‹ Manuel d'histoire des religionsChapitre 99 sur 160 · Custom and Myikj p · texte numérisé non relu

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r.iS HISTOIRE DES RELIGIONS

Usener et d'autres savants). Les sommets des montagnes où Ton adorait Zeus 8'eppelaient souvent aussi monts de Kronos. Usener, M. Mayer*, L. R. Farnell s'accordent à penser que Kronos était l'objet d'un culte réel et fincîen. Les Ioniens l'adoraient aussi bien que les Doriens, mais Torigine de son culte reste plongée dans l'obscurité. On lui offrait des sacrifices pour obtenir de bonnes récoltes et on lui rendait grâces après la moisson. A Athènes on célébrait des Kronia; c'était une fête très joyeuse pendant laqtieHe les esclaves étaient émancipés temporairement. Rhéa, probablement une divinité Cretoise locale que l'on a considérée avec Cybèle comme la terre mère et que l'on a fait venir aussi d'Asie Mineure, n'est pas la seule déesse qui ait été élevée au rang de mère de Zeus; dans d'autres théologies, Zl41s est un enfant de Gaia. On nomme Rhéa en dehors de son union avec Kronos; c'est la systématisation généalogique seule qui paraît avoir réuni ces deux divinités. C'est un thème fréquent que celui de la fuite de la mère des dieux enceinte, qui met au monde en fuyant et est obligée de cacher son enfant. Nous le retrouvons dans le mythe de Léto. Rhéa est placée plus tard avec Kronos dans le monde souterrain ; ils y régnent sur les Titans. Les parents de la famille officielle des dieux, et les ennemis des Olyrninens ont eu le même sort : le sort des dieux déposés est d'être envoyé aux enfers. Les Titans sont d'anciens dieux qui ont perdu dans la chute leur puissance sur la nature. C'est ainsi que dans d'autres mythologies les ennemis des dieux, les Asuras aux Indes et les Dacvas en Perse, sont des dieux vaincus transformés en démons.

Nous trouvons aussi parmi les dieux de très anciennes divinités dont la théologie systématique a fait des frères et sœurs aînés de Zeus et de Héra. Il va de soi que Hestia, la déesse du foyer, jouissait déjà aux temps les plus reculés d'un culte particulier chez les peuples établis en Grèce. Le culte tl Hestia est un culte familial; son importance tient au prix attaché par toute l'antiquité grecque à la vie domestique. On salue le feu dans ratrium dès qu'on pénètre dans la maison; le feu qui s'éteint marque la mort de la famille. Le sanctuaire central de l'État était également un sancliiaire d'Hestia; quand une colonie partait elle emportait un brandon du Prytanée et un homme venu de la métropole était souvent chargé dans le pays nouveau d'entretenir ce feu sur le foyer national. Hestia n'est devenue qu'assez tard une déesse personnifiée; chez Homère encore, on peut h peine la distinguer du foyer lui-même. Mais, dans Hésiode et dans les Hymnes, nous la voyons représentée comme la fille aînée, éternellement vierge, de Kronos et de Rhéa; elle siège sur l'Olympe, elle reste au milieu des dieux; jamais elle n'abandonne son siège, et sa place est marquée à rentrée ou au milieu de la salle où se réunissent les dieux. Comme déesse du bonheur domestique, on invoque Hestia en même temps qu'Hermès quL la complète. On ne peut pas toucher aux offrandes qui lui sont consacrées; au début et à la fin de tous les sacrifices, elle reçoit une part en sa qualité de déesse du feu.

L Ofl^ns le Lexique de Roscher.

Le feu natarel, les forces volcaniques avaient déjà leur dieu à une époque très reculée. Hépbaistos était d'abord, comme Ta récemment montré V. Wilamowitz, un dieu local de Tile de Lemnos où se trouvait un volcan très actif; ce culte était peut-être très ancien. Ce n'est que plus tard que Hépbaistos devint d'une façon générale le dieu du feu et des forgerons, par les poèmes bomériques en particulier. Le forgeron boiteux qui s'y trouve représenté comme un personnage à moitié comique est une figure qui revient souvent dans les légendes indo-germaniques. On peut voir sans doute un contraste allégorique entre la laideur et la beauté dans Tunion d'Hépbaistos et d'Apbrodite, à moins qu'elle ne repose sur une alliance accidentelle des deux cultes. Quant à l'épisode connu du rival d'Hépbaistos, Ares, c'est une bistoriette gaillarde, qui nous montre comment les poètes homériques plaisantaient avec les dieux. Du reste Hépbaistos est un personnage adroit et rusé comme l'est toujours le forgeron dans le mytbe. Le siège d'or auquel il attacbe Héra est l'un de ses nombreux tours; le mytbe permet au fils des dieux de remonter à l'Olympe, d'où il avait été cbassé. En debors de Lemnos, il ne reste de traces de son culte qu'en peu d'endroits, surtout en Attique il était adoré ou en même temps qu'Atbéné. On explique son mariage avec Cbaris comme l'union du labeur avec la beauté; le rapport étroit qu'il a avec Dionysos s'explique peut-être par l'aptitude des terrains volcaniques à la culture de la vigne.

Prométbée fait pendant à Hépbaistos; mais c'est une figure plus noble; c'est aussi un dieu du feu, babile et rusé. Le feu que représente Prométbée n'est pas cependant le feu naturel, celui qu'envoie le ciel, mais le feu du foyer, arracbé au ciel ou produit par l'industrie bumaine. C'est pour cela que plus tard la poésie fera de Prométbée le représentant de l'indépendance bumaine. Mais, cbez Hésiode, il est encore par excellence le personnage malicieux, dont l'adresse est dangereuse et qui en fin de compte a fait aux bommes plus de mal que de bien. Dans la tragédie ce côté douteux de son caractère disparaît derrière ce qu'il a de fier et de noble. Mais Escbyle s'est ici tenu tout à fait à l'écart de la tradition mytbologique. La fête de Prométbée, les Prometheia^ comprenait une course aux flambeaux : le père passait son flambeau à son fils. La course aux flambeaux était un rite général du culte d'Héphaistos *.

A côté d'Hestia se tient une autre sœur aînée de Zeus, la vieille déesse de la terre, Déméter, « la terre nourricière », sans aucun doute une des plus anciennes divinités de la Grèce. Son culte et son mytbe nous reportent à un monde primitif, en tout cas, aux premiers essais de l'agriculture. Du reste elle s'est peu élevée au-dessus des anciens dieux cbtboniens, auxquels elle est unie par des liens nombreux. De ces divinités, la plus voisine d'elle est la « vierge » Korè. Toutes deux sont en effet des divinités cbtboniennes et de la végétation, et c'est pourquoi les cultes qu'on leur rend sont semblables. On considérait Korè, qui égaie la terre tous les ans de son tapis de plantes, comme une fille de la terre nourricière. De ces idées est sorti le drame du

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