ORDRE DES OPHIDIENS
Les Ophidiens (de Sept-, serpent, et «Woî, forme), ou Serpents, sont de tous les Reptiles ceux qu’il importe le plus de connaître; quelques-uns sont innocents, comme la Couleuvre, mais d’autres, tels que la Yipère, préparent un venin très-actif.
Ils ont toujours le corps allongé et recouvert d’écailles, mais ces écailles ne sont pas uniformes ni de même taille : quelquesunes, de dimensions plus grandes, prennent le nom de plaques; elles se rencontrent à la tête, à la queue, etc., etc., et deviennent caractéristiques de genres et d’espèces.
Squelette. —Le corps des Ophidiens étant très-allongé, leur colonne vertébrale est très-longue, formée d’un grand nombre de vertèbres, qui peuvent être partagées en deux catégories : les dorsales, qui portent des côtes, excepté les deux ou trois premières, et qu’on rencontre delà tête à l’anus; les caudales, qui n’en portent pas, et qu’on rencontre de l’anus à l’extrémité postérieure du corps. La Couleuvre à collier a 230 vertèbres, dont 2 cervicales, 167 dorsales et 65 caudales. La Yipère commune en a 202, dont 2 cervicales, l/i5 dorsales et 55 caudales. Le corps des vertèbres caudales et dorsales est concave en avant et convexe en arrière, de manière qu’elles s’articulent en genou; elles portent des apophyses épineuses longues, aplaties, et des apophyses transverses courtes. Les surfaces articulaires sont au nombre de douze, pour chaque vertèbre, de sorte que les mouvements latéraux et de torsion sont rendus très-faciles, mais les mouvements verticaux presque impossibles.
La tête présente un très-grand nombre d’os (31, Cuvier), variables pour le nombre et la forme dans les différentes familles. Le crâne s’articule avec la colonne vertébrale par un seul condyle,
hJSPTÎLÈS. — OPHIDIENS. âtt
comme celui de tous les Reptiles; mais la tète, osseuse, présente : l°un ensemble d’os reliés entre eux par articulation fixe, et qui forment la cavité occupée par l’encéphale; T d’autres os plus ou moins allongés, à articulation mobile, dont le jeu favorise l’agrandissement delà cavité buccale. Ces derniers os sont, à la mâchoire supérieure, les incisifs ou inter maxillaires, soudés intimement entre eux sur la ligne médiane, mais liés par une articulation mobile avec les maxillaires; ceux-ci sont accompagnés des palatins et unis aux ptérygoïdiens par l’os transverse. La mâchoire inférieure est composée de deux parties symétriques qui ne viennent pas former symphyse sur la ligne médiane; elles restent libres, et ne sont unies que par un ligament, de manière que chaque branche de la mâchoire peut faire un mouvement de dedans en dehors. Toute la mâchoire inférieure est encore susceptible d’un élargissement considérable de haut en bas, car chaque branche (composée de l’incisif, du maxillaire et de . l’articulaire) s’unit par articulation mobile à l’os tympanique,
i qui est allongé; celui-ci s’articule avec l’os mastoïdien, qui luimême s’articule près du rocher. La multiplicité des articulations permet donc : 1° l’agrandissement latéral . de la bouche entre les
; os qui composent la mâchoire supérieure et entre les deux branches de la mâchoire inférieure; 2° l’agrandissement de haut en bas par le jeu des pièces articulaires qui relient la mâchoire li inférieure au crâne. Les côtes sont excessivement nombreuses; il y en a autant que de vertèbres dorsales, mais elles ne forment pas de cage thoracique, car le sternum manque. Il n’y a aucune trace d’omoplate, ni de clavicule, aucune trace d’os I: iliaques; les membres manquent; on a regardé de petits appen- ' dices situés au niveau de l’anus, chez les Boas, comme des ru-
ii diments des membres inférieurs.
digestion. — Les Serpents sont carnivores, ils attaquent le plus souvent leur proie vivante. Les Couleuvres de notre pays a se nourrissent de grenouilles, de souris, de petits oiseaux, etc*; ; les gros Serpents des pays chauds attaquent les plus grands i mammifères, qu’ils enlacent et étouffent avant de les avaler.
Comme les pièces qui forment la charpente de la bouche peuvent, par leur jeu, donner à cette cavité des dimensions consi- ! '■érables, les Serpents engloutissent des proies d’un volume rela-
lif énorme. Les dents sont souvent très -nombreuses; elles garnissent les incisifs, les maxillaires supérieurs, les palatins, les maxillaires inférieurs. Elles nesont pas toujourssimilaires, comme chez la Couleuvre vipérine, où elles sont toutes arquées, courtes,
Fig. 106. — Tète osseuse de la Couleuvre vipérine.
a, os intermaxillaire ; maxillaires supérieurs ; c,c, palatins ; d,d,e,e, ptérygoïdiens ; f,f, os carré ou tympanique ; g:(jj maxillaires inférieurs.
aiguës, sans émail, implantées dans une petite cavité de l’os.
g Dans bon nombre de Serpents, celles du milieu ou du fond de la mâchoire supérieure sont if allongées, creusées en gout- I tière (1) sur leur partie antéi rieure, de la base au sommet; la gouttière est parfois si profonde, que les deux bords en sont presque réunis; il arrive même que ces deux bords se réunissent, et la dent est alors transformée en un cylindre creux, dont l’ouverture d’entrée est à la base, et l’ouverture de sortie près du sommet, sur la partie antérieure. On appelle
ces dernières dents des crochets à venin, parce qu’elles se sont allongées, recourbées en crochet, et que le canal qui les traverse sert de passage au venin sécrété par la glande qui est en rapport de continuité avec l’ouverture de la base.
La bouche renferme une langue grêle musculaire, profondément bifide au sommet, qui s’agite vivement, sort de la bouche et rentre dans une gaine qui se trouve au devant de la glotte. C’est à tort que le vulgaire appelle celte langue le dard; elle ne sert en rien à l’introduction du venin dans les chairs.
Avant d’avaler leur proie, les Ophidiens l'imbibent d’une
(1) C.Duméril appelle optslO0Î|/pJies do otrtaOiv, on arrière, ot y\\jtph, sillon, rainure), les Ophidiens qui ont les dents à rainures sur la partie postérieure des maxillaires; protérogtyphes ( do ixpoxcpov, en avant, etc.), ceux qui ont ces dents a la partie antérieure; solénoglgphas (de acoÀ y)v, tuyau, etc.), les serpents qui onl ces dents creusées d’un canal, et aglgphes (de ot, privatif, etc.), ceux dont les dents n’ont ni rigole, ni canal intérieur.
REPTILES. — OPHIDIENS, grande quantité de liquide. Ce liquide est fourni par des glandules labiales qui s’ouvrent à la base des dents et donnent une salive gluante; par des glandes lacrymales très-volumineuses, dontles produitsarrivent dans la bouche parles arrière-narines; enfin par la glande à venin, chez les Serpents venimeux.
Fia. 107. — Tête osseuse du Botlirops fer-de-lauce.
Le voile du palais manque, mais la glotte s’avance jusqu’au dehors, entre les branches delà mâchoire inférieure, pendant la dét glutilion, et l’aliment, qui du reste est toujours volumineux, ne peulentrerdansles voies respiratoires, il s’engage dansl’œsophage. Celui-ci est un canal large, ridé, qui débouche dans un estomac droit, fusiforme. L’intestin est un tube plus ou moins sinueux, avec des valvules intérieures,, des franges qui ralentissent le passage de l’aliment, et permettent à l’absorption de s’effectuer. Chez quelques-uns, le petit intestin est distinct du gros intestin, et celui-ci offre des bosselures; il n’y a pas de cæcum, le tube digestif se termine dans un cloaque.
Le foie est allongé, ordinairement entier, muni d’une vésicule biliaire; le canal cystique et le canal hépatique sont très-longs, se réunissent pour former le canal cholédoque, qui est court et débouche dans la partie supérieure de l’intestin. Le pancréas est très-volumineux, ovoïde, adhérent à la rate; l’embouchure de son conduit excréteur est distincte de celle du canal cholédoque. La rate est petite.
Le système lymphatique offre beaucoup de ressemblance avec celui des Batraciens. On trouve souvent deux cœurs lymphatiques situés k la partie postérieure du corps, deux autres à la partie antérieure, et une grande citerne qui s’étend de l’anus à
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l’ estomac el est traversée par l’aorte. Les vaisseaux lymphatiques sont mal canalisés, ils n’ont de valvules qu’à leur embouchure dans les reins.
Sang, circulation. — Les globules rouges du sang des Ophidiens sont elliptiques, et mesurent à peu près, en moyenne,
-f. de millimètre sur leur grand diamètre, £ sur le petit.
Le cœur est allongé, situé ordinairement vers le quart antérieur du corps. Les deux oreillettes sont distinctes, le ventricule unique. Chaque oreillette communique avec le ventricule, et les orifices auriculo-ventriculaires sont munis de valvules. Le ventricule est partagé en deux loges inégales par une cloison incomplète qui s’étend de la pointe à la base, et qui est percée d’une ouverture dans sa partie supérieure. La loge la plus petite est celle qui communique avec l’oreillette gauche, la plus grande celle qui communique avec l’oreillette droite. Cette loge plus grande est partagée elle-même par un pilier intérieur en deux enfoncements inégaux : l’un, plus grand , qui est du côté du ventre, donne naissance à l’artère pulmonaire; l’autre, qui est du côté du dos, donne naissance à deux aortes. Les trois troncs artériels sont muni6 à leur origine de deux valvules sigmoïdes. Les artères carotides naissent de l’aorte droite. Les deux aortes se réunissent un peu plus loin; le tronc qui en résulte donne des artères au foie, à l’estomac, à la rate, et ces artères ne partent pas d’un tronc cœliaque, elles naissent séparées. Le sang, après avoir été distribué dans toutes les parties du corps, est reporté dans l’oreille droite par les veines. Celui de la partie supérieure du corps est ramené dans un sinus contractile qui aboutit à l’oreille droite par une ouverture garnie de valvules; celui des parties postérieures, après s’être rendu au foie et aux reins par des veines portes, est également ramené dans l’oreillette par une veine cave inférieure. Le sang porté aux poumons par i l’artère pulmonaire revient artériel à l’oreillette gauche par les ! veines pulmonaires.
11 est à remarquer que lorsque le ventricule se contracte, la disposition de son pilier inférieur fait que c’est d’abord le sang veineux , celui du grand enfoncement, qui est chassé; quant au sang artériel, celui delà petite chambre ventriculaire, il passe par l’ouverture de la cloison incomplète, vient dans le petit en-
REPTILES