‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets. Tome II - ExplicationsChapitre 7 sur 104 · PASSAGE DU GENRE NATUREL AU GENRE CONVENTIONNEL · texte numérisé non relu

PASSAGE DU GENRE NATUREL AU GENRE CONVENTIONNEL

La différence du genre, dans les noms qui désignent des êtres mâles et femelles, aura paru fort naturelle au sourd-muet.

Il s’agît de le faire passer maintenant au genre des noms désignant des objets qui ne sont ni mâles ni femelles.

Mettez sous ses yeux le premier exercice du N° III. Nous y avons réuni des noms de choses auxquels l’élève doit joindre l’article. Rien ici ne peut le guider. Son embarras égalera son étonnement.

Peut-être ajoutera-t-il à tous les noms des articles masculins ; peut-être aussi donnera-t-il le signe du masculin aux objets qu’il croira être plus particulièrement à l’usage des hommes, et le signe du féminin aux autres.

Vous le corrigerez, tout en applaudissant à ses efforts, ou plutôt vous lui ferez revoir rapidement la nomenclature des planches qu’il a déjà étudiées, en lui faisant remarquer, devant chaque nom, les mots un ou une écrits en petits caractères.

Il trouvera sans doute fort ridicule de donnér à une table ou à une clef un signe qui semblait destiné aux femelles j à cela vous n’aurez

DES SOURDS-MUETS. a5

qu’à lui répondre que tout le monde s’exprime ainsi, et qu’il faut faire de même. Il recopiera alors avec l’article tous les noms qu’il avait étudiés , et il les rangera d’après leur genre, sous deux colonnes, comme on le voit dans le N° III.

Les deux exercices qui suivent, et qu il sera a propos d’étendre à tous les mots que l’élève aura déjà appris, sont destinés à fixer dans sa mémoire le genre propre à chaque nom. Dans le premier exercice, il sera obligé de joindre l’article aux noms qui sont rassemblés ici sans ordre, et il les rangera, d’après leur genre, sur deux colonnes.

Le second exercice, qui consiste à corriger les fautes glissées dans le genre de l’article, achèvera de lui persuader que l’on ne peut pas mettre indifféremment un ou une devant ces noms, quoiqu’ils ne désignent ni des mâles ni des'femelles.

N° IY

FORMATION DU PLURIEL. ( Planche VI* )

La planche qui est en regard de ce tableau rend assez sensible aux yeux la différence du singulier et du pluriel.

La figure i représente un rayon de bibliothèque chargé de livres. Si l’on demande au sourd-muet les noms des objets qui sont ici sous ses yeux, il s’empressera sans doute d’écrire le mot livre autant de fois qu’il comptera de volumes, comme on le voit dans la figure.

Vous montrez avec un sourire de dédain cette fastidieuse répétition; ensuite vous tirez au-dessous de ces mots autant de petites lignes convergentes qui aboutissent à un même point où vous écrivez le mot livre en y ajoutant un s; ce que vous montrez d’un air de satisfaction à votre élève, en biffant d’un trait les mots répétés au-dessus. Il n’èn faut pas davantage pour lui faire comprendre qu’au lieu de répéter le même mot comme il l’avait fait, il suffit de l’écrire une fois en y ajoutant ün s.

Vous passez à la figure i ; dès que vous y portez le doigt, le sourd-muet fait le signe de plume; vous ajoutez le signe de l’unité.

Vous montrez la figure 3 ; il fait le même signe

de plume; mais en y ajoutant celui de la pluralité.

Le signe de l’unité se fait en levant un doigt. Pour exprimer la pluralité, la main étant préalablement fermée, vous levez successivement le pouce , l’index et les autres doigts, comme si vous comptiez les objets qui sont sous vos yeux : enfin, la main s’ouvre plusieurs fois avec vivacité , pour indiquer la multiplicité. Le plus souvent on se sert de ce dernier signe pour le pluriel.

Vous passez aux autres figures, et votre élève vous dépeint par ses gestes les objets que vous lui montrez, en y ajoutant tour à tour le signe de l’unité, et celui du pluriel.

Vous lui ferez remarquer les noms écrits audessous de ces figures, en lui faisant observer que la lettre sa la fin de ces mots, correspond toujours au signe de pluralité dans les gestes.

Ce premier exercice terminé, vous couvrez les figures, et à l’inspection des noms seuls, il fait les signes.

Enfin vous transcrivez tous ces noms au hasard ; nul doute qu’il ne sache distinguer ceux qui sont au singulier d’avec ceux qui sont au pluriel.

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