le Boerenbond belge, et d'autres ligues agricoles, concluent, pour leurs affiliés, des marchés, dans un but de consommation économique.
Il est donc souverainement important d'opposer, là où il y a espoir de succès, des coopératives catholiques aux coopératives socialistes.il n'est pas moins important d'en constituer, là où les socialistes ne sont pas encore établis. La prudence, néanmoins, conseillera parfois d'en différer la réalisation. Il s'agit, en effet, de tenir compte, dans une certaine mesure, de la petite bourgeoisie, de la concurrence ruineuse que les coopératives lui font. La difficulté serait résolue, si on pouvait constituer en société coopérative, les petits commerçants eux-mêmes. Mais, dans bien des cas, il n'y a pas espoir de succès, à cause des rivalités qui les divisent, de la clientèle acquise, des dettes contractées chez leurs clients etc.
C'est aux hommes d'œuvre qui sont sur place, d'apprécier l'opportunité d'établir des coopératives. Toutefois, aucune hésitation n'est permise, là où l'on prévoit que les socialistes tenteront de s'implanter. Aussi, espérons-nous que les hommes d'œuvre catholiques du Limbourg ne se laisseront pas devancer par les socialistes. Ceux-ci ne manqueront pas d'y tenter, comme dans tous les centres houillers, la fondation de sociétés, surtout de boulangeries coopératives sur le modèle du Vooruit (i).