AVANT-PROPOS
Il n'est plus nécessaire de démontrer que le seul moyen d'obtenir des succès solides et réels dans l'instruction des sourds-muets de naissance, c'est de se servir, pour éclairer et développer leur intelligence, des mêmes signes que la nature leur inspire, sans le secours d'aucun maître , pour exprimer leurs idées et leurs besoins. C'est là l'unique voie pour arriver à leur esprit et entrer en communication avec eux-, car pour ces infortunés, dont l'oreille n'a jamais été frappée par la voix maternelle, toute langue, même celle du pays où ils sont nés , est une langue étrangère ou même une langue savante.
C'est par le secours d'une première langue,
(i) Extrait de l'avant-propos de l'abbé Sicard, qui est en tête de l'édition que nous avons donnée en 1819 de l'Art d'Enseigner a parler aux Sourds- Muets ; précédé de Y Eloge historique de l'abbé de l'Epêe.
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de notre langue maternelle , que nous apprenons toutes les autres. De même, on ne peut parvenir à enseigner aux sourds-muets une langue quelconque, que par le secours de leur première langue, du langage des gestes, qui est leur langage naturel. Par ce moyen , soumis à une méthode régulière , il n'est point de connaissances , la musique exceptée, qu'on ne puisse transmettre au sourd-muet. Du moment que le sourd-muet a achevé son instruction , il n'est plus étranger à aucune des connaissances qu'on peut acquérir par la lecture ; il n'est plus ni sourd ni muet pour quiconque sait lire ou écrire. Mais malheureusement l'écriture n'offre qu'un moyen de communication trop lent et trop incommode pour la conversation , et qui même ne peut guère être d'usage dans les classes inférieures de la société, où naissent le plus grand nombre de sourds-muets, et où souvent on ne sait pas lire et presque jamais écrire assez correctement pour se faire entendre à.e ces malheureux, qui, ne lisant que des yeux
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sans pouvoir s'aider de la prononciation , ne comprennent les mots qu'autant qu'ils sont écrits conformément à l'orthographe.
Le sourd -muet n'est donc totalement rendu à la société que lorsqu'on lui a appris à s'exprimer de vive voix et à lire la parole dans les mouvemens des lèvres. Ce n'est qu'alors seulement qu'on peut dire que son éducation est entièrement achevée, (i)
(r) P. de Ponce, religieux bénédictin du monastère d'Ona, au royaume de Valence, mort en i584, est le premier, à ce qu'il paraît , qui ait entrepris de faire parler les sourdsmuets. Il avait laissé les principes de sa méthode dans un manuscrit qu'on voyait encore dans son couvent, avant l'invasion de l'Espagne. Dom J. P. Bonnet publia, en 1620, un ouvrage où il rend compte des moyens qu'il a mis en usage dans l'éducation du frère du connétable de Castille , devenu sourd à l'âge de quatre ans , et qui apprit assez bien l'espagnol pour converser facilement dans cette langue. Wallis , Degby , Gregory en Angleterre ; E. Ramirez , de Cortone ; P. de Castro , de Mantoue ; Conrad Amman , médecin suisse qui exerçait en Hollande ; Vanhelmont , en Allemagne , entrèrent avec succès dans la même carrière.
Dom A. Péreires vint s'établir à Paris vers l'an 1735; et profitant de l'ignorance où l'on était à ce sujet, il se donna pour l'inventeur de cet art. L'Académie des Sciences lui confirma ce titre. Peu de temps après , M. Esnaud , égale-
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Nous croyons donc rendre un grand service à ces infortunés , en publiant / de nouveau Y Art de faire Parler les Sourds- Muets (i). Ce petit ouvrage est aussi précieux par la précision que par la clarté avec laquelle il sait mettre à la portée des plus faibles esprits , les procédés à employer pour rendre la parole aux sourds-muets. Tout père ou mère , maître ou maîtresse qui lira avec attention ce petit traité, peut se flatter de pouvoir, en peu de temps, enseigner à parler à un sourd-muet , à moins que celui-ci n'ait un défaut de conformation dans les organes de la voix, ce qui, au reste, est une chose extrêmement rare. Les notes qui sont jointes à cet ouvrage, en forment un traité neuf, et aussi complet qu'on puisse le désirer."
ment établi à Paris, obtint le même honneur. Mais enfin la vérité parut; l'ouvrage de Bonnet et particulièrement celui d'Amman , furent connus en France , et dévoilèrent les principes de cet art, dont on avait cherché à faire un mystère, et qu'on sut apprécier enfin à sa juste valeur.
(i) C'est la seconde partie de la Véritable manière d'instruire les sourds *muets de naissance.