‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 37 sur 167 · CAUSES ÉLOIGNÉES OU ÉLÉMENTS DE LA PRODUCTION CONSIDÉRÉS ISOLÉMENT · texte numérisé non relu

CAUSES ÉLOIGNÉES OU ÉLÉMENTS DE LA PRODUCTION CONSIDÉRÉS ISOLÉMENT

Voir Cauwès. Cours d^écoTwniie politique. 2^ édit. Paris, Larose et Forcel, 1881-1882.

LiBERATORE. Princî-pes d' économie politique, i""^ partie.

Brants. La lutte pour le pain quotidien ; 2"" édit. Louvain, Peeters, 1888.

Devas. Political Economy ; Book I.

ART. I

La Nature. (Cause matérielle).

V. Leroy-Beaulieu. Précis d'écojiomie politique, ch. II. Paris, Delagrave, 1894.

Hervé-Bazin. Traité élément, d^éc. pol, ch. V.

Jos. RAMBAUD.É/m. d^éc.pol. Ip. ch. II.

Périn. Rich. dans les soc. chrét., liv. II. ch. III. 3^ édit. Paris, Lecoffre, 1882.

I. Notions. — L'élément passif, la cause matérielle de la production, la chose à transformer, c'est la y lit lire.

La nature comprend i" la terre ^ c'est-à-dire le sol cultivable, et le sous-sol, avec les richesses minérales qu'il contient : fer, houille etc.

2° les ai^^ents naturels, qui sont les forces physiques et chimiques : lumière, chaleur, humidité, électricité, vapeur, vent, cours et chutes d'eau. Toutes les propriétés des corps, toutes les forces de la nature sont, par le travail de l'homme, exploitées, combinées, dirigées vers un but d'utilité ou d'agrément.

IL Importance de cet élément.

a. Toute production est la transformation d'un objet ; rien, en effet, ne peut être créé, c'est-àdire, tiré totalement du néant, par le travail humain. L'homme ne peut que transformer les choses créées par Dieu.

Or, cet objet à transformer, cet élément passif auquel il faut communiquer une perfection, une valeur, c'est la nature.

Nous disons que la nature est un élément passif. Cela ne signifie pas, que les substances n'agissent pas au moyen de leurs forces ou qualités physiques et chimiques ; cela veut simplement dire, d'abord, que les substances subissent des transformations qui les approprient aux besoins humains, par ex. le fer, le bois, le lin, le chanvre ; ensuite, que les forces dont Dieu a doué la nature, doivent être dirigées, domestiquées par l'homme, pour les faire servir à la production.

b. La nature est donc un élément important de la

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production. Une importance spéciale doit être revendiquée pour la terre, le sol. Elle ressort :

1° de ce fait, que le sol fournit presque toutes les matières premières employées dans les industries ;

2° des conséquences désastreuses provoquées par les crises agraires. Celles-ci ont été très nombreuses au siècle dernier, et l'expérience a prouvé, qu'une fois posées, les questions agraires sont les plus terribles et les plus difficiles à résoudre. La Russie n'est pas encore parvenue à relever son industrie agricole, malgré la loi de i86i qui oblige les seigneurs (sous certaines conditions d'indemnisation par l'Etat), à accorder à chaque serf un lot de terre de 2 à 12 hectares, loi qui a encore été étendue en igo6. L'Irlande, malgré ses efforts, malgré l'appui qu'elle a trouvé, ces dernières années, dans le Gouvernement britannique (p. e. bill Gladstone i88i), ne voit pas s'améliorer sensiblement la condition de la classe agricole et, par suite, le bien-être du pays. Bien plus, la question de la réforme agraire, née en Irlande, s'est étendue à toute l'Angleterre. La prospérité de l'Italie languit, parce que les paysans sont pressurés par les agents du fisc, comme autrefois Rome a vu décliner sa puissance, en bonne partie, par la disparition de la classe agricole.

c La conclusion économique à tirer de l'importance primordiale de la terre, comme élément de production, c'est la nécessité de favoriser partout l'extension de l'agriculture. Chaque nation a intérêt à assurer la fixité des foyers agricoles, par un régime intelligent d'occupation et de transmission des terres. Le Gouvernement a le devoir d'encourager l'agricul-

ture par des subsides, de la dégrever, de développer dans les campagnes l'esprit d'association, d'y répandre le crédit par le moyen des mutualités, coopératives d'achat, de consommation, etc.

En Belgique, cette importance de l'agriculture est appréciée à sa juste valeur. Protéger et développer cette industrie, est un des principaux soucis du Gouvernement et le but de nombreux et nobles dévouements individuels. Grâce à cette impulsion, nous voyons nos campagnes couvertes de « Boerengilden » fédérées dans le Boerenbond ; de sociétés affiliées au Landbouiversbond (Flandre Orientale) ; à la Corporation de N. Dame des Champs (Liège) ; à la Fédération agricole (Hainaut) ; à la Ligne Luxembourgeoise ; au Vrije eigenaars en laïuîbouicersbond van Brugge ; etc..

Toutes ces institutions assurent, dans notre pays, la prospérité et le développement de l'agriculture, et en même temps sont une barrière infranchissable au socialisme.

III. L'importance de ce facteur de richesses peut varier pour différentes raisons, dont voici les principales :

a. La différence de situation climatérique . Il est certain que la chaleur, si elle est excessive et surtout continue, énerve et déprime ; que l'abondance et la spontanéité des produits naturels, propres aux pays tropicaux, endorment l'activité et paralysent l'invention. En conséquence, ces pays sont, par eux-mêmes, incapables d'avancer beaucoup en civilisation. Les habitants manquent de prévoyance, d'initiative, d'énergie.

D'un autre côté, le climat perpétuellement froid

décourage les habitants ; il oppose aux efforts humains des obstacles insurmontables.

Au contraire, les pays, où la température est modérée, ont d'immenses avantages sur les autres. La Providence n'y prodigue pas ses dons, mais Elle les cède au travail persévérant. De là, dans ces peuples, une exubérance d'activité, un esprit d'initiative, une ténacité à toute épreuve. Tel est le cas des populations vivant dans l'Europe septentrionale et dans la plus grande partie de l'Amérique.

b. La différence de configttration géographique.

La disposition des lieux influe notablement sur l'industrie. Elle constitue pour les peuples une prédisposition à telle ou telle industrie. Les pays situés près de la mer, sont naturellement des pays de commerçants, de navigateurs. C'est cette configuration géographique qui explique le rôle économique, et parfois politique, joué par les Phéniciens, les Carthaginois, les Grecs, les Vénitiens, les Hollandais, et de nos jours particulièrement, par les Anglais. D'autres pays peuvent partiellement racheter l'absence de ces avantages, par un réseau fluvial bien constitué ; par des fleuves navigables traversant une partie considérable du pays, assez rapprochés pour pouvoir être reliés par des canaux. Tels sont la Chine, les Etats- Unis. Ils ont de grands avantages sur les contrées compactes, massives, éloignées de la mer, dépourvues de fleuves, bien situés, comme sont la Russie et le continent Africain.

c. La composition géologique du sol.

Tous les sols ne sont pas également fertiles ;même avant tout travail humain, certaines contrées sont supérieures en fécondité à d'autres. Qui dira, par ex.

que les plaines des Flandres ne sont pas plus fertiles que les sables de la Campine, ou les terrains pierreux des Ardennes ?

Ensuite, il y a le sous-sol. Tous les pays ne sont pas également favorisés sous ce rapport. La Belgique et l'Angleterre l'emportent de loin, en abondance de gisements houillers, sur la France et l'Espagne. Un pays qui peut se procurer les matières premières industrielles sur place, en creusant son propre soussol, a un avantage naturel considérable sur les autres, pour développer son industrie. Il peut, en conséquence, nourrir proportionnellement plus d'habitants et les faire jouir d'une prospérité plus grande.

Les inégalités que nous venons de constater ont un but providentiel. Elles favorisent les échanges internationaux, rapprochent les différents peuples, répandent par conséquent la civilisation, resserrent le lien de la solidarité parmi les hommes, enfin, stimulent chaque nation à développer l'industrie que la nature semble lui avoir destinée.

ART. IL

Le Travail.

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