‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 56 sur 115 · N° LX · texte numérisé non relu

N° LX

ADVEKBES QUI NE SE FORMENT PAS d' ADJECTIFS.

Tous les adverbes ne sont pas dérivés d'adjectifs , et ils n'ont pas tous une terminaison uniforme, comme notre élève pourrait le supposer d'après le Tableau que nous venons d'étudier. II est important de ne pas le laisser long-temps dans cette erreur. Tel est l'objet du N° LX.

La première colonne nous offre les adjectifs dont nous formons régulièrement les adverbes de la deuxième colonne. Ceux-ci ne sont pas tous usités , et le plus souvent on y substitue les adverbes de la troisième colonne , qui ont la même signification , bien qu'ils n'aient avec les premiers aucun rapport de composition .

Vous ferez entendre à votre élève que les mots de la deuxième colonne , quoiqu'ils n'aient pas la terminaison ment, n'en sont pas moins des adverbes, synonymes de ceux qui sont en regard, et plus usités.

Pour mieux vous faire comprendre , vous lui écrirez quelques exemples où vous emploierez d'abord les adverbes de la première colonne. Vous les effacerez ensuite pour y substituer ceux de la troisième.

Vous écrirez de nouveaux exemples, et ce sera à votre élève à faire cette substitution.

Plus tard vous lui apprendrez que bonnement ne correspond à bon que dans la signification de ingénu , simple ; bellement est presque inusité , si ce n'est quelquefois dans le sens de avec légèreté , avec grâce.

Grandement est presque synonyme de noblement; il signifie ordinairement avec une grande âme, avec générosité.

Petitement se prend ordinairement pour avec parcimonie.

Mauvaisement est tout-à-fait inusité; nous ne l'avons mis ici que pour interpréter le mot mal, que l'on pourrait aussi expliquer par son opposé bien.

Dernièrement n'est adverbe de dernier que dans le sens de récent. Enfin, aveuglément ne s'emploie qu'au figuré, et signifie sans réflexion, sans examen.

Ces observations suffisent pour faire voir que l'adverbe ne conserve pas toujours la signification de l'adjectif dont il est formé. J'en pourrais dire autant du substantif abstrait.

En général, les mots, en revêtant une nouvelle forme, prennent aussi quelques nuances nouvelles de signification.

Tantôt le dérivé n'est usité qu'au figuré, tantôt il n'est reçu que dans un sens plus restreint; quelquefois même il a une signification tout-à-fait différente.

i68 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE

L'instituteur doit tenir son élève sur ses gardes , signaler de bonne heure à sou attention cette erreur, où il est d'autant plus exposé à tomber, que l'on est disposé à transporter aux dérivés le signe du radical. C'est même là un des vices fondamentaux du système des signes méthodiques.

On met aussi au nombre des adverbes les mots auprès, dessus s auparavant 3 etc.

Quelle analogie peut-on trouver entre ces mots et les adverbes très, beaucoup, mal, etc. ?

Il est vrai que auprès } dessus , peuvent se traduire par une préposition et un pronom, près de cela, sur cela, etc.

Mais n'en est-il pas de même des mots, lui (à lui), leur (à eux), etc., etc.? Faudra-t-il donc ranger aussi ces pronoms parmi les adverbes ?

Nous aurions pu placer ces prétendus adverbes immédiatement après les pronoms ; et si nous les mettons ici après les adverbes, nous ne les considérons que comme la contraction d'une préposition avec un pronom.

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