‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds-muets. Tome II - ExplicationsChapitre 81 sur 104 · SYNTAXE DES TEMPS DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

SYNTAXE DES TEMPS DU SUBJONCTIF

J’entends ici par syntaxe des temps du subjonctif, la construction des temps du subjonctif avec les temps des autres modes.

Les exemples de ce Tableau offrent successivement tous les temps de l’indicatif, de l’impératif et du conditionnel qui peuvent se construire avec tel ou tel temps du subjonctif.

Nous n’avons donné qu’un exemple de chacun, afin de pouvoir tout réunir dans un même cadre. Cependant ce n’est que par des exercices multipliés que l’éleve s’habituera à l’emploi régulier de ce mode.

L’instituteur aura soin, chaque fois que le sourd-muet se trompe sur l’emploi d’un temps du subjonctif, de le ramener au Tableau précédent, et de lui faire traduire ce temps par le temps correspondant de l’indicatif.

Ces deux Tableaux et les exercices qui doivent les accompagner, doivent être l’objet de quinze jours d’étude au moins.

Tous les temps du subjonctif ne peuvent pas être indifféremment précédés de tel ou tel temps des autres modes, comme le fait voir le Tableau qui va nous occuper.

; afîo MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE

Le pre'sent du subjonctif exprime le futur ou le présent, et peut se construire avec un verbe au présent de l’indicatif, au passé, au futur, au futur antérieur, au présent du conditionnel ou à l’impératif.

Mais, de même qu’après un passé l’on met bien souvent l’imparfait de Findicatif au lieu du présent, on emploie aussi l’imparfait du subjonctif, au lieu du présent , pour exprimer un futur ou un présent , comme pour exprimer un passé, ainsi qu’on le voit dans les exemples suivans :

Lejeune prince, plein d’honneur, ne pensait pas qu’il y eût une morale différente pour les rois, et les particuliers.

Je nœ vous ai pas dit que régnerfût un passe-temps .

Il serait plus régulier de dire dans la première phrase : qu’il y ait; et dans la seconde : que régner soit , au temps passé.

Cet emploi vicieux est toléré par l’usage, et même plusieurs grammairiens f ont érigé en principe, sans faire la distinction importante des circonstances où l’on veut exprimer un présent ou un futur de celles où l’on ne veut exprimer qu’un passé.

Ainsi on dira avec Molière :

- Mon père a consenti que je suive mon choix, si le choix n’est pas encore fait; mais dans le cas contraire, il faudrait dire : Mon père a consenti que je suivisse mon choix, sous-entendant je l’ai suivi •

En disant : mon père a consenti que je suivisse mon choix y on donnerait à entendre que le choix est déjà fait. C’est donc à tort que l’on a critiqué la phrase suivante de Voltaire :

Hélas ! de mon époux armant la main sanglante,

Du moins ils ont voulu que je meure innocente.

Que je mourusse serait évidemment, une faute, puisque la princesse n’est pas encore morte.

Racine, dans Britannicus y fait dire à Agrippine, par Burrhus :

Mais ce n’est que l’effet d’une sage conduite

Dont César a voulu que vous soyez instruite.

Burrhus n’a pas encore instruit Agrippine; il lui annonce qu’il va l'instruire. Si les éclaircissemens eussent précédé, Racine aurait dit ;

Mais ce n’est que l’effet d’une sage conduite

Dont César a voulu que vous fussiez instruite.

L’imparfait du subjonctif ne devrait donc régulièrement s’employer que pour exprimer l’imparfait de l’indicatif, ou le présent du conditionnel. Il peut se construire avec un présent de l’indicatif, un passé, un imparfait, un conditionnel, un conditionnel passé.

Exemples de rimparfait du subjonctif i°. avec un présent.

Les colonies sont toutes résolues à demeurer neutres ; ce ri est pas qu’elles ri eussent quelque inclination à me secourir, mais le trop grand éclat

262 MANUEL D’ENSEIGNEMENT PRATIQUE que cette ville a eu dès sa naissance, les a épouvantées. (Fénelon.)

Croit-on que Mallius, cet indigne rebelle,

Ce tribun des soldats, subalterne infidèle,

De la guerre civile arborât l’étendart;

Qu’il osât s’avancer vers le sacré rempart ;

Q\i’il eût pu fomenter ces ligues menaçantes ,

S’il n’était soutenu par dès mains plus puissantes.

(Voltaire , Caton. )

Dois-je croire qu assise au trône des Césars ,

Une si belle reine offensât ses regards.

2 °. Avec un passé indéfini.

Exemple : Minas n’a voulu que ses enfans régnassent après lui, qu’à condition qu’ils régnassent suivant ses maximes. (Fénelon.)

3°. Avec un passé défini.

Exemple : Il défendit qu aucun étranger rientrât dans la ville. (Voltaire.)

4°. Avec un imparfait.

....Que vouliez-vous qu’il fît.

Qu’il mourût.

-> ' (Corneille.)

C’était la coutume dans les temps barbares, que les bourgeois se présentassent devant le vainqueur la corde au cou, quand ils l’avaient arrêté trop long-temps devant une bicoque. (Voltaire.)

5°. Ayec un plus-que-parfait.

Mais il me semble, Agnès , si ma mémoire est bonne .

Que j’avais défendu que vous vissiez personne.

(Molière.)

DES SOURDS-MUETS. a 63

Iris lui avait enlevé son bouclier sans qu'il s’en

aperçût. (Fénelon.)

6°. Avec un conditionnel présent.

Voudrait-il insulter à la crainte publique ;

Et que le chef des Grecs, irritant les destins,

Préparât d’un.hymen la pompe et les festins ?

(Racine.)

Idoménée est dans les sentimens où je suis sûr que vous voudriez quilfût. (Fénelon.)

7 °. Avec un passé du conditionnel.

Elle eut voulu que la mort la plus prompte Fermât ses yeux et terminât sa honte.

Passé du subjonctif.

Le passé du subjonctif peut se construire :

i°. Avec un présent de l’indicatif.

A l’amour de Pharnace on. impute mes pleurs ;

Malgré toute ma haine, on veut qu’il m’ait su plaire.

( Racine. ),

Je ne m’étonne plus qu’interdit et distrait,

Votre père ait paru nous revoir à regret.

(Racine.)

2 °. Avec un passé indéfini.

Il a fallu que mes malheurs m’aient instruit pour apprendre ce que je ne voulais pas croire.

(Fénelon.)

3°. Avec l’impératif.

Jjez soin qu’il ait tout préparé

Plus-que-parfait du subjonctif.

Le plus-que-parfait du subjonctif peut se construire :

i°. Avec un présent de l’indicatif.

Pensez-vous qu’il eût osé nous résister.

2 °. Avec un imparfait.

Je craignais que vous ne m’eussiez pas compris. 3°. Avec un passé défini.

Je craignis un moment qu’il n’eut été arrêté. 4°. Avec un passé indéfini.

Je n’ai jamais cru que vous eussiez commis une telle horreur.

5°. Avec un plus-que-parfait.

Il ne m’avait pas dit que vous eussiez pris des arrangemens.

6°. Avec un présent du conditionnel.

Serait-il vrai, grands dieux ! que trop aimé de vous, Pharnace eût en effet mérité ce cçurroux ?

(Racine.)

7 °. Avec le conditionnel passé.

Tout passe ; et qui m’eût dit, après ce qu’on m’a vu,

Que je l’eusse éprouvé ; je ne l’aurais pas cru.

( Thomas Corneille. )

N os cil à CX VIL

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