MAVSENSIS. TR. POT. III D D
Ma. Beaumesuil.
H En 1739 , selon Beaumesnil , il se trouva dans rolo M lier d'un marbrier de Rome, parmi d'autres débris. » plusieurs fragments d'une table de marbre blanc salin, » inscrite, dont le marbrier, ayant lu quelques caractères, M en donna avis à M. de Troy, directeur de Técole do ji peinture et de sculpture de Rome, qui en fit l'acqui » sition à peu de frais. Le tout rassemblé formait une M table de 3 pieds 2 pouces de large et 2 pieds 5 pouces » de haut. C'était une sorte de catalogue des amphin théâtres élevés par les empereurs. »
Ce texte magnifique était trop intéressant; les explica tiens abondèrent bientôt. La partie supérieure^ in s mutilée et dont une ligne à peine était lisible , pouvait s'appliquer au Cotisée» achevé sous le règne de Titus, qui fut huit fois consul. Quant à la partie inférieure, beaucoup mieux conservée , elle s'applique évidemmeni a l'amphithéâtre deNtmes : Arenm (pé)fnau9ensi$, dont h\ fondation ne remonte qu'au règne d'intonin le Pieux , fils adoptif d'Adrien : Antoni fili Hadrianù
Le texte intermédiaire étant consacré à ramphithéàtn de Limoges, voilà cet édifice placé du premier coup entre le Cotisée et les arènes de Nîmes.
On lira ensuite en rectifiant le texte de la première ligne et en remplaçant DIVI par DIVO :
Au divin empereur César-Titus- ^lius-Badrianus-Antonin . fils du divin Trajan le Grand et le Parthique; petit-fils liv divin Nerva ; Auguste ^ souverain pontife, père de la patrie^ tribun du peuple pour la seconde fois, consul pour la première.
le$ XX* et XIV* légiom ont dédié les Arènes de Dimoget , dont ellen amienl édifié une longueur de deux mille pa».
Deux mille pas forment une longueur bien grande, même pour Tamphilhéâtre de Limoges, qui était fort grand : Beaumesnil, et après lui Duroux, lisent deux millepieds. Mais le mot pein'a jamais eu chez les Romains la signification qu'on lui donne ici, fait observer M. Allou. Cet auteur se trompe , s'il veut dire que le pied n'a jamais été chez les Romains une mesure de longueur; sa proposition reste vraie si on l'applique à la formule perfectis pedibus. Pour se rapprocher d'un sens plus naturel, on propose d'interpréter les sigles P. M. II. par per mentes duo$. Ce gigantesque travail aurait donc été achevé en deux mois ; nous allons de difficultés en difficultés.
Nous nous rangeons donc à l'avis de M. Mérimée , et nous croyons que cette inscription est plus que douteuse. L'arène centrale, où les combats deramphithéâtre avaient lieu, a sans doute servi à désigner l'amphithéâtre luimême; mais la langue des inscriptions a ses exigences, et , chez les Romains , sa sévérité. VArenœ œdificatw ou (Bdificium est un non-sens qui trahit la maladresse du faussaire. A regarder de près , la place qu'occupe l'amphithéâtre de Limoges, après le Colisée, mais avant Tamphithéâtre de Ntmes , fournirait un autre indice de falsification.
(29) . . TVRAE. NA
RINL FILI. NA
A Solignac.
Une porte de ville, à Solignac, était d'une construction fort originale : sa voûte en plein cintre était fortifiée par des arcs-doubleaux reposant sur des pilastres fort
98 INSCRIPTIONS DU UMOUSIN.
simples. Ce passage , long et large , portait Tancienne église paroissiale de St-Michel, construction du xii* siècle. On abordait ce dernier édifice , d'un côté , par une pente du terrain, et, de l'autre, par un escalier. Ainsi, chaque jour^les habitants, en allant aux champs, avaient à passer sous leur église paroissiale. Nous avons vu détruire tout cela , il y a quelques années.
Dans le premier pilastre à gauche était engagé un bloc de granit sur lequel est gravé le fragment d'inscription rapporté plus haut. Les lettres , fort régulières , ont une hauteur de six pouces. On sait que Solignac, dès le temps de Dagobert (vu* siècle ), était une villa royale. La première race, qui édifiait peu, avait dû tout naturellement préférer les lieux embellis par le séjour des Romains.
(30) NVMINIBVS AUG.
FANVM PLVTONIS ANDECAMVLEN SES DE SVO POSVE (r e)
( F. pi. II. ) A AancoD.
La Gartempe est une rivière torrentueuse qui coule sur un lit de rochers entre des rives escarpées. Les Romains, attirés soit par la beauté des sites qu'elle embellit, soit par la facilité de la défense de ses bords , échelonnèrent leurs établissements tout le long de son cours. Au pont Saint-Martin on a trouvé des urnes en verre et des médailles. En remontant à l'est^ nous allons rencontrer des postes non moins importants à Rançon , Château-Poinsat et Bessines.
Le bourg de Rançon , situé sur un promontoire de la rive gauche , commande un des rares passages qui coupent le cours de la rivière. Il fut détruit de fond en
INSCRIPTIONS DU IIIMOUSIN. M
comble pendant les guerres de la domination anglaise , au xrv* siècle. On y voit encore un fanal de l'époque romane^ une église de transition, ornée, sous la corniche extérieure, d'une ceinture démodulons grimaçants. Cette église, crénelée au xiv siècle, faisait partie de la ligne de défense. L'utilité de ces détails va se montrer bientôt.
A l'ouest du bourg, sur une élévation isolée par des fossés du plateau supérieur, et coupée à pic du côté de l'eau , on voit, à fleur du sol , les restes d'une construction , ou, comme on dit dans le pays, d'un château considérable. Ces débris, recouverts de terre et envahis parla végétation, ne nous ont montré, dans la partie que nous avons pu explorer , rien d'antérieur au moyen âge. A.U XVII* siècle le savant Robert fut plus heureux ; il put explorer une salle circulaire soutenue par des colonnes et pavée de tnarqueterie. La description qu'il en donne paratt s'appliquer de tous points à un édifice romain : en effet , l'inscription importante que nous publions plus haut provient de ce lieu. Ces ruines servaient de carrière, et on en tira les matériaux de la maison de M. de Grand mont, dans le portail de laquelle cette pierre est aujourd'hui engagée.
Il y a peu d'inscriptions plus importantes • Elle nous révèle le nom et l'existence d'une peuplade gauloise existant en ce lieu et soumise aux Romains, qui consacra aux divinités de ce peuple un ancien temple de Pluton. Plusieurs auteurs ont conjecturé que le culte de ce dieu dans les Gaules était antérieur à la conquête romaine. César nous apprend que les Gaulois se vantaient d'en descendre. Selon une conjecture plus plausible , Rançon portait alors le nom à'Andeeamulum^ et ce nom a pris place
en conséquence dans tous les livres qui traitent de l'ancienne géographie des Gaules.
Lebeuf, venant en aide cette fois àNadaudetàLegros, rappelle que Camulus était un surnom donné par les Gaulois au dieu Mars, comme le prouve une inscription rapportée par Gruter (Legros cité par Allou,p. 313). Ande, suivant le même auteur, est une épithète qui signifie victorieux ; une inscription trouvée à Nevers portait le mot Andegamulus.
Beaumesnil avait trop beau jeu pour ne pas se donner carrière. Selon lui, les modillons de l'église représentent soit des druides , soit des divinités druidiques; ils proviennent du temple de Pluton érigé en ce lieu. En conséquence , son crayon infidèle leur prête des formes que les originaux encore entiers n'eurent jamaiSr Le faussaire est pris en flagrant délit. Quant au fanal , le feu qu'on y entretenait rappelait trop bien le culte de Pluton pour ne pas donner matière à un rapprochement : évidemment, c'est un reste du culte et du temple de ce dieu.
Malheureusement pour le système de Beaumesnil, longtemps avant les antiquaires modernes , Nabillon avait recherché l'origine de ces fanaux, et il en avait trouvé l'explication dans un passage de Pierre le Vénérable. Cet auteur du xii* siècle nous apprend que ces monuments sont d'origine chrétienne. La lampe qu'on allumait à leur sommet avait pour but d'honorer les morts dont elle éclairait les tombes, de porter au loin leur souvenir, en sollicitant dans les ténèbres la prière des fidèles. ( Consultez les préfaces des AcU SS. ord, 5. Benedict.) Le fanal du cimetière de Rançon n'est pas antérieur au XII* siècle.
INSCRIPTIONS DU UMOUSIN. 404
La pierre qui a donné lieu à celte digression a 17 pouces de large sur 1 pied de haut; elle est en granit, comme toutes les inscriptions romaines du Limousin.
Nous partageons l'avis de ceux qui pensent que cette inscription n'est pas postérieure au iir siècle; le contexte suffirait pour le prouver. Mais nous ne pouvons trouver aucune marque des bonnes époques dans la netteté et la beauté des caractères. Ils ne sont ni plus nets ni plus beaux que ceux des autres inscriptions romaines que nous citons dans le cours de ce travail. La conservation de cette pierre laisse aussi à désirer; le temps , en usant sa surface , Ta hérissée d'aspérités qui ont rendu notre travail de copiste un peu hésitant et incertain. Les traverses des À , que nous donnons brisées^ sont douteuses. 11 se pourrait qu'elles soient rectilignes-
(31) HERCVLI DEO TIB. IVL, IVLIAN
A Rançon.
Cette consécration au dieu Hercule par Tiberius Julius Julianus se lit sur une pierre carrée qui sert aujourd'hui de support à un pilier de la halle. On en avait fait autrefois un pied de croix. Le mot HerctUi est en grands et beaux caractères de 6 pouces de haut.
(32) PRO. SAL. IMP. CAI. . . Pro salute imperaloris
CcBsaris.
MONM. LV. CAI. . • . Monumentum
vERia FIL ET pa"r:is. . .
{F. pi. U.) An pont de Chàtean-Poinsat.
Rançon est sur la rive gauche de la Gartempe, et commande un pont jeté sur cette rivière. À une lieue plus
à Test^ la ville de Châtaau-PoîDsat ou Château-Ponsat, située sur la rive droite^ défendail un autre passage. En aval , sur la première pile du pont de la rive gauche , se lit rinscription que nous rapportons ci-dessus. La pierre, située à fleur d'eau pendant les eaux les plus basses, est habituellement immergée. C'est ce qui explique sans doute les transcriptions fautives qui en ont été faites jusqu'à ce jour ; on peut avoir toute confiance dans notre dessin ( F. la pi. II ). Un croquis du pont montre la place qu'elle occupe. Conformément à la lithographie, la pierre, qu'entoure un'encadrement en saillie, est mutilée sur la droite; ce n'est que par analogie qu'on peut y lire CkE{$airis), au lieu de GAI(m) ; la cassure n'a , en effet , laissé subsister que la haste de l'E. L'N de mon{u)m(en' tum) forme leV par l'inclinaison de ses deux derniers jambages. Le T et TR de patr%$ sont réunis par une hasic commune ; ce qui annonçait une époque de décadence. Ce petit monument a subi des vicissitudes bien diverses. Avant d'être condamné à Veau^ il a été exposé au feu. Nous le conjecturons à sa teinte rosée. Tous les granits de celte région prennent dans le feu cette couleur. Nous citerons pour exemple l'église de Soubrebost, incendiée il y a trente ans, et dont les ruines exposées à l'air ont conservé* malgré la gelée et la pluie , cette nuance indélébile.
(33) BAROBA. SAC. Sacrum.
AAIOM. . . .
ISONIVIVI. E.
Au poDt de ChAteau-PoiDsat.
Nous rapportons, sur la foi de Beaumesnil, cette inscription qu'il a lue sur la pile de la rive droite du même pont ; nous n'avons pas pu la retrouver. Si son exist^oe, at-
testée par d'autres témoins, est certaine, la fidélité de la transcription nous paraît douteuse. On vient d'en avoir une preuve. Baroba serait un nom de divinité topique.
(34) ACEMO, ....