‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 59 sur 160 · H. Schultz, Altt. TheoL, 5* éd., p · texte numérisé non relu

H. Schultz, Altt. TheoL, 5* éd., p

2. 'Très défavorable à Thistoricité même partielle des traditions patriarcales est Gunkel, dont Texcellent commentaire de la Genèse (Handkommentar deNowack, 1; cf. surtout l'introduction, publiée à part sous le titre de Sagender Genesis, 1901) met en évidence le caractère tantôt mythique, tantôt légendaire des récits populaires de toute sorte dont la contamination a formé le fond du récit que nous connaissons. (I. L.)

3. Sayce {Early Religion and Patriarchal Palestine) prétend qu'on a découvert récemment les noms d'Abraham et de Jacob dans des documents égyptiens. Cette afGrmation repose sur des bases trop fragiles pour qu'on puisse déjà en tirer des conséquences.

4. Sur le culte des ancêtres, voir J. Lippert, Der SeelenkuU in seinen Beziehvnpen zur althebr. Religion.* Vhypoibèse d'un culte des morts ou d'un culte des ancêtres en Israël, soutenue sous des formes diverses par Schwally, DasLebennach dem Tode nachden Vor-

LES ISRAELITES 195

On cite encore, comme preuves à Tappui de cette affirmation, les idées eschatologiques, comme aussi en général les nombreux rudiments d'animisme que, d'après Stade, nous rencontrons, même à des époques tardives, dans le domaine de la croyance et du culte. La religion de Jahvé est l'antagoniste irréconciliable de cet animisme, encore qu'en luttant contre lui elle s'en soit approprié plus d'un élément. Stade dit expressément que Moïse a importé en Israël, sans aucun intermédiaire et comme un fait entièrement nouveau, la religion de Jahvé, qu'il avait trouvée chez les Kénites dans un état, il est vrai, de moindre développement. De là sa grande importance comme fondateur de religion; autrement il n'aurait été qu'un restaurateur ou réformateur. La légende prétend, il est vrai, qu'il se serait présenté comme envoyé du Dieu des pères, mais elle ne mériterait pas l'attention.

Ce système présente plus d'un point faible. Lors de la conquête de Chanaan, Israël s'est bien comporté en peuple de Jahvé. Si, en tout ce qui concerne la civilisation, il a été à l'école de Chanaan, il est resté, comme Stade a raison de le souligner, fidèle en un point à ses mœurs nationales : il a continué à adorer Jahvé, comme son Dieu propre. Mais alors ce culte de Jahvé ne saurait avoir été entièrement nouveau, et sans racine dans le passé. En outre Schultz remarque justement que ni le système animiste de Stade, ni celui, surtout totémistique, de Robertson Smith n'ont pour eux la vraisemblance historique : car ce n'est qu'incidemment que les prophètes s'élèvent contre ces côtés de la superstition, et il est impossible que ce soit là qu'il faille chercher les idées populaires dont une religion plus haute devait triompher. Nous ne nions pas la force des habiles déductions de Stade. L'animisme et surtout le culte des ancêtres ont certainement eu, en Israël comme chez presque tous les peuples, plus d'importance qu'on ne le croyait autrefois. Néanmoins il n'est pas prouvé qu'ils aient eu le grand développement que leur suppose Stade. En tout cas, ils n'excluent nullement l'existence d'un culte voué par Israël, avant Moïse, à un dieu.

Pour savoir ce qu'était ce culte, nous partons de deux faits. D'une part Israël appartient, dans la grande famille des peuples sémitiques, au groupe des Sémites du Nord, dont il constitue le groupement le plus méridional, celui qui ofTre avec les Sémites du Sud le plus d'affinités; d'autre part, même dans le Jahvisme postérieur, les traces de l'état religieux antérieur n'ont pas été complètement effacées.

Il est contestable qu'on puisse parler d'un génie particulier des Sémites *, qui se manifesterait entre autres dans leur religion. Renan le découvre dans leur instinct monothéiste, qu'il ne considère pas cependant comme

gUUungen d^«a//en/.^ae/(1892), Berlhollet, Die isr. Vorslellungen vomZustandnachdem Tode (1899) el Charles, A critical histoi*y of the doctrine ofa future life (1900) nous semble ruinée par les fortes objections de Frey, Tod, Seelenglaube u. Seelenkult im alten Israël (189S) el surtout de Grueneisen, Dei* AhnenkuUus und die Urreligion Israels {i900). (I. L.) 1. * La vanité des essais tentés pour définir le « génie sémitique - ressort de la seule comparaison des formules proposées. Cf. Mùller, Zeitschr. f, Vôlkerpsych., XIV, p. 435, et Steinthal, Semitic studies in memory of Kohut, p. 357, (I. L.)

la marque d*une race bien douée au point de vue religieux, mais comme un signe de médiocrité intellectuelle. Le monothéisme sémitique est pour lui un minimum de religion. Rob. Smith a montré * combien cette opinion manque de fondement. Aussi bien le terme de Sémites est-il trop peu défini et embrasse-t il trop d'éléments disparates pour que la considération d'un génie sémitique puisse mener à un résultat positif. Tenonsnous-en au groupe clairement délimité par la géographie et l'histoire et auquel on peut, en suivant la tradition de l'Ancien Testament, donner le nom de Térachite.

On ne peut contester aux peuples de ce groupe certaines particularités frappantes môme au point de vue religieux. On constate ici le peu d'individualité des dieux : ni mythologie développée, ni même à proprement parler polythéisme. Et cependant on est très éloigné encore du vrai monothéisme. La religion est liée à des communautés humaines déterminées : d'abord la famille, ensuite la tribu. L'individu étant essentiellement membre de la tribu, la religion est fonction de la tribu. La divinité représente l'unité de la tribu. La tribu se met en relation avec la divinité au lieu sacré qui est en môme temps le centre de la tribu; elle affermit et renouvelle, au moyen du repas sacré, les liens qui les unissent (Schultz). Une conséquence de ce fait, c'est une individualisation encore bien faible des Dieux. Ils sont Dieux de la tribu. Comme nous le voyons d'après les noms de El, Baal, Moloch, Adôn, Sadday (?), ils sont conçus comme les très hauts, les puissants, les maîtres. Ce sont là, plutôt que des noms propres, des noms d'espèce. S'ils sont employés comme noms propres, on ajoute un qualificatif qui les détermine : le Baal de tel endroit, le roi de tel peuple ou de telle ville. Chaque tribu, chaque groupe de tribus se suffisent. Au fond, le dieu d'une tribu ne vaut que pour les membres de cette tribu.

L'opinion qui veut que les pères d'Israël aient adoré un dieu de ce genre sous le nom à" El Sadday, ne se fonde que sur quelques passages du Code sacerdotal ^, Dans la formation de ce nom des considérations théoriques ont évidemment joué un rôle. Il doit avoir existé pourtant un vieux nom de Dieu àadday qui, d'après une étymologie tirée de l'assyrien, signifie pro bablement le Très-Haut*. Il peut donc y avoir, à l'origine des renseignements fournis par le Code sacerdotal, un souvenir historique. En outre, les noms de tribus Aser et Cad semblent aussi avoir été à l'origine des noms de dieu (Genèse, 30j3.n; cf. haïe, 65 n).

Pourtant il reste encore une question à examiner. Bien que, comme le dit Schultz, le caractère de dieu de la tribu apparaisse comme plus important que celui de maître des phénomènes naturels, les dieux ne sont pas seulement les protecteurs de la tribu, mais souvent encore des dieux de la nature. En tout cas, Max Mûller va trop loin, quand, opposant les Sémites . aux Indo-Germains, il dit des premiers qu'ils reconnaissaient Dieu dans

Page 1