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CHAPITRE XI LES PERSES

Par le D' Edv. Lehmann (de Copenhague).

93. Le peuple médo-perse. — 94. Origine de la religion. — OD. Littérature religieuse. — 96. La mort et l'au-delà. Eschatologie. — 97. La religion sous les Sassanides et sous la domination musulmane. — 98. Le culte. — 99. Purifications. Civilisation et mœurs. — 100. Le royaume du mal. — iOl. La religion iranienne. Zoroastre. — 102. Les Dieux.

§ 93. — lie peuple médo-perse.

Le début de l'histoire des Perses est aussi différent que possible du début de l'histoire de l'Inde. On voit les Aryens de Tlnde émerger peu à peu d'un passé infiniment lointain. Ils sont à peine sortis de la vie nomade que leur première religion est déjà pleinement développée, consignée même dans toute une série d'oeuvres savantes. Leurs guerres sont

1. BiBUOGBAPniB. — M. DuDcker, Fr. Lenormant, Ed. Meyer, etc., ont traité des Perses dans leurs histoires générales; F. Justi, dans Oncken; Flathe, dans Ersch et Gruber; G. Rawiinson, dans The five great oHental monarchies (rempire perse est la cinquième : l'auteur a plus tard ajouté aux premières une sixième monarchie et une septième, celles des Ârsacides et des Sassanides). — Th. Nôldeke, dans ses Aufsàtze zur persischen Oeschichtey 1887 (médiocre traduction française, à Paris, chez Leroux, 1896), traite des Âcbéménides et des Sassanides; — Â. von Gutschmid a donné une Geschichte Iran's und seiner Nachbarlânder von Alexander dem Grossen bis zum Untergang der Arsaciden, 1888; èes deux ouvrages sont des rééditions d'articles parus dans VEncyclopœdia Britannica.

Les ouvrages de Spiegel ont fondé l'archéologie de la Perse. Voir surtout Eranische AUerthumskunde, 3 vol., 1871-1878. Après lui, Geiger, dans son Ostiranische CuUur im AUerthum, 1882 (traduit en anglais par D.-D.-P. Sanjana, Londres, 1885, premier volume seul paru), s'est occupé surtout des questions domestiques et sociales.

Sur la littérature sacrée et la religion on a : M. Haug, Ëssays on ihe sacred languaqe. writings and religion of the PqrseeSy y éd., 188i, éd. E.-W. West, et: Die fûnf Gdlhàs oder iiammlungen von Liedern und SprUchen Zarathustra^s, seiner Jûnger und SachfoJgeVy 2 Abth., 1838-1860; F. Windischmann, Zoroasirische Studien, 1863. Les traductions de Spiegel, en allemand, 3 vol., 1852-1863 (commentaire, 2 vol., 1^65-1869); de C. de Harlez, en français, 2* éd., 1881 ; de J. Darmesteter et de L.-H. Mills, en anglais, S. D. E., IV, XXilI, XXXL et enfin celle de J. Darmesteter, en français, dans les Annales du

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des luttes de tribus ou de races; leur politique est particulariste; à aucun moment, ils n'apparaissent dans Thistoire du monde comme une nation. Les grands événements qui ont passé sur Tlnde n'ont guère altéré sa vie intime, et nous retrouvons, chez ses peuples immuables, après de longs siècles, le même état politique, les mêmes mœurs, la même conception de la vie.

L'histoire agitée du peuple perse contraste violemment avec ce cours paresseux de la vie indienne. En effet, il surgit soudain en pleine lumière, au sortir d'une préhistoire obscure. Une admirable valeur militaire, utilisée par des chefs qui sont de brillants politiques, établit sa suprématie sur tous les vieux royaumes de l'Asie occidentale; il fonde, en quelques générations, un empire universel qui s'étend du Tourân à l'Abyssinie, de rindus à la mer Egée. Grâce à un sage esprit de tolérance et à d'excellentes mesures civilisatrices bien plutôt qu'à la puissance de ses despotes, cet immense État acquiert une forte organisation ; une civilisation florissante pousse sur cette terre nouvelle, jusqu'au moment où cette entreprise démesurée périt par son énormité même. Le royaume des Parthes, qui s'élève sur ses ruines, possède, il est vrai, l'antique puissance militaire des Perses, mais il n'a pas hérité de leur supériorité politique; il est incapable, par là-même, de durée. Néanmoins il a fallu des siècles de guerres sauvages pour abattre définitivement l'indépendance du peuple persan, et c'est seulement après sa conversion à l'islamisme que l'on voit sa langue et sa religion disparaître peu à peu, ou mieux se transformer.

Le caractère des Perses, que cet exposé de leur destinée permet déjà d'entrevoir, ne ressort pas seulement de leurs propres monuments, mais aussi des descriptions admiratives des anciens. Les Perses portaient, dans un corps vigoureux et résistant, une volonté énergique, trempée par le climat rigoureux, et par les dangers inséparables de la vie nomade dans la montagne et le steppe; ils y ont gagné le courage et le sérieux, mais leur imagination s'y est assombrie; tout ce qu'il y a d'inquiétant et de sombre dans la vie les jette dans une angoisse qui apparaît partout dans leurs mœurs et leur religion, et qui eût été fatale à leur développement intellectuel si elle n'avait excité en eux un effort égal vers la lumière, la force, la victoire sur l'élément mauvais.

Musée Guimet, 3 vol., sont pourvues d'introductions savantes, qui sont d'importantes contributions à Phistoire de la religion. Celle de J. Darmesteter est surtout précieuse. Il faut citer encore ici : Haurvatdt et Ameretât^ 1815, et Ormuzd et Ahrimany 1877, par J. Darmesteter; Geschiedenis van den Godsdiensty II, de G. P. Tiele. (trad. ail.), qui contient un exposé précis du mazdéisme. £n danois : E. Lehmann, Zarathuslra (Copenhague, 1890-02).

Il faut mentionner à part Touvrage capital de Jackson, Zoroastery the prophet of ancient Iran, New-York, 1899, et le livre de N. Sôderblom, La vie future diaprés le mazdéisme (Annales du Musée Guimet; vol. IX, Paris, 1901).

Sur l'historique des études avestiques, consulter Tintroduction d'A. Hovelacque, L'Avesta, Zoroastre et le Mazdéisme, 1880. Le reste du livre est sans valeur.

Le GrundHss der iranischen Philologie^ publié par Wilh. Geiger et E. Kuhn (Strasbourg, 1895 et suiv.) contient, sur l'histoire et les langues de la Perse, des travaux de première importance qui seront mentionnés en temps et lieu.

Le propre de l'esprit perse est la raison toujours claire et souvent froide. La riche imagination des Hindous leur est étrangère ; quand leurs poèmes sacrés atteignent à la beauté, ce qui est rare pour les anciens, c'est le plus souvent grâce à l'énergie et à la précision de l'expression, et aussi au bel élan d'une pensée haute et pure. La spéculation théologique ellemême est plutôt un effort pour ranger avec des fins pratiques les énergies naturelles qu'une dialectique ou une métaphysique contemplative; et le culte, quelque précieux qu'il ait été d'ailleurs pour l'éducation du peuple, apparaît comme singulièrement dépourvu de vie, sec dans ses hymnes, et lassant par ses rites.

Néanmoins les Perses ne manquaient pas d'esprit d'invention. Ils avaient l'imagination nécessaire aux grandes actions et aux grandes pensées. Et de même qu'ils n'avaient pas peur de s'aventurer jusqu'en Ethiopie ou jusqu'au Danube, ils ont jeté sur le monde et l'être des regards dont l'étendue nous étonne. L'opposition du bien et du mal, de Thomme et de la divinité, de Fen-deçà et de l'au-drfà, était conçue et définie avec une grande netteté, et pourtant toutes ces antithèses étaient coordonnées dans une conception du monde cohérente et complète. Cette oscillation perpétuelle d'un idéalisme de r6ve au matérialisme pur, que l'on rencontre à chaque pas dans rinde, est complètement étrangère à l'intelligence des rédacteurs de l' Avesta, qui, dès l'abord, avaient reconnu l'équilibre naturel de ces deux aspects de l'être.

La conception dualiste du monde qui pénétrait toutes leurs pensées est ce qui distingue particulièrement leurs doctrines de celles des Hindous. Mais ils s'écartent aussi du monisme spéculatif de ces derniers par leurs tendances rationalistes, et par la préférence qu'ils accordent au côté pratique de la vie. Leur piété même porte la marque de leur robuste activité : le devoir religieux ne consiste pas à échapper au mal d'être, ou même simplement au monde, mais à vaincre le mal ici-bas. Cette victoire, ils ne la cherchent pas en fuyant le monde, en annihilant le moi, mais dans l'affirmation et l'exaltation de la vie. C'est ce qui donne à l'antique religiop de l'Iran son caractère indéniable de morale pratique et qui la différencie de la façon la plus nette du védisme et du brahmanisme.

Quant à l'objet premier de cette morale religieuse, c'est bien, à ce qu'il semble, la préservation de la pureté^ c'est-à dire, à la fois, de la propreté corporelle et de l'intégrité morale. Inobservance se trouve être par suite l'acte religieux le plus important, revêtu par excellence d'un caractère sacré. La vieille religion de la Perse est une religion de Y observance comme celle des Védas est une religion du sacrifice ; les expiations et les purifications jouent dans l' Avesta un rôle singulièrement plus important que le sacrifice. Nombre de ces prescriptions sont inutiles ou absurdes, mais la « loi » n'en a pas moins une valeur morale, et cela pour deux raisons. D'abord à cause du zèle dont elle fait tendre l'àme vers la pureté, pureté que l'on trouve dans l'amour de la vérité, dans la pratique de la justice, dans la fidélité, etc. ; et ensuite parce que l'on retrouve la pureté et que l'on

triomphe du mal par le moyen de l'effort positif et du travail pratique, qui ont souvent un caractère civilisateur indéniable. La rigueur avec laquelle les Perses observaient ces lois morales a été de la plus grande importance dans le rôle qulls ont joué en tant que peuple et dans la constitution de leur empire; elle est contre-balancée malheureusement par le manque de ténacité qui fit tomber vite les hautes classes dans la torpeur morale et physique et n'a pas peu contribué à la ruine de l'empire. L'ancien sens moral ne se perdit pourtant pas entièrement, et il continue à vivre au sein de la communauté qui porte aujourd'hui encore le nom de parsie, et qui est restée fidèle au culte institué par Zoroastre.

Ainsi, les Perses diffèrent essentiellement des Hindous par leur caractère comme par leur histoire. On ne croirait guère que l'un et l'autre peuple sont issus de la même souche et qu'ils ont un long passé commun; c'est pourtant là un fait incontestable; la parenté des langues, qui ne se distinguent presque que par des différences dialectales, l'identité des légendes et des mœurs, et la position géographique elle-même en sont des témoignages sûrs. Il est établi que les Hindous se sont avancés jusqu'au pays de rindus en partant des régions montagneuses que plus tard les Iraniens furent seuls à occuper; il est probable que longtemps, après la séparation des Indo-Européens, ils ne firent qu'un avec les Iraniens : car ce que les deux peuples ont en commun n'appartient pas toujours à l'ensemble des Indo-Européens. A quel moment les deux rameaux ont-ils divergé? Ce point ne pourra probablement jamais être établi; le caractère des Védas, qui ont évidemment pris naissance dans l'Inde, témoigne déjà que la séparation a dû se faire longtemps avant le développement de la civilisation védique. La littérature des Perses et la tendance d'esprit qu'elle révèle ont une originalité si nette qu'il est raisonnable d'en conclure que les peuples iraniens ont longtemps vécu à part, et ont élaboré seuls leurs mœurs et leur pensée, jusqu'au jour où leur grandeur politique fit voir à quelle hauteur s'était élevé leur développement religieux.

§ 94. — Oiigine de la religrion.

Du nombre des peuples iraniens établis entre la mer Caspienne et le golfe Persique, il faut distinguer tout d'abord les habitants de la Susiane, c'est-à-dire du revers occidental du plateau de l'Iran. On sait que la Susiane fut conquise par les Mèdes, et que Suse fut au temps de la domination perse une ville des plus importantes. On sait aussi que la troisième langue des inscriptions cunéiformes trilingues est celle de la Susiane. Mais on ignore, en revanche, quelle influence la civilisation du peuple dont la langue était ainsi respectée a exercée sur les conquérants; nous ne pouvons davantage parler d'un lien religieux entre Perses et Susiens; car nous ne connaissons de la religion de ces derniers que quelques noms de dieux et de lieux sacrés- Cette ignorance est d'autant

plus regrettable qu'il est permis de supposer que des courants religieux et civilisateurs, issus du puissant empire de Babylone, se sont dirigés vers les terres iraniennes, en passant à travers la Susiane. Les Susiens, qui dès Tantiquité la plus reculée avaient fondé une civilisation brillante et un puissant empire, ne paraissent pas être des Iraniens; c'étaient, semblet-il, des Élamites, Une désignation ethnologique plus précise est impossible en rétat actuel, leur langue ne se laissant d'ailleurs rattacher avec quelque certitude à aucun des groupements connus *.

Les Mèdes sont les plus occidentaux des Iraniens et ceux qui entrent les premiers dans l'histoire; les Scythes des anciens semblent bien avoir été leurs parents, ou même des tribus mèdes. Dès lors la Médie, État civilisé, ne comprend qu'une faible part du domaine occupé par les Mèdes, et sa civilisation florissante et presque raffinée a pour point de départ et pour fond la vie nomade des Scythes. On sait que cette civilisation s'imposa aux Perses, qui ne se bornèrent pas à déposer leurs vêtements de cuir, pour revêtir les habits moelleux des Mèdes; les conquérants adoptèrent la culture urbaine, et une partie des usages de leurs aînés en civilisation. Media capta ferum victorem cepit, La fusion des deux peuples fut d'ailleurs si intime, qu'après Cyrus et Darius on ne peut plus guère parler que d'un peuple médo-perse; les Grecs d'ailleurs s'obstinaient à donner aux Perses le nom de « Mèdes ».

C'est là une donnée importante du problème capital, celui de savoir si la religion ancienne de la Perse, telle que nous la connaissons, c'est-à-dire la religion de Zoroastre, doit être désignée comme médoperse et auquel des deux peuples elle doit, en ce cas, son caractère propre.

C'est un problème compliqué d'inextricables difficultés; nous savons bien peu de chose de la religion ancienne des Mèdes. Un seul point est clair : la religion mède était arrivée à une forme stable, et formait un organisme défini, ses prêtres jouaient un rôle des plus importants bien avant l'époque perse. Les Mages ont eu, dans la politique des Mèdes, une influence décisive, et leur situation de directeurs religieux du peuple était si fermement établie qu'une tentative aussi hasardeuse que l'insurrection du faux Smerdis ne put amoindrir, même pour un temps, la considération dont ils jouissaient.

La dynastie des rois perses n'a pas laissé subsister purement et simplement l'héritage des Mèdes; c'est ce que semblent indiquer les conflits dont le souvenir se rattache au nom du faux Smerdis. On peut sans témérité voir dans la révolte des Mages une tentative de restauration de l'ancien pouvoir sacerdotal, et peut-être aussi de l'ancienne religion ; et si nous comprenons bien les inscriptions, nous constatons que Darius a poussé les représailles jusqu'à la confiscation des biens ecclésiastiques. Il est malaisé de déterminer en quoi consistait exactement le patrimoine

i. * Les fouilles de la mission française de Suse, dirigées par M. de Morgan, ont mis au jour un grand nombre de documents élamiles, qui ont été publiés par Scheil. (R. G.)

religieux des familles perses, et surtout de la maison royale. Un seul point est établi : ils ne connaissaient pas l'exposition des morts à Tair libre, qui est proprement médique; les morts chez eux (les tombes royales en sont la preuve) étaient enterrés et ils conservèrent cette coutume sans se laisser ébranler par les commandements de l'Écriture sainte, qui précisément n'admettait que l'exposition. A ce point de vue, l'incinération de Crésus est, elle aussi, un fait intéressant. Il se peut qu'il s'agisse, comme on Ta soutenu, d'un suicide du monarque vaincu, pareil à celui de Sardanapale; en tout cas, Cyrus ne s'y serait point opposé; et cela semble bien indiquer qu'il n'était pas aussi scrupuleux sur la sainteté du feu que le voulait la doctrine de Zoroastre, car, pour celle-ci, l'élément divin ne doit à aucun prix être souillé par un cadavre. D'ailleurs l'interprétation courante du fait ne nous sort pas de là : si Ton avait connu Cyrus pour un zélé disciple de Zoroastre, on ne lui aurait attribué que bien difficilement un péché mortel aussi grave que l'incinération intentionnelle d'un être humain.

D'ailleurs il est permis de se demander si le fondateur de l'empire perse a beaucoup adopté des mœurs médiques ; les rares renseignements de source perse qui nous sont parvenus ne nous permettent pas davantage de savoir s'il était zoroastrien. Il en est tout autrement de Darius. Dans les inscriptions, il se présente à nous comme un adorateur d'Ormazd ; et ce nom seul suffit à prouver que sa religion n'était pas un parsisme primitif. En effet, le nom d'Ahura Mazda a ce caractère abstrait propre à la théologie de l'Avesta. Un fait particulier peut avoir décidé Darius à adopter la religion zoroastrienne. Dans l'Avesta, la Bible perse, et non pas dans ses parties les plus récentes, un certain prince Vishtâspa est renommé comme puissant protecteur de la bonne foi. Il est le bras et le soutien de la Loi, il a ouvert à la Pureté une large route, et il a apporté la Foi au monde. On l'appelle Sraosha, l'ange de l'obéissance, qui donne aux hommes la vérité. Ce Vîshtâspa était déjà identifié dans l'Avesta avec le fameux Vîshtâspa, père de Darius, que les Grecs nommaient Hystaspes. Identification fausse évidemment, car Hystaspes ne devint un personnage que grâce à son fils, tandis que la doctrine de Zoroastre existait déjà avant que Darius parût. En revanche il n'est pas impossible que le Vîshtâspa de l'Avesta ait été un Achéménide. Il en est de même de Fraortes ; son nom, qui signifie « le Confesseur », témoigne peut-être de son attitude à l'égard de la nouvelle religion. Prédécesseur de Cyaxare qui conquit Ninive en 606, il aurait vécu vers le milieu du vu' siècle. La doctrine dont il était le « Confesseur » doit être plus ancienne que lui; on ne saurait dire s'il a été le premier « confesseur » ; il semble pourtant que cet honneur doit revenir à ce Vîshtâspa, dont nous ne savons malheureusement rien.

En ce cas Darius aurait hérité de ses ancêtres la doctrine zoroastrienne ; mais il reste impossible de décider pour l'instant quelle raison a pu le déterminer à la servir avec tant de zèle, et s'il a obéi à ses convictions personnelles, ou à son intérêt qui était de favoriser les siens, c'est-à-dire les Perses, et de ruiner le parti des Mages.

Nous avons nommé Zoroastre sans exprimer de doute sur l'existence historique de ce prophète. II va de soi que Zoroastre n'a pas manqué d'être qualifié d'être mythique par de récents historiens des religions. Un Hollandais, M. Kern, précédé par son compatriote M. Tiele, a appuyé de son autorité cette critique hasardeuse ; J. Darmesteter s'est a peu près rallié à cette opinion, mais en général elle a eu peu de succès. La question se pose dans les mêmes conditions à peu près que pour le Bouddha : si l'on considère les biographies tardives et infidèles du saint, on est porté à croire que Ton n'a affaire qu'à des mythes et des légendes; si, au contraire, l'on remonte aux sources vraiment anciennes, la question prend un tout autre aspect. Les renseignements sur Zoroastre que l'on rencontre dans l'Avesta postérieur, et bien plus encore ceux qui forment la trame du Livre de Zoroastre (Zartusàt nâma), qui est un vrai roman d'aventures persan, sont presque exclusivement légendaires; mais les vieilles hymnes, les Gâthds, ne le sont point : nous n'y trouvons ni une divinité ni un personnage fabuleux, mais bien un être humain, un homme animé de l'esprit prophétique, qui a vécu, souffert, lutté et espéré, dont la personnalité et le génie ont marqué de leur empreinte la religion. En effet cette dernière n'est nullement une religion populaire qui a crû d'elle-même, dont les idées et le rite, entremêlés comme dans le Veda de superstitions et de sorcelleries, forment un chaos multicolore ; nous y voyons, au contraire, une théologie sûre et complète dès le principe, et logiquement déduite en pratique comme en théorie ; une théologie enfin qui prend nettement position en face des croyances populaires dont elle est issue, et qui condamne sans pitié tout ce qui n'est pas conforme à son esprit. Un tel système révèle plutôt l'activité résolue d'une personnalité unique qu'une formation fortuite et spontanée d'idées religieuses, fût-ce même au sein de groupes sacerdotaux.

La patrie de Zoroastre est placée, d'après tous les témoignages orientaux, dans l'Iran occidental, et d'après les meilleurs, dans une région voisine de l'Atropatène, au nord-ouest de l'empire mède. C'est là qu'il faut probablement rechercher VAiryana Vaêja que l'Avesta désigne régulièrement comme la patrie du prophète, et où le Bundekesh le fait vivre. Selon d'autres témoignages, il serait né à Gezn, dans l'Atropatène même, et aurait passé sa vie dans la ville sacerdotale de Ragha. Quoi qu'il en soit, toutes ces indications nous ramènent à l'extrémité nord-ouest du domaine mède. La famille de Zoroastre ne nous est pas inconnue. Dans l'Avesta il porte souvent le nom de son ancêtre Spitama, dont la descendance semble avoir joui d'une certaine considération. Zoroastre avait lui-même des amis puissants à la cour du roi Vîshtâspa. Il était en relations amicales avec Jamâspa, le ministre du roi; il en épousa même la nièce Hvôvi, la fille de Frashaostra. Les fils et les filles de Zoroastre sont nommés dans l'Avesta ; et à ses trois fils la légende attribue l'origine des trois castes iraniennes des prêtres, des guerriers et des cultivateurs.

Autour de ces données historiques, assez pauvres par elles-mêmes, et rendues singulièrement flottantes parle manque absolu de détermination

chronologique, il s'est groupé avec le temps, cela va sans dire, tout un cycle de légendes plus ou moins fabuleuses. Des démons et des serpents menacent le futur prophète dès les rêves de sa mère; elle le voit, tout baigné de lumière, qui disperse l'armée des ténèbres. On rapportait qu'il naquit en riant. Il triomphe, avec une supériorité glorieuse, de toutes les épreuves et difficultés que le mauvais roi sorcier Duransarun lui pré pare dès son enfance. La puissance divine le sauve miraculeusement des assassins, du feu et des bêtes féroces. Devenu grand, il déclare ouvertement sa haine de la sorcellerie, puis des songes lui révèlent sa vocation de prophète. Quant à la révélation, qui lui communiqua toute science, elle lui fut donnée dans ses entretiens avec Ormazd lui-même, vers qui des anges le conduisirent.

L'Avesta ne rapporte directement qu'un seul traR important de la vie de Zoroastre, l'histoire de sa tentation ( Vendîdâd, XIX). Sur l'ordre du diable, un démon se précipite sur Zoroastre pour l'anéantir; le prophète le repousse à l'aide des saintes prières et marche à son tour contre lui, armé de grosses pierres. Alors le diable s'inquiète, il cherche à écarter Zoroastre de la bonne Loi par la séduction, par la promesse du pouvoir temporel ; le prophète refuse : « Jamais je ne quitterai la loi des adorateurs de Mazda, mon corps et mon âme dussent-ils en périr. »

Sur la suite de sa vie, la Légende raconte toute une série de miracles du type habituel. Seul le mythe nuptial, où trois fois il perd sa semence en approchant de sa femme Hvôvi, a pris de l'importance, car de ce germe, recueilli et conservé par l'eau, doivent naître les trois grands héros de la rédemption future.

Pour localiser le centre d'expansion du zoroastrisme primitif, il faut tenir compte du fait que la patrie de Zoroastre est fixée avec quelque vrai semblance dans la région nord ouest de l'Iran, mais il faut reconnaître que, sur le théâtre de son activité, les témoignages orientaux sont loin d'être d'accord. Selon plusieurs traditions, c'est en Bactriane que Zoroastre s'est révélé; c'est là que Vîshtâspa aurait vécu, que Zoroastre se serait rendu, enfin qu'avec l'aide du prince il aurait fondé la nouvelle doctrine. Le zoroastrisme serait bactrien, la civilisation dont il est issu aussi bien que la langue de sa révélation seraient celles de l'Iran oriental. Cette hypothèse cadre fort bien avec l'Avesta postérieur, qui porte l'empreinte de l'Est iranien et qui, par exemple, dans Ténumération des contrées qui forment le monde (au premier chapitre du Vendldâd) ne mentionne qu'une seule province de l'Ouest. Mais précisément ce caractère exclusif nous permet peut-être d'entrevoir comment ces traits orientaux ont pris naissance. L'Avesta postérieur, comme les légendes tardives, date de l'époque des Sassanides, dont le principal établissement était précisément la Bactriane; naturellement ce qui a été composé dans cette province l'a été du point de vue oriental, et l'on a fait honneur à ces princes si zélés dans leur foi de l'origine bactrienne attribuée à la religion de Zoroastre. D'autre part, il est certain que l'antique Hystaspes n'était pas un prince bactrien : pas un mot dans tout l'Avesta ne lui prête cette origine, et les sources

grecques les plus autorisées placent son royaume enMédie, dans llran occidental. Du coup rhypothèsed'un voyage de Zoroastre en Bactriane devient inutile : son champ d'action aurait été sa patrie, comme U était tout naturel. Enfin il serait bien étonnant qu'une théologie aussi abstraite et aussi ingénieuse que celle de Zoroastre eût pris naissance au sein d'un peuple de pâtres arriérés comme étaient les Bactriens ; le pays des Mèdes, avec sa vieille civilisation et sa longue évolution religieuse, offrait un terrain autrement favorable à son développement.

Mais si nous faisons ainsi décidément de Zoroastre un Mède, et de sa doctrine une théologie médique, nous nous heurtons immédiatement à la question suivante : Dans quelle relation l'homme et la doctrine se sontils trouvés à l'égard du corps sacerdotal mède? Zoroastre était-il mage? C'est là une possibilité qui n'est nullement exclue du fait des conflits entre mages et zoroastriens ; c'est, en effet, lorsque la foi nouvelle est prêchée par des hommes ayant appartenu à Tancienne que la tension entre individus devient le plus grave. Ce qui est plus intéressant, par contre, c'est que dans tout l'Avesta le nom de mage est évité avec grand soin, Zoroastre et ses disciples ne se nomment jamais que Âihravans, prêtres du feu, et attachent à ce nom des idées particulièrement hautes et sévères. Il est possible, à la vérité, que les Âthravans aient formé simplement une classe spéciale de prêtres, dont l'activité se serait exercée dans le nord de la Médie, en Atropatène, et sur la frontière arménienne, où se trouvent de grands foyers d'activité volcanique et où le culte du feu était fortement représenté. En ce cas, la victoire du zoroastrisme serait le résultat d'une lutte entre deux sacerdoces. Il est plus probable que le mot Athravan ne désigne que l'une des fonctions du prêtre mède; car les Mages formaient une tribu, nous dit Hérodote, et il est possible que le mot « mage » soit un nom générique, et qu'ils se soient appelés entre eux, dans l'Avesta du moins, prêtres du feu d'après leur fonction. Dans la suite le nom populaire de Mage l'emporta et se retrouve aujourd'hui encore dans le nom donné aux prêtres parles Parsis, Môbed (*Magu-paiti).

La querelle ne semble donc pas avoir été un conflit entre deux corps sacerdotaux, mais une lutte de doctrines religieuses : il est d'ailleurs absolument impossible de déterminer sur quoi portait le débat. Il est probable que la différence était de celles que l'on voit d'ordinaire s'élever entre les opinions d'un prophète de génie, et l'ensemble des rites et des doctrines d'un corps sacerdotal esclave des traditions.

En quel sens pouvons-nous donc qualifier de Religio7i des Perses cette doctrine née probablement en Médie? Ce ne peut être parce qu'elle serait née d'un mélange avec des éléments religieux d'origine perse, car, pour autant que nous pouvons le savoir, la doctrine zoroastrienne était complètement formée bien avant que l'on parlât des Perses; d'ailleurs, ce que ceux-ci semblent avoir eu de croyances propres s'est maintenu, semble-t-il, en dehors et à côté du zoroastrisme. Mais les dynasties Achéménide et surtout Sassanide ont adopté cette religion, l'ont fait triompher du pouvoir des Mages, et l'ont fait respecter dans leur immense empire. De même que

la dvilisatiou médique ne se serait jamais élevée au rang de civilisation f( impériaie » sans l'aide des Perses, de même la doctrine du réformateor mède n'a acquis dlmportence dans l'histoire da monde que grftce à eux. Ils ont compris la valeur de cette religion, et ont résolu de vivre selon ses préceptes ; et la religion devint grande par eux, comme ils étaient devenus puissants par elle.

§ 95. — liittérature religieuse.

Avant d'exposer les traits essentiels de la religion de Zoroastre, nous dirons quelques mots de sa littérature. L'Avesta, le livre sacré des Perses, y occupe le premier rang. Avesta signifie connaissance ou plutôt révélation ; le Prophète a reçu la Loi de Dieu ou de ses messagers afin de la communiquer aux hommes. Le terme fréquemment employé de Zend-Avesia désigne TAvesta avec son commentaire (Zend = Tradition) *.

L'Avesta primitif a été sans doute très vaste, et embrassait toutes les connaissances humaines. Mais la plus grande partie s'en est perdue très tôt; selon une tradition mal établie, les Livres saints auraient été détruits par Alexandre le Grand ; il est plus vraisemblable que les Arabes ont été les coupables. Nous ne possédons donc plus que des fragments, mal transmis, et rédigés en une langue difficile à comprendre surtout dans les parties les plus anciennes du livre*.

L'Avesta tel que nous le possédons se divise en plusieurs parties, dont les plus importantes sont le Yasna, les Vashts et le Vendidâd, Le Ya^na, livre du sacrifice, est disposé selon le rituel. Il contient les hymnes que Ton disait pendant le sacrifice. Une partie de ces hymnes forment les Gdthâs proprement dites, ou chants, que leur langue permet de reconnaître pour les parties les plus anciennes du livre. Il n'est pas impossible même que quelques-unes de ces Gâthâs aient été rédigées par Zoroastre lui-même ou par ses disciples. En tout cas, on retrouve en elles la doctrine zoroastrienne sous sa forme la plus pure et la plus immédiate. Les Gâthâs jouissaient auprès des anciens Perses de la plus grande autorité; on les emploie aux moments les plus solennels du service divin ; on les célèbre dans des poèmes; elles sont fréquemment citées dans T Avesta postérieur comme sont citées chez nous des paroles bibliques ; bien plus, on chercha même

1. C'est donc à faux que l'on nomme Zend la langue de TAvesla. Car précisément les Commentaires sont écrits en un dialecte postérieur, le pehlvL

2. Les premiers manuscrits de valeur ont été apportés en Europe, en 1761, par Anquetil du Perron. Il s'était engagé comme soldat de la Compagnie des Indes à seule fln d'acquérir l'Avesta; il vécut sept ans parmi les prêtres parsis. Le linguiste danois Rask, qui le premier détermina exactement la place historique de la langue de l'Avesta, découvrit aussi, dans l'Inde, d'importants manuscrits. L'explication du texte a été inaugurée par Eug. Burnouf; des éditions critiques en ont été données par Westergaard et Geldner; le dictionnaire a été fait par Justi; des traductions avec commentaires par Spiegel et J. Darmesteter.

* Un nouveau dictionnaire, par Bartholomœ, est sur le point de paraître.

plus tard à en imiter la langue pour donner aux hymnes récentes plus de majesté et d'autorité. — Les Yashts aussi sont des chants de sacrifice, beaucoup plus récents que les Gàthâs; la langue en est lâche, la forme souvent prolixe et banale jusqu'à la trivialité. Ce sont des louanges adressées aux Yazatas : et tandis que les Gâthâs sont notre principale source de renseignements sur la doctrine de Zoroastre, les Yashts forment le plus clair de notre science touchant les dieux de TAvesta : ils exposent avec abondance et clarté une foule de mythes et de légendes sur les dieux et les héros. Quelques Yashts ne sont cependant que des listes de noms, et ne contiennent que des litanies sans fin. — Le Vendidâd, le livre de la Loi, est, comme l'indique le nom de vi-daêva-dàta, qui signifie donné contre les démons, le livre des purifications ; nous y trouvons la morale, le droit et la procédure des MédoPerses, pour autant que tout cela peut être contenu dans un recueil de préceptes sacerdotaux. Pour la connaissance des antiquités iraniennes, le Vendîdâd est une source essentielle, on y retrouve des rites, des coutumes et des superstitions très anciennes qui remontent sans aucun doute beaucoup plus haut que Zoroastre; pourtant l'expression dans le Vendîdâd en est certainement zoroastrienne, et la rédaction du livre est visiblement très récente. C'est d'ailleurs le seul livre de TAvesta sassanide qui nous soit parvenu en entier; il commence par des explications cosmogoniques et s'achève par des considérations eschatologiques. Le Yasna et le Vendîdâd forment, avec la litanie appelée Vîspered, TAvesta proprement dit. Les Yashts se classent dans le Khordah Avesta ou Petit Avesta, livre de prières, où sont contenues celles que doit dire le fidèle aux différentes heures du jour, et aux différents jours de Tannée.

La connaissance de la religion avestique que nous pouvons tirer des débris de l'Écriture sainte est malheureusement très fragmentaire; heureusement les autres écrits anciens et ceux du début du moyen âge la complètent assez pour qu'il nous soit possible de nous faire une image approximative du mazdéisme. Il faut signaler avant tout le Bundehesh et les autres livres pehlvis de l'époque sassanide, qui renferment la théologie récente du parsisme édifiée sur la base de l' Avesta, et même la traduction de plusieurs passages perdus de l'Avesta. Ces ouvrages, ainsi que la collection de légendes et de mythes iraniens rassemblés dans l'épopée persane de Firdousî, seront étudiés dans leur ensemble par la suite. Les Grecs, qui étaient en relations si actives avec les Perses, ont pris grand intérêt, nous le savons, à leur histoire et ont beaucoup écrit sur leur religion. Malheureusement le plus important de leur ouvrage, celui de Théopompe, s'est perdu : il a été utilisé cependant dans des écrits postérieurs qui nous sont conservés. Les récits d'Hérodote, confirmés sur tant de points par les inscriptions, sont précieux pour l'histoire religieuse, ainsi que les renseignements de Bérose, tandis que Ktésias, qui a séjourné si longtemps à la cour de Perse, est un narrateur peu sûr. Strabon et Plutarque sont plus utiles que Xénophon avec sa Cyropédie, Les sources latines sont beaucoup plus pauvres; ce sont surtout des auteurs très tardifs, comme Ammien

Mnrcdliu et Procope. Les témoignages des anciens sur la religion des l'ej^^es i^iii été réunis par Brissonius, puis par Rapp (Z, D. M, G., XIX, XX> ôL Wjijilischmann (Zoroastrische Studien).

Nous avons aussi des documents arabes et arméniens du moyen âge. lis \w sont pour la plupart accessibles qu'à ceux qui savent ces langues. Xoliif-ke a traduit (1879) une partie de la Chronique universelle de Tabarî; ce rf* si malheureusement pas la plus importante pour la connaissance de fa rolÎRi'm des Perses. Le livre des Sectes, de Shahrastânî, traduit par Wivnvhvin-kev (Religiom2')arte%en und Philosophen-Schulen, iSSO-M) donne bf^ain^niip plus.

î-ps ^îiicuments arméniens touchant la religion des Perses ont été tra- <lnit- |Kir Langlois (Collection des historiens de r Arménie, 1868-1866) *.

§ 96. — La religion iranienne avant Zoroastre.

Le^ n? livres qui viennent d'être énumérées nous permettent de reconâ 11 tuer tt?5sez bien la religion mazdéenne, mais ne nous donnent aucune idiV (Ir Tétat religieux de la Perse avant Zoroastre. Avant tout, il faut rejeter lous les systèmes qui tendent à faire sortir TAvesta de religions etrantreres et anariennes; qu'il y ait eu des influences du dehors, partieuHt^niupnt babyloniennes et élamites, c'est ce qui paraît incontestable; mais il îious est impossible de dire en quoi elles consistaient exactement. h'iiiilrr [>ftrt, les ressemblances que Ton a remarquées entre les coutume» avi stii|Nes et celles des Touraniens ne nous permettent pas de décider si les l'< [-i^s leur ont fait des emprunts. Il n'y a de lien réel qu'avec les vujsij]> )le l'Est, les Hindous. Il est indéniable enfln que le contenu de l*.\vest.j n'est pas toujours du pur zoroastrisme, que la religion qu'il préw.n\t* s( rable souvent un agrégat de croyances incohérentes appartenant a (ini>* t('î5 degrés de l'évolution religieuse. Dès le premier hymne du Vasna nii se [i( urte à un mélange si inattendu que l'on ne sait trop à quel étage on se tr^^uve; après l'invocation adressée aux dieux et aux anges zoroastricn^*, la prière se poursuit ainsi : « Je sacrifie aux étoiles, œuvres de resiirh -ncré, à Tishtrya (Sirius), l'étoile brillante et splendide; à la lune, rjuj [Hks-êde la semence du taureau; au soleil lumineux, aux chevaux nipiOes, œil d'Ormazd ; je sacrifie aux anges gardiens des justes et à toi, ô fcïi. \\\< de Mazda, et à tout autre feu; aux bonnes eaux et à toute eau créet! \rAT Dieu, ainsi qu'à toute plante créée par Dieu. )) Les objets de la virTiêniMiTii sont ici, à peu d'exceptions près, ceux que l'on adore dans tuutn ri lîiJfîon primitive. A la vérité ces appels à la nature paraissent être,

1. • Li' livre de Jackson : Zoroaster, the prophet of ancient Iran renferme la colleclion Irt'i- cumplèle de tous les témoignages des anciens sur Zoroastre. — Les traductîJin-i do In^inglois sont très imparfaites et ne peuvent être consultées qu'avec précauihn* lit\ hîvanche la traduction en allemand du très important ouvrage d'Eznik Contre fes >>f'/r^. par Schmid (Vienne, 1900), est fort bonne et tout à fait rccommandable. (tî. G.)

dans le cas présent, des additions postérieures; les hymnes aux phénomènes et aux dieux naturels ne se montrent au premier plan que dans TAvesta récent. Mais il est certain que ces cultes tardifs sont des reviviscences d'anciens instincts religieux, et une foule de mythes et de divinités avestiques, qui n'apparaissent que dans des allusions à peine compréhensibles, ne s'expliquent que comme survivances. Enfin l'adoration des éléments qui joue un grand rôle dans la doctrine de Zoroastre, le lien qui les unit aux génies les plus puissants du mazdéisme, supposent un culte primitif de la nature. C'est le cas surtout des deux principales choses saintes des Iraniens, l'eau et les plantes : et leurs rîtes compliqués, et la vénération illimitée que les Perses leur témoignaient reposaient assurément sur la tradition d'anciens cultes de l'eau et des arbres.

Des survivances animistes se retrouvent aussi dans l'Avesta; les génies protecteurs innombrables sont, de l'aveu même du texte sacré, les âmes des morts; ils ont, sous beaucoup de rapports, dans le Yasht où ils figurent principalement, le caractère de démons familiers et rustiques, comme on en trouve partout. De même les mauvais génies, les diables, qui fourmillent dans l'Avesta ne sont pas seulement des créations de la doctrine zoroastrienne du mal; et on ne peut s'empêcher de croire que nombre d'entre eux étaient déjà familiers à la religion primitive des Iraniens.

Ce qui apparaît plus clairement encore, c'est l'arrière-plan de vie nomade -en avant duquel s'est élevé le mazdéisme. La foi, les légendes et les mœurs d'un peuple de pasteurs se révèlent à chaque pas, bizarrement alliées au dogmatisme abstrait et à la morale raffinée du zoroastrisme. Le caractère sacré de la Vache et du Chien est aussi certain aux yeux du Mazdéen que la divinité d'Ormazd même; ils ne sont pas simplement sacrés en ce sens que leur mort est une calamité, leur meurtre un sacrilège; il y a plus : ils donnent lieu à des mythes et des rites qui Illustrent suffisamment la foi en leur pouvoir surnaturel. L'âme de la vache^ le créateur de la vache sont d'antiques conceptions mythologiques utilisées dans les Gâthâs ; la création du monde végétal et animal par l'immolation de la vache primitive a été chez les Iraniens, comme <;hez bien d'autres peuples, l'une des premières idées cosmogoniques. Mais le culte de la vache n'est pas, dans l'Avesta, un souvenir mort; si les mythes qui la concernent sont d'anciennes réminiscences que la religion nouvelle, héritière de la précédente, traîne après elle, la morale de la vache n'en apparaît que plus vivace : donner aux vaches du fourrage ■en abondance n'est pas seulement un devoir sacré en soi-même; c'est l'image même du devoir accompli; l'expression gagner la vache signifie atteindre le bonheur céleste. Comme chez les peuples de l'Inde et chez bien d'autres, l'urine de bœuf est l'agent de purification le plus saint, -et cela bien que par ailleurs l'urine soit, selon la morale de l'Avesta, impure au plus haut degré, et rende impur. Quant au chien, des chapitres «ntiers du Vendîdàd lui sont consacrés; nous verrons par la suite comment il chasse le Diable et combien il est dangereux de le tuer. Ajoutons

que la conception du Paradis est riche en images de la vie pastorale et qu'elle fait du vieux pâtre ïima le gardien des bienbenrwx. Les idées religieuses du nomade sont étroitement unies à la religion maidéenne, et, bien qu'elles paraissent inutiles à sa construction théorique, et n'y figurent qu'à titre de souvenirs, on ne peut s'empêcher de voir dans les apôtras du culte d'Ormazd les représentants d'une civilisation nomade supérieure qui pousse à lextrème les soins donnés aux animaux, au point de s'opposer, par exemple, aux ^sacriûces animaux de la religion antérieure.

A côté de ce groupe de croyances héritées de la vie nomade primitive, et au-dessus de lui, nous retrouvons un certain nombre de légendes et de mythes indo-européens, qui, bien que contraires en partie aux doctrines de Zoroastre, s'y sont pourtant glissés. Ainsi le mythe de Yima, le roi des morts, montre que l'on se figurait tout d'abord la fin du monde sous les aspects d'une sorte d'hiver plein de froidure et d'obscurité d'où la félicité éternelle doit jaillir comme un éternel printemps, dans le paradis de Yima. C'est là une représentation qui est en désaccord flagrant avec la doctrine mazdéenne d'après laquelle le monde doit être détruit par le feu, les justes seuls étant sauvés. Les auteurs du Vendiddd ne semblent pas s'être aperçus de la contradiction, et le mythe est conté par eux, avec bien d'autres, comme un épisode de l'histoire du monde. La vieille légende iranienne de la lutte entre le héros Thraêtaona et le serpent Azhi Dahâka contient aussi bien des traits qui rappellent des mythes germaniques, et remontent peut-être à d'anciennes traditions communes. En parallèle au mythe où Dahdka vaincu, au lieu d'être tué par le héros, est lié au roc de Demâvend et cause par ses soubresauts les tremblements de terre, il faut citer le mythe de Loki enchaîné par Thor *.

Mais de tels points de contact sont exceptionnels : les liens avec les mythes indo-européens communs à la branche voisine des Hindous, avec laquelle les Iraniens sont sans doute restés longtemps unis, avant l'époque historique, sont singulièrement plus nombreux. Pour certains savants (le sanskritiste Roth et l'iranisaut Haug surtout), ils seraient tellement étroits qu'il faudrait presque identifier la mythologie de TAvesta et celle du Veda, et tirer les deux religions d'une source commune. Aujourd'hui on tend à devenir plus circonspect à cet égard. Nous avons déjà signalé que l'esprit et le caractère des deux systèmes diffèrent radicalement, et témoignent ainsi d'une séparation préalable; et quant aux traits sur lesquels se fonde le rapprochement, plusieurs ne semblent pas probants. Mithra, par exemple, qui apparaît dans le Veda comme dans l'Avesta, ne saurait pourtant prétendre avec certitude au rang de divinité primitivement commune; il manque, en effet, dans les Gâlhâs, et tel qu'il apparaît dans l'Avesta postérieur, il ne ressemble pas beaucoup au Mitra du Veda. Cela ne prouve rien, évidemment, contre l'existence d'un Mitra, dieu arien, adoré par l'un et l'autre peuple; car il est toujours possible qu'il n'ait

1. De même lorsqu'au moment de la lutte suprême il rompt ses liens et s'avance au premier rang des puissances du mal contre les dieux, il rappelle le loup Fenriret sa légende.

pas été nommé dans les Gàthâs parce qu'il était rejeté par Torthodoxie zoroastrienne, mais que le peuple Tait toujours adoré; le fait même qu'il se montre à nous, dans l'Avesta postérieur, comme juge des morts semble prouver qu'il était bien une divinité ancienne, vénérée de tout temps ; car c'est à des dieux de ce genre que de tels emplois sont confiés d'ordinaire.

Le Soma, la boisson des dieux et du sacrifice, commun aux deux peuples, n'est pas non plus mentionné dans les Gâthâs; il est pourtant impossible, étant donné le caractère fragmentaire de la tradition, de conclure de là que les Iraniens anciens n'aient pas connu le soma. On pourrait supposer que le breuvage divin a été emprunté par la suite aux voisins de l'Inde : mais la linguistique s'y oppose : le nom du soma dans l'Avesta est liaoma; la correspondance s : A est régulière, et ne se trouve pas dans les emprunts. Aussi est-il plus sage d'admettre que l'une et l'autre religion ont chanté le soma de leurs ancêtres communs.

Un point plus sûr est l'équivalence des mots asura (skr.) et ahura (avesta) qui n'est pas seulement un élément du nom d'Ahura Mazda, le dieu suprême, mais encore le qualificatif de tout le groupe de divinités qui relèvent de lui. Nous avons affaire ici à un élément commun important et réel; le culte des asuras, sans conteste l'un des principaux des temps primitifs, s'est maintenu dans l'Iran et s'est même élevé au rang de religion officielle, tandis que dans l'Inde il s'efface progressivement devant celui des Dêvas. Il est remarquable seulement que les Dêvas soient pour les Iraniens des divinités malfaisantes, tandis que ce sont les Asuras qui tiennent ce rôle dans l'Inde. Conclure de là à un conflit ancien entre les adorateurs des Dêvas et ceux des Asuras, conflit qui aurait contribué à la séparation des deux peuples iranien et indien, semble bien hasardé, quoiqu'un homme comme Haug ait donné à cette hypothèse l'appui de son nom. Voici sans doute comment se sont passés les faits : les Dêvas étaient d'anciennes divinités païennes, que la théologie sacerdotale a rejetées, et qu'elle est arrivée peu à peu à considérer comme de mauvais génies.

De même que les Indiens possèdent un Varna, les Iraniens ont un Yinuz : il n'y a là, originairement, qu'une seule divinité; mais elle ne nous apparaît pas sous le même aspect des deux côtés. Le Yama hindou est avant tout un dieu des Morts, un roi de l'Hadès, ce que le Yima iranien n'est qu'exceptionnellement. La théologie avestique n'avait que faire d'un pareil roi des morts, et le Yima qu'elle a maintenu est un vieux patriarche, un protecteur paternel de l'humanité la plus ancienne. Très caractéristique est la transition que la théologie de l'Avesta tente d'établir entre l'ancien culte de Yima et le nouveau de Zoroastre. Ormazd, dit-on ( Vendidâd, VI), avait choisi d'abord Yima pour révéler sur terre la vérité divine; mais celui-ci se soustrait à sa haute vocation, la réservant à Zoroastre et se contente de la tache toute terrestre de veiller sur la création, de la protéger, et de la rendre heureuse. Le temps de Yima, le brillant, le riche en troupeaux, la plus splendide des créatures, l'illuminé du

soleil régnant parmi les hommes, fut l'âge d'or où ce qui avait vie prospérait merveilleusement, et les créatures devenaient si nombreuses que par trois fois Yima dut élargir le monde pour qu'elles eussent de la place. Sous son règne, il n'y avait ni froid, ni chaud, ni vieillesse, ni mort; eaux ni plantes ne pouvaient se dessécher; hommes et animaux étaient immortels, et éternellement jeunes; lorsqu'à la fin des temps le sombre hiver viendra, le vieux pâtre élèvera pour les siens un enclos où ils vivront heureux et immortels comme à l'origine.

Ce mythe nous montre combien l'Avesta diffère des Vedas même dans la façon dont il traite les figures mythologiques communes ; et l'on peut dire de tous les points communs que l'on retrouve dans les mythes, légendes et rites, qu'ils témoignent autant de la différence qui sépare les deux religiosités, indienne et iranienne, que de leur continuité. La ressemblance est presque toujours à la surface, la divergence profonde. Il est tout à fait caractéristique que le mythe de Vrtra^ qui est au centre du culte védique, soit étranger à l'Avesta; seul le mot qui signifie (( victorieux », verethraghna (tueur de Vrtra), témoigne encore que les Iraniens ont connu ce mythe. Ce mot s'est maintenu ; il désigne même le dieu de la victoire Verethraghna; mais le sens primitif s'est perdu; on a de même dans l'Avesta le nom d'Indra, mais seulement comme celui d'un Dêv insignifiant. Il n'a pas manqué de tentatives pour rendre la relation plus intime : Ormazd serait un Varuna; ses archanges, les Adityas; Thraêtaona, le Trâitana védique, etc., comparaisons qui presque toujours apparaissent insoutenables à qui les examine attentivement.

Ainsi la partie la plus considérable et la plus importante de la#religioa de l'Avesta est née sur le sol iranien, après la séparation des deux peuples ariens. Dès une date très ancienne une mythologie et un rituel proprement iraniens se sont formés qui ont servi de base au zoroastrisme : à ce rituel spécial appartient l'usage d'exposer les morts en pâture aux oiseaux, au lieu de les enterrer ou de les brûler. On nous dit que cet usage était spécialement mède : les Perses proprement dits enterraient et brûlaient leurs morts, ainsi qu'ils a été dit plus haut. Dans l'Avesta, un monument spécial (Dakhma) est consacré à cette exposition, mais en même temps on y fait mention d'une pratique plus primitive, celle de déposer les morts sur les montagnes, ou dans d'autres lieux déserts. D'ailleurs, l'exposition des cadavres ne peut guère avoir été l'usage exclusif. L'ancien rite arien de l'incinération subsistait évidemment dans l'Iran; l'Avesta combat énergiquement cette pratique.

Que le rite de l'exposition des cadavres soit le rite orthodoxe, cela résulte de cette autre particularité fondamentale de la vieille civilisation iranienne qu'est l'adoration du feu; l'élément sacré ne doit pas être souillé par le contact des cadavres. Le feu, « fils d'Ormazd », doit évidemment ce titre d'honneur dans l'Avesta à ce qu'il était une chose, sainte de temps immémorial, adoptée par la nouvelle doctrine. Celle-ci établit un vrai culte du feu, et non pas simplement sa vénération comme chose litur-

gique; c'est là qu'est la différence avec le culte d'Agni tel qu'on le pratiquait dans rinde; le fait seul que le nom du teu n'est pas le même chez les deux peuples voisins et parents est des plus remarquables [en sanskrit : agni (conf. lat. ignis) ; dans l'Avesta : àtar (conf . lat. atrium)]. Agni, la flamme sanctifiée du sacrifice, le dieu des prêtres, le messager des dieux, est tout autre q\ïâtar, qui est adoré en tant que feu. Âtar n'est pas personnifié, il n'est pas saint parce qu'il sert au sacrifice, mais à cause de la vertu purificatrice, perturbatrice des mauvais génies, qui lui appartient de nature.

C'est précisément dans sa lutte contre le mal que nous voyons apparaître le feu dans l'un des plus anciens mythes iraniens, le combat entre Àtar et Azhi Dahâka, le Dragon. C'est bien là le mythe iranien fondamental, tout comme la lutte de Vrtra est le mythe essentiel du Veda. De même que le mythe d'Indra est né de la nature d'un pays tropical, la lutte iranienne contre le dragon est un mythe de nomades, vivant dans un pays plus septentrional, dans une région de steppes où l'on ne demande pas la pluie, mais où l'on cherche à se protéger par le moyen du feu lumineux contre le froid et la nuit, contre les animaux sauvages et tout ce qui nuit. Tel qu'il apparaît dans l'Avesta ( Vasht 19) le mythe est surchargé d'éléments politiques qui donnent à la narration un caractère spécialement persan. C'est pour « la grande splendeur royale », le signe du pouvoir suprême, que luttent le bon et le mauvais génie. Ormazd envoie son feu, et Ahriman le dragon, à la conquête du précieux enjeu. Ils se poursuivent et se menacent, mais le dragon a le dessus, et la Splendeur royale ne se sauve qu'en se réfugiant dans le lac Vourukasha, où le génie aquatique Apâm Napat{\Q Fils de l'eau), la reçoit dans son sein. Mais voici que le méchant Touranien Franhrasyan saute tout nu dans l'eau pour ravir la Splendeur qui appartient au peuple aryen. Mais le lac se met à bouillonner et la Splendeur peut s'échapper. Par trois fois il recommence, si bien que le Touranien, malgré son audace, sa rage et ses serments, ne peut la saisir. Elle coule vers le roi de l'Iran et lui apporte l'abondance, la richesse et la gloire; elle reste auprès de lui, et il détruit tous les peuples anaryens.

Ce mythe est spécifiquement iranien, non seulement parce qu'il nous montre dans le feu le représentant victorieux des puissances divines, mais encore parce qu'il raconte la lutte implacable entre les forces célestes et infernales, qui fut plus tard l'idée essentielle de la doctrine de Zoroastre, mais qui faisait déjà partie auparavant des croyances populaires. Le dualisme, la conception maîtresse du parsisme, doit avoir trouvé un sol fertile sous le ciel de l'Iran; car le contraste y est exceptionnellement brutal entre l'hiver et l'été, le jour et la nuit, le désert et la fécondité, et la victoire contre la nature hostile a dû apparaître aux Iraniens comme un problème dont la solution était pour eux vitale. Peut-être même l'idée primitive d'un partage en deux des puissances naturelles, tel qu'il apparaît dans le mythe d'Atar et d^Azhi, a t-elle été inspirée par ces conditions naturelles; en tout cas, on conviendra cependant qu'il est impossible de déduire immédiatement d'un fait climatérique, un système aussi élaboré

HISTOIRE DE9 RCLIGIOMS. 29

que la conception dualiste de Zoroastre. Même le passage d'Àtar et d'As&t Dàhâka à Ormazd et Ahriman ne se fait pas de lui-même; il n'est pas non plus une simple %déalimi%on\ et quand Darmesteter a dit que dans TAvesta Ormazd et Ahriman n'étaient que les combattants en titre, que les lutteurs réels étaient le feu et le dragon, il méconnaissait tout le parsisme; car le conflit moral entre des forces spirituelles est précisément l'essentiel dans TAvesta; or, une telle conception ne découle pas immédiatement des mythes naturalistes ni des croyances populaires, auxquels elle se rattache probablement; elle résulte de Tintervention d'un génie prophétique dont l'œuvre personnelle reste l'essentiel.

Dans l'Avesta primitif, le dualisme est purement spirituel; dans la partie récente l'on voit la lutte se refléter dans la création ; on rencontre même un dualisme physique, qui n'est peut-être qu'une forme nouvelle d'anciennes représentations des conflits de la nature. Il convient de mentionner ici avant tout l'hymne à Tishtrya {Yasht 7). « Tishtrya, l'étoile claire et brillante, qui nous prépare de bons séjours; l'étoile après laquelle soupirent les troupeaux et les hommes; quand Tishtrya, l'étoile lumineuse et blanche se lèvera-t-elle, quand les sources couleront-elles à flots écumants? » — « Tishtrya apparaît sous toutes sortes de formes, et réclame le sacrifice de la part des hommes, afin qu'il puisse les secourir à temps; tantôt c'est un beau jeune homme, tantôt un bœuf blanc à cornes d'or, tantôt un coursier blanc à oreilles d'or et à rênes d'or. Sous cette dernière forme, il faut qu'il lutte avec le cheval noir et chauve, le démon Apaosha et l'objet de la lutte est le lac Vourukasha, réservoir divin, d'où s'écoulent toutes les eaux. Par deux fois, Tishtrya est chassé du lac; alors il invoque le secours d'Ormazd; celui ci sacrifie à l'étoile en détresse, et lui communique ainsi la force de chasser à son tour loin du lac le cheval noir; dès lors les fleuves du lac Vourukasha s'ouvrent et se répandent de toutes parts sur la terre. »

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