‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 113 sur 115 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

Tai mis aussi une sourde- muette en état de réciter de vive voix à sa maîtresse les vingt-huit chapitres de l'Evangile selon saint Matthieu, et de lire avec elle l'office des Primes, tous les dimanches, etc. Ces deux exemples doivent suffire.

Mais il ne me serait pas possible aujourd'hui de faire la même chose ; en voici la raison :

La leçon qu'on donne à un muet , pour le langage , ne sert qu'à lui seul ; il faut nécessairement ici du personnel. Ayant donc plus de soixante sourds-muets à instruire, si je donnais seulement, à chacun d'eux, dix minutes pour l'usage de la prononciation et de la lecture , cela me prendrait dix heures entières. Et quel serait l'homme d'une santé assez robuste pour soutenir une telle opération? Mais, d'ailleurs, comment pourrais-je continuer leur instruction dans l'ordre spirituel ? Or, c'est le but principal que je me suis proposé en me chargeant de cette Oeuvre.

Quand on voudra, dans un établissement, conduire plusieurs sourds-muets jusqu'à une prononciation et une lecture totalement distinctes , on leur donnera des maîtres qui se consacreront par état à ce genre d'éducation , et qui les exerceront tous les jours. Il n'est pas nécessaire de choisir

pour cet emploi des hommes à talens, il suffit d'en trouver qui aient de la bonne volonté et du zèle, et qui pratiquent fidèlement ce que nous avons expliqué. Pour cette œuvre purement mécanique , des gens d'esprit sont plus à craindre qu'à désirer, parce qu'ils s'en lasseraient bientôt. En se rabattant au niveau des maîtres d'école ordinaires , on en trouvera qui s'y appliqueront assidûment et persévéramment , pourvu que cette occupation forme pour eux un état dont ils soient certains jusqu'à la fin de leur vie; c'esl le seul moyen d'y réussir.

S'il se trouve, en province, quelque père ov mère, maître ou maîtresse, qui ait un sourdmuet dans sa maison , et qui ne soit pas en étal de comprendre tout ce que j'ai expliqué le plus clairement qu'il m'a été possible?, sur la manièrt d'apprendre aux sourds-muets à lire et à prononcer, voici ce que je leur conseille.

Dès l'âge de quatre ou cinq ans ils mettronl souvent devant eux, ou même prendront entrt leurs jambes le jeune sourd-muet ; ils lui leveroni la tête pour l'engager à les regarder, en lui proposant quelque récompense. Lorsqu'il regardera ils Drononceront fortement (il n'est pas nécessain

de crier pour cela ) et tranquillement pa , pé. Ils ne seront pas long-temps sans obtenir ces deux syllabes. Ils diront ensuite pa, pé, pi, et ils y joindront par degrés , po et pu.

Quand ils auront réussi , ils prendront de même par degrés, ta, té, ti , to, tu, et en suite fa,fé, Ji,fo,fu, toujours en prononçant fortement et tranquillement , et en faisant marcher les récompenses à proportion du succès. Mais ils auront soin de ne point passer d'une première syllabe à une seconde, et de même, de la seconde à la troisième, jusqu'à ce que la précédente ait été bien prononcée. Je vois tous les jours de très petits sourds-muets qui n'apprennent que de cette manière. Ce mot fortement ne signifie autre chose, si ce n'est qu'il faut appuyer longuement sur la syllabe qu'on prononce. Les pères ou mères, maîtres ou maîtresses porteront alors cette méthode, que je suppose qu'ils auront entre leurs mains, puisqu'ils auront fait ce que je leur conseille ici; ils la porteront, dis-je, à quelqu'un de plus habile qu'eux ; et en lui montrant la seconde partie de cet ouvrage , qui n'est pas longue , ils le prieront de vouloir bien la lire , et de leur montrer comment ils devront continuer leurs opérations.

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