La Cité antique
2. •On commence à connaître beaucoup mieux la brillante civilisation qui a précédé la civilisation grecque sur le môme sol. Les fouilles d'Arthur Evans et des Italiens en Crète ont permis de coordonner ce qu'on avait fini par réunir d'informations sur l'époque mycénienne. S. Reinach a donné dans la Chronique des Arts et V Anthropologie, à plusieurs reprises, une sorte d'état des | découvertes et des publications, •auquel il suffit de renvoyer. Les Grecs sont le produit de la fusion des populations mycéniennes avec des bandes d'envahisseurs descendus de l'Europe centrale à la fin de rage du bronze et peu de temps avant la composition des poèmes homériques; les Doriens paraissent être la dernière de ces bandes. La question est exposée d'une façon claire et intéressante, mais incomplètement et avec des hypothèses aventureuses, par Ridgeway, Early âge of Greece, 1901. Quant aux prédécesseurs des Achécns homériques, on a mis en lumière leur parenté de race ou simplement de civilisation avec les autres populations du bassin de la Méditerranée. Les inscriptions sont nombreuses, mais encore indéchiffrables; les représentations religieuses, peintures, pierres gravées, etc., ont été déjà réunies et interprétées par Arthur Evans qui en a tiré l'image synthétique d'un culte de l'arbre, du pilier et de l'autel (A. Evans, The tree and pillar cuit, dans Journal of Hellenic Studies, 1901); il remarque que ces figures illustreraient bien certains passages du rituel hébraïque; ce qui ne veut pas dire que le culte Cretois soit d'importation sémitique. On peut essayer de dégager par une autre méthode rélément crétois dans la mythologie panhellénique. C'est ce qu'a fait 0. Gruppe dans Griechische Mythologie und Religionsgeschichte. (H. IL)
étrangers se mêlent aux éléments indigènes dans la formation de la religion grecque; mais il ne sera jamais possible probablement de les distinguer nettement les uns des autres. Il est certain que le culte des ancêtres, comme le totémisme et l'adoration de la nature, a fait partie des éléments nationaux de la religion grecque. Mais il est tout aussi difficile de dire quelle part exacte la population aborigène de race incertaine * qui précéda les Grecs dans THellade a eue dans la formation de la religion, que de noter toutes les influences qui s'y sont mêlées dans Tantiquité, influences venant d'Asie Mineure, de Syrie, de Phénicie, de la terre de Chanaan, pour ne rien dire de l'Egypte. L'art de la période mycénienne trahit des relations très anciennes avec la civilisation babylonienne. Il faut encore ajouter l'influence de la race et du pays. Sans doute on a souvent exagéré les différences des tribus grecques, surtout celle des Ioniens aux Doriens, et Ton a surfait leur intérêt. Il est exact d ailleurs que les dieux grecs se distinguent justement des dieux sémitiques et égyptiens en ce qu'ils ne sont pas les divinités protectrices d'une tribu, mais, dès l'origine, répondent à différents côtés de l'activité humaine '.
Jetons maintenant les yeux sur les côtés de la religion grecque qui peuvent passer pour primitifs. Plus d'une figure divine nous révèle un culte de la nature, déjà voilé en général, même à l'époque homérique. Zeus, l'ancien dieu du ciel, remonte aux Indo- Germains primitifs chez lesquels il était la puissance suprême, comme le dieu du ciel chez les peuples mongols. Pour Poséidon et Héphaistos, l'élément naturaliste disparaît chez Homère derrière une personnification déjà complète; on aperçoit pourtant encore leur signification. A Sparte, à Dodone et ailleurs le mythe et le culte attestent l'idée d'une union cosmogonique du ciel et de la terre. Mais ce n'est pas seulement dans le culte organisé et dans Thistoire des dieux que nous trouvons des traces du culte naturaliste; il s'est conservé directement, ou à peine déguisé, dans un grand nombre de coutumes et de croyances.
Parmi les éléments, c'était encore l'eau qu'on adorait le plus directement. Les fleuves et les sources étaient particulièrement sacrés pour les Grecs. Chaque contrée déifiait le ruisseau qui l'arrosait, comme l'Alphée, la rivière d'Élide. On divinisait les sources; on les considérait comme des Nymphes. Les Muses elles-mêmes, qui viennent de Thrace, mais qui résidèrent plus tard sur l'Hélicon en Béotie, étaient à l'origine des Nymphes des sources, mais de bonne heure elles présidèrent aux chants. En Arcadie, près des Nymphes on trouvait Pan, ancienne divinité campagnarde des pâturages et des troupeaux, qui représente, elle aussi, une religion plus ancienne que celle des grands dieux de l'Olympe.
Le culte primitif n'avait ni temples ni idoles ; on le célébrait dans des bois sacrés ou sur des autels élevés en plein air ; on suspendait les dons aux arbres. Nous trouvons souvent la mention de semblables autels dans
1. * Elle n'était certainement ni indo-européenne, ni sémitique. Cf. Rretschmer, Einlettung in die Geschichte der griechischen Sprache, 1896. (I. L.)