‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 79 sur 155 · PUCES · texte numérisé non relu

PUCES

Les Puces constituent à elles seules le groupe des Suceurs. Ce sont des insectes sans ailes, qui subissent des métamorphoses complètes, et dont la bouche est conformée d’une manière toute particulière pour la succion. Les deux mandibules sont allongées en lancettes et dentées sur leurs bords; les mâchoires sont aplaties, et portent chacun eun palpe épineux composé de quatre articles inégaux. La lèvre inférieure est allongée, oblongue, et porte également deux palpes de chacun quatre articles. Les deux mandibules constituent la partie active du bec, ce sont elles qui, très-rapprochées l’une de l’autre, forment une sorte d’épée qui entre dans les chairs; les deux mâchoires servent de gaine, et le tout repose sur la lèvre inférieure. Le sang de la personne piquée monte par capillarité le long des mandibules et entre elles, et arrive â l’œsophage, où des mouvements de déglutition le font circuler en arrière dans l’intestin. Les Puces n’ont pas d’yeux composés, elles portent de chaque côté un gros œil arrondi, simple. Leurs antennes sont très-petites. Le thorax est composé de trois articles qui se recouvrent superficiellement à la manière des ardoises d’un toit; il ne porte ni ailes, ni balanciers, ni cuillerons, mais chaque article est muni d’une paire de pattes. L’abdornen est allongé, épais, formé de neuf segments, dans lesquels l’agencement des arceaux supérieurs avec les arceaux inférieurs est très-marqué, disposition qui permet ù celle partie du corps d’augmenter son volume après la succion. Le neuvième ou avant-dernier anneau a reçu un nom particulier, celui de pygidium. Il porte des soies occupant le centre d’une circonférence interrompue, formée par de petits renflements. Les pattes sont épineuses et conformées pour le saut; les tarses ont cinq articles et sont terminés par deux longs crochets. Les pattes postérieures sont les plus grandes, les plus fortes; les cuisses et les hanches sont plus allongées.

La Puce ordinaire ou irritante ( Pulex irritans, Latr.) est de couleur brun marron, h téguments durs et luisants sa lèvre inferieure est rousse, terminée par deux palpes. Le mâle est plus petit que la lemelle et porte deux stylets pour la copulation. La booquim.on. ' 13.

femelle pond plusieurs œufs et les laisse tomber dans les endroits peu accessibles, dans les fentes, les ordures, ou encore dans le linge sale et jusque sous les ongles des pieds. Ces œufs sont blancs, oblongs, de la grosseur d’une tête d’épingle moyenne. Il en sort un petit ver blanc, sans pieds, qui est la larve de la Puce. D’abord blanche, la larve ne tarde pas à se colorer en rouge par le sang que sa mère lui a préparé et dont elle se nourrit. Douze jours après son éclosion, elle se file une petite coque soyeuse et se transforme en nymphe. La nymphe ne diffère guère à l’extérieur, de l’insecte parfait, qu’en.ce que les pattes ne sont pas libres; elles sont comme soudées au corps. En somme, ce n’est guère qu’un mois ou cinq semaines après la ponte que la jeune Puce arrive à l’état parfait.

ün trouve assez fréquemment dans les endroits qu’habitent les Puces de petites masses d’un rouge foncé, aplaties ou sphéroïdes, lustrées; c’est du sang desséché que les mères préparent pour la nourriture des larves.

Les Puces ordinaires se montrent en Europe et dans le nord de l’Afrique. Elles se plaisent dans les habitations malpropres, et sont, toutes choses égales d’ailleurs, plus communes chez les femmes et les enfants que chez les hommes. Leur présence s’annonce par de petites taches brunes qu’elles laissent sur le linge, et qui sont produites par la trace de leurs excréments. On trouve souvent des myriades de Puces dans les endroits anciennement habités, dans les granges où couchaient les moissonneurs pendant la saison de leur travail, à la suite de l’occupation d’un camp, sur les bords de la mer, dans les endroits fréquentés par les pêcheurs ou les baigneurs.

La piqûre de la Puce produit de la douleur, et l’endroit piqué présente un point rouge foncé qu’entoure une aréole plus pfde. Les malades, à leur entrée dans les hôpitaux, ont souvent le corps couvert de ces rougeurs qui simulent une affection cutanée.

D’autres espèces de Puces ayant plus ou moins de ressemblance avec la Puce ordinaire vivent sur les chiens, les chats, les rats, etc.

La Puck CiitQUiî (Pulex pénétrons, L.) diffère assez de la Puce ordinaire pour que M. Guérin-Méneville en ait fait le genre Dermatophilus, et Westvood le genre Sarcophila. Elle est

INSECTES. —, PA KASITKS .

excessivcmenl petite. Le mâle est encore plus petit que la femelle. Celle-ci porte un bec si pointu et si fort, qu’il peut, dit-on, percer le cuir des chaussures. Tandis que la lèvre de la Puce ordinaire est foliacée, celle de la Puce chique porte deux stylets presque aussi longs que les stylets mandibulaires; mais les mâchoires sont beaucoup plus courtes et n’entourent le bec qu’à la base.

La Chique vit dans l'Amérique intertropicale; elle abonde dans : les endroits humides, dans ceux où paissent les troupeaux.

C’est lorsque la femelle a été fécondée qu’elle est le plus à ; craindre, car c’est à ce moment seulement qu’elle cherche une nourriture abondante. Elle pénètre dans les chairs de l’homme I et des animaux, la tête la première, sans produire de sensai (ion douloureuse, et établit de préférence sa demeure dans le rebord de l’épiderme qui circonscrit les ongles ou les griffes. Elle s'introduit obliquement sous l’épiderme, et s’enfonce jusqu’au derme, dans lequel elle introduit sa trompe. Arrivée en cet endroit, elle y stationne; ses œufs grossissent ; par suite, son ventre : augmente de volume dans une proportion telle, qu’elle devient «tout abdomen » : à peine distingue-t on la tête et les pa lies. Si, à cette époque, on parvient à la retirer tout entière et à l’approcher d’une bougie, elle éclate, dit-on, comme un grain de poudre. Pendant un séjour prolongé, elle devient aussi grosse qu’un pois, décolle l’épiderme, et produit d’atroces douleurs. Dans les pays infestés de ces dangereux insectes, ce sont les enfants qui sont ordinairement chargés de les extraire; grâce à leurs excellents yeux, ils aperçoivent la Chique jusqu’au fond de son sillon, élargissent l’ouverture, et pénètrent avec une aiguille jusqu’à l’insecte, qu’ils retirent avec une grande habileté. La rupture de l’abdomen dans le sillon serait une nouvelle cause de douleurs, car elle développerait une nouvelle inflammation.

La Chique attaque non-seulement l’homme, mais encore tous " les animaux domestiques, les chiens, les chats, les chevaux, les 1 Anes, les bœufs, surtout les cochons, etc.

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