‹ Manuel d'enseignement pratique des sourds muets (vol. 2)Chapitre 80 sur 115 · N° XCII · texte numérisé non relu

N° XCII

Parce que.

La conjonction parce que est bien formée de la préposition par; cependant l'élève qui connaîtrait la préposition, pourrait fort bien ne pas entendre la conjonction , si vous ne l'y avez préparé par des exemples convenables.

Dans la première colonne de ce Tableau , chaque exemple est composé de deux propositions qui n'ont aucun rapport entre elles.

Dans l'autre colonne, au contraire, les deux propositions de chaque exemple ont un rapport manifeste de cause et d'effet.

Dès que l'élève a lu ces deux phrases :

Antoine a battu Jules , Jules pleure , il entrevoit que la seconde doit être la conséquence ou l'effet de la première. Il ne lui reste plus à cet égard aucun doute , quand plus bas il voit ajouté à la seconde proposition le mot par, qu'il connaît déjà , et que l'on fera suivre de la figure d'un index montrant la cause exprimée dans la première proposition.

Il a clairement saisi le rapport ; il ne s'agit plus que de lui apprendre à l'exprimer. C'est ce que nous allons faire par une simple transposition.

Nous portons la deuxième phrase au-devant de

la première , et nous substituons à l'index la syllabe ce, qui en est l'équivalent. Nous n'avons plus que la conjonction à ajouter pour former la phrase complète qui fait le sujet de la leçon.

Jules pleure, parce qu'Antoine l'a battu.

Un petit nombre d'exemples achèveront de donner à l'élève l'intelligence de cette conjonction.

Cependant, si l'instituteur s'arrêtait là, il serait tout étonné de voir le sourd-muet se tromper, sinon sur la signification de cette conjonction, du moins sur la place qu'elle doit occuper; il le verrait écrire, par exemple :

77 ne fait pas beau temps , parce que nous ne pouvons sortir;

Au lieu de : Nous ne pouvons pas sortir, parce qu'il ne fait pas beau.

J'ai vu tomber autrefois dans cette méprise les élèves les plus instruits.

En général, le sourd-muet est d'autant plus enclin à cette faute, que, dans son langage, la préposition se met le plus souvent après le complément.

Ainsi il dirait fort bien dans ses signes :

Il ne fait pas beau parce que ; nous ne sortirons pas ;

Comme nous dirions nous-mêmes :

Il ne fait pas beau, d'après cela, nous ne sortirons pas.

Il faut donc soigneusement le prémunir contr u

228 MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE cette erreur, en lui faisant sentir combien il est important de donner à la conjonction la place qu'elle doit occuper, puisque sa transposition change totalement la pensée. C'est ce que vous lui ferez sentir par un choix d'exemples analogues à ceux qui terminent ce Tableau, et qui sont d'autant plus frappans qu'ils sont composés exactement des mêmes mots, et que la différence du sens provient uniquement du changement de construction.

Adolphe a battu ce chien } parce que ce chien l'a mordu;

Ce chien a mordu Adolphe , parce qu Adolphe l'a battu.

Nous traduisons la première de ces deux phrases par :

Ce chien a mordu Adolphe i°. ;

Adolphe Va battu 2 ., et la seconde par :

Adolphe a battu ce chien 1 .;

Ce chien l'a mordu 2 .

Pour mieux faire sentir le rapport de la cause à l'effet, nous avons ajouté V, à l'expression de la cause, et 2°, à l'expression de l'effet. La cause étant toujours antérieure à l'effet, il ne peut y avoir de méprise.

Nous faisons remarquer à l'élève que la conjonction parce que, doit précéder le membre de la phrase que l'on peut marquer du signe 1 ° . , et qui, en français, se met ordinairement après l'autre.

N° s XCIII à XCVII.

Pourquoi.

Pourquoi , sert également à interroger sur l'intention et sur la cause. Sous ce dernier rapport , il est corrélatif de parce que, ainsi que l'on peut s'en convaincre par la réponse à cette interrogation.

D. Pourquoi Adam fut-il chassé du Paradis terrestre?

R. Parce qu'il avait désobéi à Dieu.

Remarquez en passant que cette préposition pour, qui exprime l'intention, la tendance, le but , exprime aussi la cause avec le passé de l'infinitif; mais avec le présent de l'infinitif, elle conserve sa signification propre, comme nous aurons occasion de le voir plus loin.

Nous ne nous arrêterons pas sur la première signification de pourquoi; elle est exactement conforme à la composition de ce mot, et l'élève qui connaît déjà les mots pour et quoi, n'aura pas de peine à les réunir pour en former pourquoi.

Mais comment lui faire connaître que ce mot sert aussi à interroger sur la cause? Par quel équivalent déjà connu pourrons-nous l'y amener?

Faudra-t-il user d'une périphrase; y substituer, par exemple : par quelle cause , par quel motif? Mais outre que ce dernier mot sert également à

a3o MANUEL D'ENSEIGNEMENT PRATIQUE

indiquer la cause et l'intention , je doute que ces expressions ' abstraites , prises isolément , soient clairement saisies d'un élève si peu avancé.

Vous obtiendrez le même résultat, bien plus facilement, par le procédé indiqué dans le Tableau XCIH. Parce que étant bien connu, ajoutez-y un point d'interrogation : Parce que? Le sens du mot n'étant aucunement altéré par cette addition, vous serez parfaitement compris du sourd-muet. Il est vrai que vous n'aurez pas parlé français; aussi n'est-ce qu'un moyen de transition , et vous vous hâtez d'y substituer pourquoi, qui , à l'interrogation près , exprime la même vue de l'esprit, et doit par conséquent être rendu par le même signe dans le langage des gestes.

DES SOURDS-MUETS. a3i

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