‹ Manuel d'économie politiqueChapitre 78 sur 167 · I. LÉGITIMITÉ DE CETTE INTERVENTION EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

I. LÉGITIMITÉ DE CETTE INTERVENTION EN GÉNÉRAL

a. La société civile a pour fin prochaine le bonheur public temporel. L'Eglise catholique a pour fin le bonheur éternel de chaque individu. La poursuite de cette double fin est indissolublement unie dans le même homme. Donc, dans la tendance vers son bien temporel, l'homme ne saurait se désintéressser de sa destinée éternelle et ne pas subordonner cette poursuite du bien-être matériel à l'acquisition de sa fin dernière. Donc, l'économie politique ne saurait faire abstraction de la vraie religion, et les lois de cette économie politique sont nécessairement soumises aux lois de la vraie religion, de la vraie morale. « C'est avec assurance, dit Léon XIII, (Encycl. Reruni Novarmn) que nous abordons ce sujet et dans toute- la plénitude de notre droit ; car la question qui s'agite est d'une nature telle, qu'à moins de faire appel à la religion et à l'Eglise, il est impossible de lui trouver une solution efficace. »

b. Les rationalistes eux-mêmes, quoique déniant à l'Eglise son caractère divin, sont forcés de reconnaître la légitimité de l'intervention de l'Eglise, dans la C|uestion sociale. Qui aura le droit de s'occuper de cette question, si on le refuse à l'Eglise ? Elle est lapins grande, sans contredit, de toutes les institutions sociales ; c'es.t donc elle qui a le droit d'élever la première la voix, dans cette question redoutable. Elle est en outre la plus ancienne institution sociale ;

chez qui d(inc trouvera-t-on autant d'expérience, de tact, pour la solution de ces graves questions ? Elle est la plus univcrscUe, ou plutôt la seule universelle de toutes les institutions sociales ; elle est donc plus apte qu'aucune autre à faire pénétrer partout son influence salutaire.

c. Le mal social, et en particulier le mal économique, n'existerait pas si VintcUigence de l'homme n'était pas égarée par l'erreur, sa volonté attirée par le mal, et si son activité économique, toujours conforme à la règle suprême du vrai et du bien, était puissamment dirigée vers l'obtention du bien-être matériel. Or, l'Eglise guérit le mal capital des intelligences, en enseignant l'existence de Dieu, fin dernière de l'homme. Par là, elle renverse la théorie de l'utilitarisme qui limite le but suprême de l'homme à la plus grande somme possible de bonheur terrestre ; elle détruit les conséquences désastreuses de cette théorie : la lutte des classes, la concurrence sans limite et sans frein moral, le sociahsme ; elle donne une base solide à l'autorité et sauve ainsi la société de l'anarchie, de la révolution permanente, de la ruine.

L'Eglise guérit, en second lieu, le mal de la volonté, l'entraînement des passions mauvaises. Elle fait pratiquer à l'ouvrier chrétien la sobriété, l'économie, la prévoyance de l'avenir, l'amour du travail. Elle lui met ainsi entre les mains le moyen d'éviter la misère, de satisfaire ses besoins réels, de réprimer ses besoins factices, et, si des circonstances spéciales jettent un de ses enfants dans la nécessité, elle sait stimuler les autres, plus favorisés des dons de la fortune, à exercer à son égard une large charité.

L'Eglise exerce, enfin, une profonde influence sur toutes les actions de rhomme et dirige sans cesse son activité économique d'après les règles infaillibles de la religion et de la morale chrétienne ; elle l'aide puissamment par ses institutions, ses œuvres nombreuses, son exemple, à poursuivre efficacement son but terrestre ; enfin, par son prosélytisme, elle sait faire pénétrer son action dans les dernières couches de la société.

Léon XIII résume admirablement, dans l'Encyclique Reruni Novarum, cette triple mission de l'Eglise : « C'est

l'Eglise qui puise dans l'Evangile des doctrines capables de mettre fin au conflit, ou au moins de l'adoucir, en lui enlevant tout ce qu'il a d'âpreté et d'aigreur ; l'Eglise ciui ne se contente pas d'éclairer l'esprit par ses enseignements, mais s'efforce encore de régler en conséquence la vie et les mœurs de chacun; l'Eglise c^ui, par une foule d'institutions éminemment bienfaisantes, tend à améliorer le sort des classes pauvres ; l'Eglise C|ui veut et désire ardemment que toutes les classes mettent en commun leurs lumières et leurs forces, pour donner à la question ouvrière la meilleure solution possible ; l'Eglise enfin, qui estime que les lois et l'autorité publique doivent, avec mesure, sans doute, et avec sagesse, apporter à cette solution leur part de concours. »

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