I. Les nuances
a. Les pliysiocrates (i) : Les physiocrates sont les économistes qu'a enfantés la philosophie du XVIIL siècle. Leurs théories sont basées sur la doctrine de J.-J. Rousseau, en particulier sur ce principe que la nature de l'homme étant naturellement bonne, ses tendances le seront aussi. Il n'y aura donc qu'à les suivre sur tous les terraiiis, dans toutes les sphères de l'activité humaine. Toute la théorie se résume dans cette formule de Vincent de Gournay : «■ laissez faire, laissez passer . >
La formule est générale. Les physiocrates retendent à tout le système social.
Les principaux physiocrates sont Quesnay, Dupont de Nemours. Mercier de la Rivière, Morellet. le Marquis de Mirabeau, Le Trosne, Saint Péravy, Turgot, ministre de Louis XVL
b. Adam Smith (1723-1790). Il publia, en 1776, les « Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations. »
L'économiste anglais s'inspire dans ce livre des idées des physiocrates. ILs'en éloigne cependant et quant à la méthode qu'il veut moins aprioristique, et quant à la doctrine qu'il veut moins radicalement libertaire et individualiste. Mais ce ne sont là que de légers tempéraments. L'impression qui se dégage de l'étude de son livre montre qu'il est nettement favorable aux principes Hbéraux ; d'ailleurs le but qu'il se proposait était de construire un système d'économie politique ayant comme base la Liberté, et comme mobile la loi de l'intérêt.
(i) Le mot « physiocralie » se trouve la première fois en tête d'un livre de Quesnay, publié par Dupont de Nemours.
Les physiocrates embrassent tout l'ordre social ; Adam Smith ne s'occupe que de l'économie sociale. // en fait ainsi le premier une science distincte.
c. Ecole libérale classique. Adam Smith eut des disciples. Le principal en Angleterre fut Ricardo (1772- 1823) qui est le véritable chef de l'école anglaise. Il poussa jusqu'à ses dernières conséquences le système des déductions aprioristiques. On peut encore citer en Angleterre Malthus, fameux par son Essai sur le principe de la population.
En France, la doctrine d'Adam Smith, à quelques nuances près, fut répandue par J.-B.Say(i767-i832), par Rossi, Cherbuliez, Bastiat, etc.
Le libéralisme économique domina pendant toute cette époque. Il devint l'école officielle, orthodoxe, classique, comme on se plut longtemps à la nommer. En 1848, il remporta la victoire dans la lutte engagée entre le protectionnisme et le libre-échange, grâce surtout à Richard Cobden et John Bright, appuyés par Robert Peel.
Ce libéralisme économique est souvent désigné sous le nom à' école de Manchester, quoique celle-ci ne constitue qu'un groupe spécial de l'école libérale économique.
Aujourd'hui encore, une importante fraction du libéraHsme se laisse guider par ses principes absolus. Ce sont les libéraux intransigeants dont les principaux sont Joseph Garnier, Molinari, Léon Say, Maurice Block, Yves Guyot, Courcelle-Seneuil etc.
d. Ecole libérale modérée. Une importante réaction ne pouvait tarder à se produire contre le libéralisme économiste classique. Ses principes avaient eu, dans
la pratique, des conséquences désastreuses au point de vue industriel et humanitaire. Un certain nombre d'économistes, tout en restant fidèles aux principes fondamentaux de l'école orthodoxe, crurent devoir en faire une application moins rigoureuse. C'est ainsi que, pour remédier aux maux le plus aisi'us du libre-échane^e, ils conseillent une légfère intervention de l'Etat ; pour corriger les abus nés de l'oubli des lois de la religion ; ils consentent à appeler à leur aide les principes de la morale ; enfin, vaincus par l'évidence des faits, ils font la part plus large à l'observation, à l'induction.
Les principaux représentants de ce libéralisme modéré sur le terrain économique sont : M. Cairnes, Thorold Rogers, Leroy-Beaulieu, Levasseur, Baudrillart, Emile de Laveleye.
Tels sont les principaux groupes de l'école libérale. Avant de la réfuter nous allons résumer en deux points la doctrine admise avec ou sans atténuation par tous les économistes libéraux.