Voirie chœur, v. 1186 et suiv
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d'Eschyle; mais ; il prêche ■décidément une croyance religieuse. La domination divine lui semble absolument stable, dig-ne de tout respect. Il parle avec une terreur religieuse des lois et des obligations morales. Sophocle est le plus noble et en même temps le dernier représentant d'une conception vraiment harmonique de la vie.
§ 116. — Le coimnencement de la décadence *.
Ce que nous avons dit jusqu'à présent doit montrer clairenient dans quel sens on peut parler d'une désorganisation de la croyance. La religion ne possédait ni système doctrinal, ni tradition ecclésiastique qui pût lui servir de citadelle et que le progrès dût prendre d'assaut. Mais de nouveaux besoins intellectuels étaient nés et l'on sentait que le bagage des vieilles idées n'était plus suffisant pour les satisfaire. Ce sentiment ne se manifesta pas seulement dans des cas isolés d'impiété, comme celui de Diagoras de Mélos qui, prenant texte de l'injustice qui règne dans le monde, niait l'existence des dieux et déclamait même contre les mystères. Un esprit de négation s'était emparé en général de l'opinion publique.
Les sophistes étaient les principaux représentants de cette tendance d'esprit. Il est difficile de porter sur eux un jugement équitable : nous ne les connaissons que par leurs adversaires; ou bien nous contresignons les rapports malveillants de ces derniers, ou bien, par réaction, nous les réhabilitons presque entièrement, comme l'ont essayé beaucoup d'écrivains modernes à la suite de Hegel et de Grote. Les sophistes n'enseignaient point tous la même doctrine; la différence était grande entre Protagoras et Gorgias. Mais tous ils faisaient un métier de l'éducation et enseignaient pour de l'argent, nouveauté suspecte. Ils étaient passés maîtres dans l'art de la parole; ils apprenaient à la jeunesse à raisonner sur tout et à soumettre toutes choses au critérium du jugement subjectif. C'est la sophistique qui proclama pour la première fois le droit de l'individualité. Cette méthode de dialectique ne pouvait être que dangereuse pour la croyance aux dieux. La sophistique fonda les deux formes principales du scepticisme, le scepticisme mitigé ou provisoire et le scepticisme doctrinal. Le premier est celui de Protagoras qui prétend ne pouvoir rien dire de précis au sujet des dieux, n'affirme pas leur existence et ne la nie pas davantage; l'incertitude de l'objet, la brièveté de la vie humaine rendent la connaissance impossible. Par contre Gorgias enseigne très décidément qu'il n'y a rien, que s'il y avait quelque chose on jie pourrait le connaître et qu'en tout cas on ne pourrait communiquer cette connaissance. Critias est également négatif : les dieux, pour lui, ont été inventés par d'habiles hommes d'État. Mais plus destructive encore que ces opinions sur les dieux se
1. Bibliographie. — Nâgelsbach, Nachhomerische Théologie, 1857. — Sur Euripide nous avons un livre intéressant de K. Kuiper, Wijsbegeerte en godsdienst in het drama van Euripides, 4 888.
montre la distinction du naturel et du conventionnel, çuatg et vo'jjloç, que le sophiste Hippias introduisit dans l'éthique et dans la philosophie en général. Dans une société qui reposait entièrement sur la tradition et qui reconnaissait l'état de fait, le vojjloç àp-^atoç, comme le principe et la règle unique de l'État, de la vie, de la religion, il n'y avait pas de doctrine plus dangereuse que celle qui présentait cette tradition comme accidentelle et variable. Mais la sophistique ne réussit pas à élever la loi naturelle (la cpoaiç) au-dessus des appétits individuels. Des penseurs venus plus tard, comme Platon et les stoïciens, ont essayé de donner un caractère plus solide et plus noble à cette tendance naturelle. C'est cependant aux sophistes que l'on doit d'avoir les premiers soulevé ce problème fécond mais troublant et dissolvant au début.
Quand on parle de l'influence de la sophistique combattant la croyance, on est bien loin de penser au Père de l'histoire, à Hérodote d'Halicarnasse (484-406). C'était un homme pieux, qui retrouvait dans l'histoire les traces de la volonté et de la justice divines; il rapporte une quantité considérable d'oracles à la vérité desquels il croyait. Cependant la réflexion s'introduisait doucement même chez lui ; sa critique des mythes est sans doute fort modeste, il en examine pourtant de temps à autre la vraisemblance. Il faisait venir d'Egypte la plupart des dieux grecs et il appelait Homère et Hésiode les fondateurs de la théogonie. Il n'y avait rien sans doute là dedans qui portât décidément atteinte à la croyance, mais il est déjà significatif qu'il se soit préoccupé de l'origine des dieux. D'autre part ses connaissances l'amenaient à la notion de la variété des lois humaines ^. Mais c'est surtout sa doctrine de l'envie des dieux qui doit attirer l'attention en tant que signe d'une époque où la croyance s'affaiblit. En différents endroits et par allusion directe à des cas particuliers il enseigne : to ôetov Trav çôovepdv te xat Tapax.ûSeç ^, le divin est jaloux et se plaît aux bouleversements. Nâgelsbach et d'autres, trouvant cette idée chez plus d'un auteur grec, la considérèrent comme un élément de la croyance populaire. Mais Hoekstra ® a démontré que le a>06voq des dieux, qui est causé par l'uSpiç des hommes et se rencontre en réalité avec la vé[ji.ecrtç, se distingue fortement du cpOovoç k-Ki TÎ) e!jTU}(.ca twv /^p7]CTTtov, l'envie portée à la prospérité des justes. Sans doute un bonheur exagéré peut amener la satiété, xdpoç, qui peut à son tour produire l'uêptç; mais l'idée que le bonheur seul sans la faute peut appeler la jalousie des dieux, que la divinité frappe de son tonnerre tout ce qui s'élève trop haut, que l'homme bon par conséquent ne doit pas seulement craindre les dangers moraux du bonheur, mais le bonheur lui-même, toutes ces pensées appartiennent bien à Hérodote.
Thucydide, bien que de peu d'années plus jeune qu'Hérodote — il vécut de 472 à 396 — est d'un tout autre temps. Il examinait les destinées humaines en elles-mêmes, cherchait leurs causes et leurs rapports sans
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