‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 102 sur 115 · DE QUELQUES VERBES EMPLOYES COMME AUXILIAIRES · texte numérisé non relu

DE QUELQUES VERBES EMPLOYES COMME AUXILIAIRES

Je n'ai pas cru devoir charger la conjugaison de tous les temps que l'on peut former avec les verbes depoir, venir de , aller, et ne faire que de, quoique ces expressions , en dépouillant leur signification propre pour marquer des circonstances de temps, puissent, sous quelques rapports, être considérées comme verbes auxiliaires. Mais comme l'acception nouvelle qu'ils reçoivent dans cet emploi se combine toujours avec la valeur propre des temps où ils sont employés , il est nécessaire d'avoir une connaissance suffisante de la valeur

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de chaque temps avant (Tétudier l'emploi de ces auxiliaires dans les différens temps et dans les différens modes. Mais quand le sourd-muet a acquis ces notions préalables, il suffira souvent de lui faire bien entendre l'usage général d'un de ces verbes employé comme auxiliaire, pour qu'il puisse , avec un peu d'attention , en démêler la manière de signifier dans toutes ses modifications.

Ainsi si vous lui apprenez que venir de marque l'instant qui suit l'acte exprimé par le verbe principal, et donne par conséquent à ce verbe le caractère d'un passé relatif récent; s'il sait traduire je viens de sortir, par : je suis sorti il n'y a quun instant, il ne vous sera pas très difficile de lui faire traduire aussi je venais de sortir, par : j'étais sorti il n'y avait qu'un instant , etc., etc.

Mais il est essentiel qu'un choix convenable d'exemples opposés fasse sentir à l'élève quand le verbe s'emploie comme auxiliaire, et quand il conserve sa propre signification.

Devoir.

Le verbe devoir, dans sa signification première , exprime une obligation morale. Toute obligation ne peut avoir rapport qu'à l'avenir, car le passé n'est pas en notre puissance : il ne nous appartient que par le souvenir. Voilà pourquoi on s'est servi du verbe devoir pour marquer le futur. Mais comme on ne s'affranchit que trop souvent d'une obligation morale, le mot devoir n'entraîne pas

nécessité , et le futur composé avec ce mot et un infinitif n'affirme pas aussi positivement que le simple futur. Une légère expression de doute sur la physionomie rendra sensible aux jeux du sourdmuet cette nuance importante.

Il ne faut pas perdre de vue que le verbe devoir n'en conserve pas moins le plus ordinairement sa signification propre; et l'instituteur doit y donner d'autant plus d'attention , que l'on emploie ce verbe exactement de la même manière dans l'un et l'autre sens, comme on le voit par les exemples du Tableau.

Dans tous ceux de la première colonne , le verbe devoir conserve sa signification propre, et emporte l'idée d'obligation morale . Dans la seconde colonne, il perd sa véritable signification pour exprimer quelques vues particulières de l'esprit et certaines modifications de temps.

Au présent, il marque, comme nous l'avons dit, un futur présumé.

Exemple : Nous devons partir demain.

A l'imparfait , il réunit le double caractère de l'imparfait et du futur.

Exemple : On devait punir ces enfans ; on disait qu'on devait les punir.

Cette expression rapporte ma pensée non pas à l'époque même de la punition, mais à celle où elle était encore à venir : voilà bien un futur, au moins un futur relatif à un temps passé- Mais l'intention où l'on était a cessé, a été interrompue : voilà le caractère de l'imparfait :

On devait les punir, c'est-à-dire on disait qu'on

devait les punir; on disait qu'on les punirait; on

était dans V intention de les punir. On laisse croire

que cette intention a été sans effet.

Au moyen d'une interprétation semblable par signes ou par écrit, l'instituteur peut être sûr de faire parfaitement comprendre au sourd-muet cette phrase et toutes les phrases analogues.

Le passé du verbe devoir, employé comme auxiliaire, a beaucoup d'analogie avec le futur antérieur dans la signification du passé. On a dû le punir; on l'aura puni.

On a dû le punir, équivaut presque à : je crois qu'on Va puni. On l'aura puni rapprocherait plus de : je conjecture qu'on Va puni. Cette nuance est délicate, sans doute; il n'est cependant pas bien difficile de la rendre en signes mimiques , quand on possède toutes les ressources de ce langage.

Le verbe auxiliaire devoir exprimant par luimême le futur, ne peut se mettre au futur j ce serait un double futur. Mais au sens propre il s'emploie dans tous les temps.

Ce verbe est employé aussi comme auxiliaire au subjonctif. Il suffira, pour en donner l'explication, de ramener le subjonctif au temps correspondant de l'indicatif, comme l'élève doit avoir déjà appris à le faire.

L'instituteur doit toujours faire observer avec soin à l'élève quand le verbe se prend clans l'une ou l'autre acception.

3oo MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE Exemple :

Je ne croyais pas que de notre hyménée Je dusse voir si tôt arriver la journée.

Le verbe est ici auxiliaire.

Le comte.... n'a pas si peu de gloire

Que vous dussiez si tôt en perdre la mémoire.

Devoir marque ici obligation.

Dans le premier exemple, je dusse correspond à l'imparfait de l'indicatif.

Dans le second, vous dussiez correspond au conditionnel présent.

Aller.

Le verbe aller, suiv, d'un infinitif, s'emploie fréquemment aussi C( xnme auxiliaire , et donne au verbe suivant le caractère d'un futur prochain relatif. On peut le traduire en ajoutant au verbe principal les mots dans un instant, quand le verbe est au futur, ou un instant après , quand le verbe est au passé.

Restez ici : vous allez le voir. Il va arriver : vous le verrez dans un instant, il va arriver dans un instant.

J'allais le voir: je devais le voir un instant après.

Ce verbe, exprimant un futur, ne peut se mettre au futur, si ce n'est dans sa véritable signification : j'irai le voir.

Venir.

Quand le verbe venir est immédiatement suivi d un infinitif, on sous-entend la préposition pour.

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Je suis venu le voir.

Je suis venu pour le voir.

L'on n'exprime la préposition que lorsqu'on veut appuyer plus fortement encore sur l'intention que sur le fait, soit que le but indiqué par la préposition ait été atteint ou non ; et même le plus souvent on fait entendre par là que l'intention où l'on était n'a pas été remplie.

Je suis venu pour vous' voir, et je ne vous ai pas rencontré.

V^enir à, suivi d'un infinitif, exprime un événement fortuit. On peut exprimer à peu près la même idée en ajoutant' au verbe principal les deux mots : par hasard.

Si vous venez à le rencontrer, c'est-à-dire si par hasard vous le rencontrez.

Nous avons vu qu'aller de sert à exprimer un futur prochain; venir est l'opposé d'aller : venir de doit donc marquer un passé. En effet, ce verbe suivi de la préposition et d'un infinitif est rarement employé dans sa signification propre. On s'en sert pour exprimer un passé tout récent, mais relatif au temps du verbe.

Ainsi, au présent, il correspond à un passé récent :

Exemple : Je viens de sortir, c'est-à-dire je suis sorti il n'y a qu'un instant.

A l'imparfait, il exprime un passé antérieur ou un plus-que-parfait :

Je venais de sortir, c'est-à-dire j'étais sorti il

3o2 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE

n'y avait qu'un moment ; fêtais sorti un instant

auparavant.

Quoique ce verbe soit usité à l'imparfait , il ne peut s'employer au passé , parce qu'il indique proprement l'état qui suit l'action exprimée par l'infinitif.

Comme il donne à cet infinitif le caractère du passé , on ne peut l'employer non plus au plus-queparfait, qui est déjà un double passé.

Au futur, il exprime un futur antérieur prochain.

Je viendrai de sortir, c'est-à-dire je serai sorti un moment auparavant*

On se sert quelquefois du verbe sortir dans le même sens.

Je sors de dîner. Je sors de le voir.

Ne faire que de, ne faire que.

La locution ne faire que de sert aussi à exprimer un passé récent et plus récent encore.

Je ne fais que d'arriver équivaut h. je suis arrivé il n'y a quun instant, ou plutôt f arrive à Tinstant. Il ne faisait que d'arriver: il arrivait à l'instant même; il était arrivé un instant auparavant.

L'expression ne faire que de a plutôt rapport à l'acte même, et venir de à l'état qui suit.

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