‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 5 sur 160 · X INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION A LA TRADUCTION FRANÇAISE

tiateur, le Kinship (1885) et la Religion of the Sémites (1889) de Robertson Smith, le plus vigoureux théoricien de Técole, la Primitioe Culture (1871) de M. Tylor, les premiers livres de M. Andrew Lang, le Totemism (1887) et le Golden Bough (1890) de M. Frazer, la Legend of Perseus (1894-1896) de M. Sydney Hartland, d'autre part VAiiimisme (1884), le Haaropfer (1886-87) de Wilken et les livres de Mannhardt sont ou bien antérieurs à la deuxième édition du livre de M. Chantepie de la Saussaye, ou bien ont paru presque en même temps.

Il est vrai que, si une place considérable devait être faite à l'école anthropologique, c'était dans cette introduction que M. Chantepie de la Saussaye a retranchée. Sauf peut-être Robertson Smith, les écrivains de cette école n'ont pas contribué directement à l'histoire proprement dite des religions. Dans une histoire et tout particulièrement dans un livre où, par respect des proportions, l'exposé des faits très primitifs, dont les anthropologues se sont occupés spécialement, est nécessairement limité, on peut leur emprunter çà et là la critique de quelque interprétation ancienne, l'explication de quelques faits obscurs, mais déjà connus, qui figurent par hasard parmi les exemples ou dans les notes de leurs ouvrages, rarement la preuve historique de liaisons hypothétiques des faits, fort peu de chose en somme. Ainsi doit-on s'expliquer qu'ils soient assez mal partagés dans un manuel comme celui-ci, sans compter que, à l'inverse de ses auteurs, ils sont beaucoup plus théoriciens qu'historiens. Cependant l'importance de cette école a crû plus vite que le nombre de ses travaux. Le Golden Bough de M. Frazer en est maintenant à sa seconde édition; c'est dire que ses idées directrices sont entrées en circulation, en tout cas qu'elles s'accordent avec les préoccupations vagues d'un assez large public. Ces mêmes idées s'imposent déjà en Allemagne, où Ton a récemment traduit la Religion of the Sémites de Robertson Smith. En France, elles ont été enseignées par M. Marillier et commencent à devenir populaires grâce à M. Salomon Reinach. Il convient donc d'en dire quelques mots, pour réparer la disgrâce où l'anthropologie semble être ici tenue.

Les savants de cette école ont été frappés par la répétition universelle et spontanée des mêmes phénomènes. Pratiques et croyances se reproduisent à l'infini comme les images que se renvoient deux miroirs opposés. Cette répétition est trop générale pour être accidentelle et, quand les faits semblables se produisent à trop longue dis-

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tance, en Ecosse et en Nouvelle-Guinée par exemple, les similitudes ne peuvent résulter de communications historiques. C'est ainsi que, dédaignant l'histoire, on est amené à les expliquer par des lois constantes, fonctionnant également partout et manifestant par là l'identité fondamentale de la nature humaine. Ces lois, les anthropologues pensent les découvrir par la pratique de la méthode comparative, qu'ont mise en honneur les linguistes mythologues.

Dans la recherche des documents, leur attention s'est spécialement portée là où ils pensaient trouver à la fois les formes primitives et les plus générales des phénomènes, c'est-à-dire d'une part sur l'ethnographie, de l'autre 5ur la masse de pratiques et de croyances populaires, rites magiques ou survivances d'anciennes religions, qu'on s'entend pour désigner sous le nom de Folklore. Cette deuxième province avait déjà été exploitée par les Grimm et leur école; la première était encore à peu près vierge. C'était un nouveau domaine, vaste et fertile, qu'ils annexaient à la science des religions. Les enquêtes ethnographiques sont en effet une mine d'excellents termes de comparaison dont ils ont extrait déjà les meilleurs matériaux; on a toujours chance d y trouver, sinon les formes élémentaires des institutions, qu'ils y cherchaient, du moins des variantes plus intelligibles que celles qui nous apparaissent dans des religions trop cultivées. Par le seul rapprochement de ces variantes, Técole anthropologique aurait déjà beaucoup fait pour l'intelligence de la religion.

Ses travaux contiennent donc les éléments d'une théorie nouvelle de la religion, qui est profondément distincte des anciennes, mais ce ne sont que des éléments. La revue des faits n'est pas encore complète. On a jusqu'à présent presque entièrement négligé les superstructures; dans les systèmes récents et complexes, on s'est encore à peu près contenté de montrer, et c'est un des exercices favoris de l'école, ce qu'ils contiennent de primitif. La doctrine même reste fragmentaire, car le livre, un peu hâtif, de M. Jevons * ne peut passer pour son expression canonique. Cette école n'est donc pas encore en état de fournir la base d'un remaniement complet de l'histoire des religions et la nouvelle série de manuels, qui se publient en Amérique sous la direction de M. Morris Jastrow, témoignent du même esprit de sage éclectisme que le livre de M. Chantepie de la Saussaye.

Au surplus, les principes de l'école anthropologique ont besoin

1. P.-B. Jevons, An introduction to tke Hislory of Religion, 1896.

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