‹ Manuel d'histoire des religions [microform] ;Chapitre 40 sur 142 · Cf. supra, p. 6, n · texte numérisé non relu

Cf. supra, p. 6, n

3. * L'association Reseph- S alman, qui apparaît sur une tablette égyptienne, atteste la haute antiquité du phénomène en Syrie. (I. L.)

4. * Il est douteux qu^Atargatis doive être rendu, comme le veut Jeremias, par 'f 'Atar, mère de 'Ate ». 'Atar'ate semble bien plutôt formé par une juxtaposition du nom de deux déesses, 'Atar et 'Ate, exactement comparable aux groupements de dieux cités plus haut. Il est vrai qu'on voit en général en 'Ate une divinité virile : mais les légendes — probantes, quoique évhéméristes — que rapportent à son sujet Athénée, surtout VAjJologie du Pseudo-Méliton, supposent nécessairement une déesse. On peut objecter, il est vrai, que, dans les noms théophores où 'Ate figure en qualité de sujet, le verbe est au masculin; mais Baudissin a fait remarquer (art. « Atargatis » de la Realencyklopàdie de Hauck) qu'il en va de même pour les mots composés avec '•■ 'Astart. Il se pourrait que 'Ate soit la forme araméenne du nom de la déesse chananéenne 'Asiti (= 'Ast?) connue par un texte hiéroglyphique. (I. L.)

§ 43. — Le culte et les croyances religieuses.

Le culte répond à la conception grossière que les Phéniciens se faisaient de leurs dieux. On adore en eux les maîtres de l'univers, qui apparaissent, d'une part, dans les forces créatrices et destructrices du ciel, le soleil, la lune, la pluie, l'orage, et, d'autre part, dans la mystérieuse éclosion de la vie végétale, dans les sources et sur les hauteurs. Tous les dieux phéniciens ont eu ce caractère général, et il est malaisé de découvrir chez les différents dieux des traits individuels. Ils sont présents et agissants dans les j)ierres et les arbres sacrés, dans les sources, les étangs, les lacs et les fleuves, les colhnes et les montagnes (§39). [Le sanctuaire comportait nécessairement des objets matériels tels que les asera et les bétyles, qui ne sont pas seulement des fétiches ; il n'est pas démontré que la coutume de dresser des phallus soit ancienne et générale. Toutes choses doivent leur naissance au dieu; tout lui appartient, et c'est pourquoi il a droit aux prémices et à tous les morceaux de choix. Mais les dieux ne sont point animés de sentiments naturellement favorables aux hommes. Les représentations figurées des dieux phéniciens montrent des êtres difformes, d'un aspect effrayant. D'eux viennent les sécheresses, les épidémies, les épizooties; les mêmes dieux qui président aux récoltes envoient dans les champs les essaims d'insectes et les rats destructeurs. Il est prudent de se les concilier à temps ; ils sont vindicatifs, et il faut ne manquer en rien aux égards qui leur sont dus. La notion que l'on se fait de leur façon de manifester leur pouvoir et de témoigner leurs faveurs à l'adorateur est encore très primitive. Elle ne se livre pas à une plaisanterie vide de sens quand, aux prêtres de Ba'al qui du matin à midi ont hurlé leur « Ba'al, exauce-nous », il conseille de crier plus fort : a Peut-être est-il distrait, ou occupé ailleurs, ou fait-il un voyage, ou dort-il ». Il faut des moyens énergiques pour attirer son attention sur le sacrifice, et les sacrifiants se tailladent les chairs, ils. crient et dansent autour de l'autel jusqu'à la frénésie.

Les sacrifices étaient offerts en tous lieux, sur les montagnes et les collines, dans les vallées, auprès des sources, des fleuves et des lacs. Tout lieu de sacrifices chananéen comporte, suivant le Deutéronome, un autel, des cippes, des asera et une image au nom du dieu. Le rituel ordinaire des sacrifices n'est pas régi par des règles très sévères. Les dieux possédant tout, ils ont droit à tout. On leur offre les fruits des champs, l'huile, le lait, la graisse, des gâteaux. En fait d'animaux, le tarif des sacrifices de Marseille énumère les taureaux, les veaux, les cerfs, les moutons, les chèvres, les agneaux, les boucs, les chevreaux, les oiseaux domestiques et sauvages. On sacrifie indifféremment les animaux domestiques et le gibier, les volatiles apprivoisés et les autres. Le tarif, ordinairement minutieux, n'édicte aucune prescription relative à l'âge des victimes; il se borne à interdire l'offrande d'animaux émaciés ou malades. Il distingue trois sortes de sacrifices : le Kalil ou sacrifice complet (toujours un sacrifice de

demande), le Çaw 'atet le Selem, sacrifices de demande ou de remerciement. Le sacrifice sert de nourriture aux dieux; l'utilisation du sang, dans certaines pratiques rituelles, et les sacrifices humains font voir que c'est le sang qui dans le sacrifice constitue l'offrande principale, parce que c'est dans le sang que réside la vie. Sauf dans le cas de sacrifice total, le sacrifiant reçoit une part de la victime, et le sacrifice s'accompagne ainsi d'un banquet. Aux fêtes, la. musique et la danse contribuaient à accroître la joie.

Aux fêtes déjà citées, il semble qu'il faille ajouter le jour de la nouvelle lune, à en juger du moins d'après le nom Benhodes que reçoit un enfant né le premier jour du mois. Une inscription fait mention d'une fête, longue de sept jours, marquée par une offrande de prémices : on peut conjecturer qu'il s'agit d'une fête du printemps ou de l'automne. L'expression banale yamêm, qui désigne les génies de jours déterminés, a trait à des jours fastes. Les prêtres (appelés aussi sacrificateurs) avaient dans leurs attributions la célébration des sacrifices. Dans certaines Ailles, le sacerdoce était héréditaire dans la famille royale. Un roi des Sidoniens s'intitule prêtre d'Astarté ; la mère du roi Esmounazar de Sidon est prêtresse de la déesse (les femmes jouaient donc un rôle dans le culte). Les prêtres se divisaient en différentes classes : on mentionne fréquemment un rab kohannîm, a grand-prêtre )). Les titres du gallab êlim, « barbier du temple », et de V^amath élhn, (( servante du temple », désignent des membres du sacerdoce inférieur. Le sens du titre îs êlim est incertain : peut-être s'agit-il d'un bedeau. On cite en outre les portiers, les chanteurs et les danseuses.

Très agréable aux dieux semblait l'érection de stèles votives, simples pierres qui portent généralement le nom de la divinité ou une brève dédicace de forme invariable, plus rarement un symbole. Elles sont dressées en signe de gratitude pour un service rendu, et expriment l'espoir que le dieu se montrera reconnaissant. L'offrande de la chevelure, faite dans une intention de rachat, indique une conception plus sévère de la nature des devoirs de l'homme : en effet, d'après les idées sémitiques, la force vitale résidait dans la chevelure, comme l'âme dans le sang. L'existence dans les temples de la fonction de barbier indique l'extension de cet usage.

La circoncision et le sacrifice de la virginité, déjà mentionné à propos des fêtes d'Adonis, sont inspirés par le même besoin de racheter par un sacrifice partiel le sacrifice complet de la vie ; les deux institutions ont à leur base l'idée de la substitution. Mais c'est dans le sacrifice humain que l'on tirait logiquement la conséquence du principe : on offre ce qu'on a de plus cher, son premier-né, ses enfants. L'horrible coutume des sacrifices d'enfants n'appartient pas seulement, comme on pourrait le croire, à la période barbare des origines : elle s'est conservée très longtemps. Même les mesures de rigueur, prisés par les Romains pour contraindre les Carthaginois à abandonner ce rite, furent inutiles : les dieux n'avaient rien perdu de leur aspect redoutable et de leur cruauté. Quand les circonstances sont particulièrement graves, dans les cas de danger commun, l'un des

membres notables de la communauté doit être sacrifié à la place de tous ; les sacrifices humains sont offerts aussi pour remercier le dieu d'un secours éclatant. Diodore parle d'un sacrifice célébré après une victoire et pendant lequel les plus beaux des prisonniers furent sacrifiés, en signe de reconnaissance, devant la tente sacrée. Cette cruelle pratique exprime à la fois le sentiment de la faiblesse irrémédiable de l'homme vis-à-vis de l'effroyable puissance des dieux, et celui du besoin d'une offrande d'un prix infini.

Quelles sortes de récompenses attendait-on des dieux? Aucune qui dépassât les jouissances que- peuvent donner la vie humaine et les biens terrestres. Le roi de Byblos, élevant un autel à la Ba'alat, demande, parce qu'il a été un roi juste, à jouir d'une longue vie et d'un long règne, et à trouver grâce (considération) auprès des dieux et auprès de son peuple. Les usages funéraires pourraient faire croire qu'après la mort on attendait une vie nouvelle et plus haute : on attachait une grande importance à la préparation des chambres et des fours funéraires, des sarcophages et des cercueils; à côté du cadavre, on mettait dans la tombe — le hêtli- 'ôlam, la « maison éternelle » — toutes sortes d'ustensiles, et même des images de divinités protectrices. Les inscriptions des sarcophages menacent de la punition des dieux quiconque trouble criminellement le repos des morts . Mais on n'a pas dépassé ces pratiques ni les conceptions qui sont à leur base. Le tombeau est le lieu de repos que nul ne doit troubler pour effaroucher le sommeil des ombres. Les Bephaîm (ombres) ne demandent qu'à reposer en paix dans leur tombe : ni leur désir ni leur espoir ne vont plus loin. Le roi de Sidon, Esmounazar, a tout fait pour mériter la faveur des dieux. Il a bâti des temples, payé de lourdes redevances à leur trésor, accru le territoire de Sidon (et par là même étendu la sphère de la domination des dieux) : pourtant il n'a pas le moindre sentiment d'une récompense qui supposerait la possibilité d'une vie ultérieure. L'inscription funéraire, qui énumère ses mérites à l'égard des dieux, ne retentit que d'une plainte émouvante : « La vie m'est arrachée prématurément, c'en est fait de ma grandeur; pitoyable, je suis mort^ ))

1. * J. Halévy a conclu, d'une interprétation personnelle de passages obscurs de Finscription d'Esmounazar, à l'existence, chez les Sémites, d'une eschatologie développée, dont il a signalé les traces aussi dans les textes deSindjirli; cf. ses Mélanges d'épigr. et cVarch. semii,, p. 5 et suiv. ; Mélanges de critique et d'histoire, p. 363; Revue Sémitique, 1894, p. 31. (1. L.)

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