‹ Manuel d'economie politique [microform]Chapitre 16 sur 55 · L.\ RFATK · texte numérisé non relu

L.\ RFATK

pour recréer, tel qu’il e.st, le Royaume-Uni, s’il pouvait être replacé dans l’état où il était au temps de Ileiigist et de llorsa. La différence entre les deux évaluations est énornio , cependant; carie travail des Saxons, des Danois et des Normands, fait avec de misérables instruments, était bien inefficace, en comparaison de celui de l’Anglais de nos jours.

On ne peut trouver aucun cas qui ne mène à la conclusion que nous tirons de ceci : c’est que le sol, comme toute, autre chose, doit sa valeur uniquement au travail employé à le faire ce qu’il est actuellement, et que sa valeur baisse coutinuellement, parce qu’il faut continuellement moins de travail pour mettre en activité la même masse de puissance végétative. Le même travail qu’une génération a employé à cultiver les terres maigres des pays élevés suffît aux enfants, avec leurs instruments perfectionnés et l’accroissement de coopération des agents naturels, pour soumettre et cultiver les vallées, où la nature a accumulé les éléments de fertilité, amenés, pendant des siècles, des versants qui les dominent. Le sol, comme l’air, comme le principe de la gravitation, comme les autres agents naturels, est sans aucune valeur ; ce qui lui en donne, c’est le travail accumulé que l’on combine avec lui, soit par une incorporation directe avec sa substance, soit par des améliorations indirectes, telles que des routes et des canaux, dont les avantages s'étendent à de vastes districts. Quand un cultivateur assainit une terre marécageuse, il délivre en même temps son voisin des brouillards qu'elle engendrait, et non-seulement affermit ainsi sa santé et accroît sa force physique, mais augmente sa récolte ; car les miasmes qui donnent les fièvres à l’iiommo donnent au grain la nielle et la rouille.

Après avoir démontré que le capital foncier n'a ancuno qualité qui le distingue du capital mobilier, nous devons trouver qu'une même loi régit l’usage de riin et de l'autre. Avec le progrès des améliorations, la rente ne devra absorber qu'une moindre proportion du prorlnit total, quoique

LA RENTE

accrue en chiffre absolu ; au contraire, la part du travailleur qui cultive le sol devra être angineiitée, et en pruportioij, et en quantité absolue. Si les faits ne prouvent pas cette tendance, notre proposition est fausse ; s'ils la prouvent, ils démentent complètement les hypothèses contraires, comme (elle de Ricardo, que la rente se paye pour certains « pou- A(jirs oiiginels et indestructibles du sol », pour une A’aleur (|ui lui est inhérente, même après quh'l a payé au travail tout ce qiill lui doit.

Ricardo, ainsi que nous bavons vu, a établi sa théorie en ces termes :

« A mesure c|ue la population augmentera, le pays sera obligé d avoir recours à des terres du ne cjualité inférieure pour produire la quantité d’aliments nécessaire, et alors la rente de toutes les terres plus fertiles deviendra plus élevée. »

« Ainsi, supposons que les terres n«* 1, 2, 3 rapportent, avec un égal emploi de capital et de travail, un produit net de 1 00, 90 et 80 (luarters de blé. Dans un pays neuf, où il y a abondance de terres fertiles, et où, par conséquent, il iby a besoin que de cultiver le n» 1, tout le produit net appartiendra au cultivateur, et sera le prolît du capital qu’il avance. Aussitôt que la population a augmenté assez pour rendre nécessaire la culture du no 2, dont on ne peut obtenir que 90 quarters, soustraction faite de la subsistance des travailleurs, la rente commence sur le n« 1 ; car ou il faut qu’il y ait deux taux de prulit pour le capital agricole, ou il faut retirer 10 quarters ou la valeur de 10 quarters du produit du 11° 1, pour l’appliquer à un autre objet. Que le prujiriétaire de la terre, ou quelque autre persoime, cultive le ii" 1, ces dix quarters n’en constitueront pas moins une rente; car le cultivateur du ii° 2 obtieinlrait le même résultat de son capital, s il cultivait le n° 1, en payant U» (juarters de rente, ou s’il continuait à travailler sur le n° 2, sans en payer. De la même manière, on pourrait démontrer que lors- (lue le iio 3 est soumis à la culture, l.> u" 2 doit payer une

LA RENTE

r6Titp (I0 1 0 cjiitirters ou de la valeur de 1 0 cjuarters, taudis que celle du n° 1 s’élèverait à 20 quarters ; car le cultivateur du n° 3 aurait le même profit en payant 20 quarters pour le n° 1, 10 quarters pour le n° 2, ou s’il cultivait le n” 3 sans payer de rente. )i Ricardo'‘s Polit. Econ., ch. ii.

Tels sont^ les résultats nécessaires du principe que les hommes commencent l’œuvre de la culture sur le meilleur sol et passent aux plus mauvais, et (jue la terre a une valeur inhérente, indépendante du travail. S’il est vrai, il s’ensuit que la proportion appartenant au propriétaire augmente avec les progrès de la société, et celle du travailleur diminue ; l’un devenant constamment plus riche et plus puissant, l’autre plus pauvre et plus dépendant.

Or, quels ont été les faits? Adam Smith les énoncé ainsi .

U A présent, dans les contrées opulentes de l’Europe, une très-grande portion, ordinairement la plus grande portion .lu produit de la terre, est destinée à remplacer le capital du fermier riche et indépendant, l’autre à payer son profit et la rente du propriétaire. Mais autrefois, pendant 1 existence du régim.^ féodal, une très-petite portion (*tait suffisante pour ri'iiiplacer le capital employé à la culture. Il consistait coinmunéinent en (quelques misérables troupeaux, nourris des produits spontanés d’une terre en friche, et qui pouvaient, en conséquence, être regardes comme faisant partie de cette {.roduction spontanée. Il appartenait aussi généralement OM propriétaire, qui le prêtait aux occupants du sol. lout le reste du produit lui appartenait aussi en propre, comme rente de la terre, ou comme profit de ce chétif capital. Les occupants du sol étaient généralement des serfs, dont lapeisonne et les effets étaient également sa propriété. Ceux (]ui n’(Maient pas serfs étaient tenanciers a v<doiite; et quoique la rente qu’ils payaient ne fût guère qu un cens nominalement, elle montait, en réalité, au produit total de la terre. Leur seigneur pouvait, en tout temps, exiger leur travail dans la paix et leur service dans la guerre. Quoi.jn ils vé-

lit* LA IIKNTK.

eussent à distance de sa niaisuii, ils dépendaient autant de lui que ses domestiques, qui vivaient sous son toit. Or, le produit entier du sol a^ipartient, sans contredit, à celui qui peut disposer du travail et des services de tous ceux qu'il fait A'ivre. Dans r(‘tat actuel de l’Europe, la part du propriétaire Il excède pas un tiers, et quelquefois même pas un quart du produit total du sol. La rente des terres, dans toutes les parties améliorées du pays, a, en même temps, triplé et quadruplé depuis l’epoque féodale ; et ce tiers ou ce quart du produit annuel est, à ce qu’il paraît, trois ou quatre fois plus qrand que le produit total ne l'était auparavant . Dans la marche du progrès, la rente, quoique augmentée en proportion de l’étendue, a diminué en proportion du produit total de la terre. » Wealth of Nations, livre 11, chap. lll.

-Maltlius, quoique parfaitement d’accord eu principe avec Hicardo, admet que les faits, dans la Grande-Bretagne, confirment les remarques d’Adam Smith. Il dit :

M Suivant les rapports récemment faits au bureau de l’agriculture, la proportion moyenne de la rente à la valeur de tout le produit ne paraît pas excéder un cinquième, tandis qu autrefois, quand il y avait moins de capital employé et moins de valeur produite, la proportion montait à un quart, un tiers, ou même à deux cinquièmes. Cependant, la différence numérique entre le prix des produits et les frais de culture augmente encore avec les progrès de l’amelioration ; et , quoique le propriétaire ait une portion plus petite du jjroduit entier, néanmoins cette plus petite portion , par suite du très-grand accroissement des produits, donne une plus grande quantité.» Principlesofpolitical cconomy, page 177.

Il est évident, d’après une comparaison de ces deux exposés, que, dans les Iles Britanniques, la proportion entre la rente et le produit entier avait baissé encore dans l’intervalle entie la publication de la Richesse des nations et l’ouvrage de Malthus,— à peu près quarante ans. Dans une période

d’à peu près la même durée, de 1 790 à 1 833 , selon M. Porter [Progress of the nation, vol. I, p. 164), qui déduit le fait de dépositions faites pendant la dernière année devant le comité du Parlement sur la détresse des cultivateurs, les revenus tirés, sous forme de rente, de la propriété du sol, avaient au moins doublé dans toute l’étendue de la Grande- Bretagne, tandis que la condition des culth'ateiirs s’était visiblement améliorée. M. Caird, envoyé par le journal le Times comme commissaire, ])our examiner la situation de l’agriculture en Angleterre, consacra huit mois, en 1830 et en 1831 , à une inspection de trente- deux des quarante comtés anglais. Arthur Young, le célèbre touriste agronome, visita aussi vingt-six de ces comtés en 1770. La rente moyenne par arpent de terres cultivées dans ces comtés, selon les recherches de Young, était de 1 3 schellings 4 pence (fr. 17,11), tandis que le taux moyen actuel, selon M. Caird, est de 2(i schellings 10 pence (fr. 34,33). Si nous y comprenons les six autres comtés visités par M. Caird, la moyeuue s’élèvera à 27 schellings 2 pence. La rente moyenne du sol en Angleterre, selon ces exposés, a plus que doublé dans les (juatre-vingts dernières années. Une dilféreiice très-considérable existe entre la rente des comtés produisant du blé, et la rente de ceux consacrés au pâturage et aux produits de la laiterie. M. Caird donne comme rente moyenne de quatorze comtés produisant du grain dans l’est et le sud de l’Angleterre, en 1831, 23 schellings 8 pence ; tandis que celle de seize comtés 2)roduisant des jjâturages, des récoltes en vert, (telles que des navets, etc., jxiur la nourriture des bestiaux) et occupés des jiroduits de la laiterie, s’élève à 3 1 sch. 3 j>ence.

VEdinburgh Review, du mois de juillet 1832, en commentant cet exposé de àl. Caird, afin de montrer la corrélation entre les améliorations dans les instruments et les pro- «‘.édés d’agriculture et l’accroissement de la rente, jjrend pour exemple une ferme où l’on s’occupe également de produire (lu grain, d’élev('r des bestiaux et de cultiver des lé-

La rkntK.

^umes, comme celles des comtés de Bedford et de Norfolk, dans lesquelles la rente moyenne était ainsi qu'il suit :

1770 (Young) par arpent. i85l (Caird) par arpent.

8chell. l*ence.

' ri

Schell. Pence.

Bedford.

ÎVorfolk.

Movenne.

tt

Supposant qu'une ferme dans run de ces comtés ait payé, en 1770, une rente moyenne de 11 schellings 9 pence par arpent, 1 écrivain se met à énumérer plusieurs améliorations, dont on peut calculer le bénéfice et l’économie de frais par arpent, et il en fait le calcul à part. — La somme totale se monte à 32 schellings 2 pence; l'augmentation de la rente ne s életant qu a 13 schellings 6 pence , la différence entre les deux, 1 8 schellings 8 pences, revient au fermier. Si son gain s arrêtait la, il serait déjà évident que la plus petite portion de l’accroissement du produit aurait été grossir la leiite, et lapins grande serait devenue le profit du locataire, « Mais, continue l'écrivain , outre les économies et les gains mentionnés ci - dessus, le fermier, dans toute l'étendue du

royaume, a vu ses bénéfices grandement augmentés par la hausse de prix qui s est manifestée sur les produits de la ferme pendant les quatre-vingts dernières années. » Sur ce j»oint, il dit que « tandis que le grain obtient sur le marché à peu près le meme prix qu'il y a quatre-vingts ans, beaucoup de produits de la laiterie, tirés des terres argileuses du Cheshireet du Lancashire, qui alors se vendaient 100 liv. sterl., en valent maintenant 200; et il en est à peu près de même de la \iande, de la laine et du beurre. « En ce qui regarde le grain, il est évident que ^augmentation du profit du proprietaire et du fermier ne se fait pas aux dépens du consommateur, puisqu’il l’obtient au même prix en argent que par le passé.

Nous aurons occasion de montrer (pie le prix en argent du travail a haussé, en Angleterre, entre les deux épocpies

i..\ uiiM e. I 1 3

prises pour points de comparaison i, et que cette hausse diminue dans la même proportion l'accroissement nominal do prix des produits de la laiterie. (Je ne fais cette remarque incidente qu afin d'empêcher toute coilclusion erronée à 1 egard de leur valeur véritable.) La seule question qui nous intéresse à présent est colle des proportions respectives suivant lesquelles le locataire et le propriétaire partagent les piofits du fermage. Comme il nous faut déduire ceci des prix en argent de la rente, les prix en argent du produit sont un élément du calcul , quoiqu’ils ne prouvent rien à 1 égard du coût actuel du travail. M. Senior, qui écrivait il y a environ vingt ans (1836), émet une ojiinion qui, venant d’un des penseurs les plus habiles et les plus instruits de 1 école de Ricardo, peut nous éclairer beaucoup sur ce point. « Quels changements, remarque-t-il, dans l'état de l’Angleterre et du midi de 1 Ecosse, la machine à vapeur et les métiers à filer le coton ont opérés pendant les soixante dernières années ! Ils ont presque doublé la population, plus que doublé le salaire de l’ouvrier, et presque triplé la rente du sol.»

Les statistiques agricoles de l'Angleterre sont si pauvres et si conjecturales, qu il est impossible de parvenir à quelque

M. Caird donne un tableau, où il compare les taux moyens de la rente, des produits du grain par arpent, du prix des provisions et du salaire des ouvriers par semaine, pris dans vingt-six comtés par Young, en 1770, et par lui-même, dans les mêmes comtés, en 1850, et ensuite il fait une moyenne séparée des exposés de chacun. Il récapitule le résultat général de cette manière : « 11 parait ainsi que , dans une période de quatre-vingts ans, la rente moyenne de la terre labourable a haussé de 100 pour 100, le produit moyen du grain par arpent a augmenté de 15 pour 100, le salaire des ouvriers de 51 pour 100 (de 7 schellings 5 pence a 9 schellings 7 pence par semaine) , et la rente de leurs habitations de 100 pour 100 (de 8 pence par semaine à 1 schellingSpence) ; tandis que te pain, principale nourriture de l’ouvrier anglais, coûte à peu près la même chose qu’en 1770. (Sa moyenne pour vingt-six comtés montre une réduction d’environ 16 pour 100.) Le prix du beurre a augmenté de près lie 100 pour 100, la viande de presque 70 pour 100, et la laine de plus de 100 pour 100. » —English agriculture in 1850 and 1851, page 475.

LA RENTE

précision numérique dans des recherches de ce genre. Elles servent cependant à corroborer notre aperçu sur la marche générale des phénomènes ; et Taccord des différents écrivains que nous venons de citer prouve que, loin que la tendance qu'exige la théorie de Ricardo se soit montrée dans Thistoire des Iles Britanniques, l'expérience établit dii-ectement le contraire.

A l'égard de la France, nous avons des informations plus dignes de foi. M. Moreau de Joniiès, ({ui, pendant une longue série d’années, a été à la tête du bureau statistique du gouvernement français, et qui a atteint le plus haut rang dans cette science, s’est occupé sans relâche, pendant des années, à extraire, des documents historiques, économiques et administratifs que sa situation lui permettait de consulter, les faits relatifs à la condition et au salaire des agriculteurs de France. Il a communiqué, dans un long mémoire, ses travaux à l’Institut, dont il est membre ; et le sommaire général des résultats est contenu dans un article qu’il a publié dans VAnnuaire de l’Economie politique et de la statistique pour 1851, pages 368 à 385. Ses recherches remontent à la période de Louis XIV, embrassant une statistique de cent cinquante ans, divisés, pour la commodité de la comparaison , en cinq périodes. Les faits, condensés en forme de tableau, se présentent de la manière suivante.

Le premier tableau contient un exposé, à différentes époques, du total des frais de culture du sol de la France (non compris la valeur de la semence) en raillions de francs, — de la proportion entre la somme totale des salaires et la valeur des produits du sol — et du montant de ces frais par tète pour la population actuelle du royaume, à chaque époque, ainsi qu'il suit :

Epoques.

Coût

de

Proportion

arec

Pour

chaque

culture.

le produit total.

habitant.

Louis XIV.

458,000,000 fr.

35 p. iOO.

24 fr.

Louis XV,

Louis XVI.

L’Empire.

Louis-Philippe.

LA RENTE. 1 1

Le tableau suivant donne la répartition des salaires entre les familles agricoles du royaume, aux mêmes époques, sur la hase moyenne de quatre personnes et demie par famille, indiquant le salaire annuel de chaque famille et le montant pour chaque jour :

Nombre

de familles agricoles.

Salaire.

annuel.

Salaire journalier de chacune.

135 fr.

0 fr. 37 cenl.', ou 7 sous 1/2

0 35 ou 7

0 45 ou 9

1 10 ou 22

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