SANGUINAIRE
Le genre Sanguinaire ( Sanguinaria , L.) comprend des herbes de l’Amérique boréale dont les fleurs diffèrent peu de celles de la Chélidoine. La corolle est formée de huit ou même douze pétales libres, non chiffonnés dans la préfloraison, disposés sur deux, trois verticilles. Les placentas et les ovules sont ceux des Glaucières. Le fruit est une silique fusiforme. Les Sanguinaires ont pour tige un rhizome muni de renflements annuliformes qui j indiquent la place occupée par les feuilles.
I La Sanguinaire du Canada (S. canadensis, L.; S. acaulis, Mich.) croît dans les bois du Canada et du nord des États-Unis. Elle fleurit au printemps et ne donne qu’une fleur qui apparaît à la surface du sol avant les feuilles. Le rhizome est de la grosseur du doigt. Les feuilles de la base du rameau floral sont transformées en écailles; une seule d’entre elles, la supérieure, se développe complètement; elle est composée d’un long pétiole engainant et d’un limbe multidivisé, il nervation palmée, à préfoliation condupliquée. Le rhizome contient un suc rouge donnant de ! la sangui narine, principe qui, selon Schiel, est le même que la
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ctiélérythrine. Réduit en poudre, le rhizome est donné comme émétique ; il teint la salive en rouge, possède une saveur Scre, brûlante. Les graines sont narcotiques.
ARGËMONE.
Le genre Argémone ( Argemone , Tourn.) comprend des herbes américaines dont les fleurs ont le plus souvent pour périanthe un calice caduc de trois sépales et une corolle, de six pétales chiffonnés dans la préfloraison, disposés sur deux verticilles. Les étamines sont très-nombreuses. L’ovaire a ordinairement trois placentas pariétaux superposés aux sépales, un style court et un stigmate évasé, concave, formé de parties rayonnantes. Le fruit est une capsule ovoïde s’ouvrant au sommet par des trous ou des fentes qui la séparent en valves incomplètes. Les graines n’ont pas d’arille du raphé. Les Argémones ont les feuilles sessiles, sinueuses, à divisions dentées. Les rameaux et les feuilles contiennent un suc jaune.
L’Argémone du Mexique (A. mexicana, L.), ou Pavot épineux, est une herbe annuelle cultivée aujourd’hui en France comme plante d’ornement. Ses feuilles sont penninerviées, ordinairement tachées de blanc. Ses fleurs sont jaunes. Toutes les parties de la plante contiennent un suc jaune qui a les propriétés de celui de la Chélidoine. Les graines donnent, au moyen de leur albumen, une huile purgative. Au Brésil, selon Martius, l’Argémone du Mexique est appliquée en fomentations sur les bubons ■ et les ulcères syphilitiques qu’elle résout ou nettoie; l’extrait est employé contre les entéralgies.
PAVOT
Le genre Pavot ( Papavcr , Tourn.) comprend des herbes de l’ancien continent et de l’Australie tropicale, dont le périanthe et. l’androcée ont la même disposition que dans la Chélidoine, avec d’autres dimensions. Le gynécée est représenté par un I ovaire volumineux, uniloculaire, à nombreuses lamelles placentaires multiovulées ; le style est court, surmonté par un stigmate étalé, découpé sur les bords en autant de dents qu’il y a de pla-
PAVOT
centas. Le fruit est une capsule globuleuse ou oblongue, dont la déhiscence, lorsqu’elle a lieu, se fait par des trous situés entre les placentas, sous la plaque stigmatifère. Les graines sont aréolées, privées d’arille. Les Pavots ont flans toutes leurs parties un suc laiteux blanc; les feuilles sont simples, pennilobées ou divisées.
Le Pavot somnifère (P. somniferum, L.) est une espèce annuelle qui fleurit de Juin à Juillet. La tige est forte, dressée, peu rameuse. Les feuilles sont glauques, profondément et irrégulièrement dentées, les caulinaires sont embrassantes. Les pétales sont lacérés au sommet. Les stigmates sont épaissis vers le milieu de leur longueur et forment, sur les bords, des lobes entiers, écartés. Toute la plante est à peu près glabre. Cette espèce fournit plusieurs variétés :
Le Pavot somnifère noir (P. somniferum nigrum, P. nigrum. Lob., P. hortense, lluss.) ne s’élève guère qu’à la hauteur de
1 mètre à 1 mètre 20. Les pétales ont ordinairement une tache noirâtre à la base. Les capsules s’ouvrent sous le stigmate par des trous valvicides. Les graines sont brunes. Les capsules de cette variété sont recueillies un peu avant leur maturité, puis séchées ; on les emploie comme calmantes ; les graines fournissent,
i au moyen de leur albumen, Y huile d'œillette, qui n’est nullement S narcotique. Une variété de Pavot somnifère noir, le Pavot -pourpre donne l’opium indigène que M. Aubergier désigne sous le nom d ’affium.
Le Pavot somnifère blanc (P. somniferum album, P. album, Lob., P. somniferum P album, DC.) s’élève à une hauteur de. 1 à
2 mètres. Les pétales sont ordinairement blancs. Les capsules ne s’ouvrent pas. Les graines sont blanches. Aux environs de Paris on cultive un Pavot blanc que Guibourt a appelé Pavot blanc à capsules déprimées ; le sommet de la capsule est, en effet, dé
I primé, de sorte que le fruit est renflé à la périphérie, à la manière d’une citrouille. Les capsules ou fruits des Pavots somnitères blancs sont calmantes ; elles entrent dans la préparation du sirop drncode. Le Pavot somnifère blanc est l’objet d’une grande culture en Asie Mineure, en Egypte, en Perse, aux Indes orientales, etc.; il fournit une forte partie de l’opium.
L opium est le suc extrait des vaisseaux laticileres de la plante.
ROCQUIU.ON. Itfl.
On l’obtient de plusieurs amnières. Déjà, au temps de Dioscoride, le suc obtenu par incision des capsules portait le nom d'opium, et celui obtenu par expression de toute la plante s’appelait méconium.
D’après M. Bourlier, on procède de la manière suivante en Asie Mineure, pour la récolte de V opium dit de Constantinople.
Des femmes marchent dans la même direction dans un champ de Pavots, incisant circulairement et à la surface les ovaires fécondés des Pavots dont les pétales sont tombés récemment. Afin que l’incision pénétré peu profondément, le couteau est tenu très-près de la pointe. L’opération s’exécute du lever du soleil à midi. Le suc sort de la capsule sous forme de gouttelettes et s’épaissit sur les lèvres de la plaie. Ce n’est que le lendemain, dans l’après-midi, que les femmes de la veille enlèvent, avec leurs couteaux, le suc épanché de la capsule et l’entassent dans de petits vases dont elles sont munies. On procède ensuite à la fabrication des pains d’opium. A cet effet, les vases contenant la récolte sont vidés, le contenu est ramolli avec un peu dé salive, malaxé, pétri, mélangé, de manière à former une masse bien homogène ; puis, avec l’aide du couteau et des mains, on fait des pains plus ou moins aplatis qu’on enveloppe dans des feuilles vertes de Pavot et qu’on porte dans une pièce bien aérée pour obtenir la dessiccation de ces feuilles.
L’instrument qui sert à opérer les incisions est fort variable ; souvent, aux Indes notamment, le couteau est remplacé par trois petites lames réunies à la base au moyen d’un fil enroulé, mais divergentes à leur sommet.
L’opium qui constitue le méconium est obtenu en pilant la partie supérieure de la plante (tige et capsules) ; le suc est séparé, évaporé lentement ; le résidu est façonné en pains d’un quart à un demi-kilogramme qu’on recouvre de feuilles de Pavot, de Tabac ou d’Oseille.
Un autre opium de mauvaise qualité s’extrait de toute la partie aérienne de la plante au moyen de l’eau bouillante ; il constitue le poust.
La France ne fournit que peu d’opium, bien que le Pavot somnifère s’y développe convenablement; mais l’inconstance des saisons peut amener la pluie au moment des incisions, par suite
PAVOT
faire couler jusqu’à terre le suc qui ne peut être recueilli et faire manquer la récolte. C’est pour éviter ce grave inconvénient que M. Cailler a proposé d’inciser les capsules des Pavots après leur arrachage et de les transporter dans un lieu à l’abri de la pluie où les racines resteraient plongées dans l’eau. 11 a constaté que, par ce procédé, on obtient de l’opium, « non-seulement en quantité égale, mais même un peu supérieure à celle qu’on recueille sur la plante enracinée, opium contenant au moins une proportion égale de morphine » .
Les principaux opiums du commerce sont :
L'opium de Smyrne, qu’on trouve en pains irréguliers, aplatis, assez mous, recouverts de feuilles de Pavot et des fruits de Rumex qui servent à compléter l’emballage. Lorsqu’on essaye de rompre le pain, la matière se tire en se cassant en maints endroits, et forme des mailles plus ou moins grandes. La couleur passe, avec le temps, du fauve au brun noir. La saveur en est amère, âcre, et l’odeur forte, vireuse. C’est l’opium qui contient le plus de morphine.
h' opium de Constantinople se présente en boules déformées ou gros pains et en masses plus petites, aplaties, ou petits pains. Les gros et les petits pains sont entourés par une ou plusieurs feuilles de Pavot et conservent adhérents quelques rares fruits de Rumex. Ils sont moins mous que l’opium de Smyrne, l’intérieur est plus mucilagineux, la couleur est ordinairement plus
foncée. Cet opium renferme moins de morphine que le précédent.
L’opium d’Égypte ou thébak'que est en pains aplatis ; il est de j couleur rousse, a une odeur qui rappelle le moisi, se ramollit à l’air et contient moins de morphine que les opiums précédents.
L’opium de Perse ou de Trébizonde est en bâtons cylindriques ou prismatiques d’environ 10 centimètres de. long sur 1 à 2 de large, entourés de papier lustré blanc ou rouge. Il a la couleur et l'odeur de l’opium d’Ëgypte.
I L’opium fabriqué aux Indes orientales porte, selon les lieux de provenance, les noms d 'opium de Malwa, de Patna ou de Jiénarès. La totalité se consomme en Chine. Ces pains d’opium sont toujours entourés de feuilles de Pavot.
Le Pavot somnifère blanc n’est pas le seul qui donne de l’opium. Selon M. Roux, les différentes variétés de Pavots
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doivent, d’après leur rendement en opium, être classées dans l’ordre suivant : 1° Pavot de l’Inde connu sous le nom de Cassacassa de la côte de Coromandel ; 2° Pavot oeillette ; 3° Pavot œillette aveugle (à capsules indéhiscentes) ; h° Pavot à pétales rouges ; 5° Pavot blanc médicinal (à capsules indéhiscentes); 6° Pavot lilas foncé avec tache h la hase du pétale ; 7° Pavot violet.
L’opium contient un grand nombre de principes : des alcalis, la morphine (C3<II,9Az06) la codéine (C36H21Az06), la thèbdine (C38l l2‘ AzO6) , lapapaumrce(C40H21AzO8),lanarcofîne(C44H23AzO14), la narcêine (C46II29Az018), de Y acide mécanique ( C 1 4 II 4 0 1 4 -j- 3ir20'2), de la résine, du mucilage, de la gomme, etc., etc.
L’opium est l’un des médicaments les plus utiles ; il agit, selon la dose, comme calmant ou comme stupéfiant. On l’emploie sous toutes formes ; il fait la base du laudanum, du diascordium, etc. Ses alcalis sont des poisons ou des médicaments précieux.
Le Pavot coquelicot (P. Rhœas, L.) ou Coquelicot, Pavot-coq, Ponceau, est une espèce annuelle qui croit dans les moissons. Sa tige est rude, ses feuilles sont pennipartites à lobes lancéolés. Les pétales, ordinairement rouges, sont employés comme émollients; on en fait de la tisane et du sirop. Les graines contiennent, au lieu de morphine, de rhœadine (0. Henri).