CLASSIFICATION DE M. AD. BRONGNIART
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CLASSIFICATIONS
Quoique nous n’ayons traité clans ce volume que d’une partie des familles végétales, le lecteur a pu s’apercevoir que ces familles présentent presque toutes de nombreuses exceptions aux règles qui ont servi à les former. C’est ainsi que les Simaroubées, les Portulacées, les Euphorbiacées, etc., etc., renferment chacune ii la fois des plantes sans corolle, des plantes gamopétales et des plantes polypétales; que les Rosacées, les Saxifragées, les Chénopodées, les Artocarpées, etc., renferment à la "fois des Plantes à ovaire supère et d’autres k ovaire infère ; que les Primulacées renferment h la foisdes plantes sanscorolle, d’autres gamopétales, d autres polypétales, les unes k ovaire supère, les autres k ovaire infère. — Ces exceptions n’infirment pas la règle générale, mais elles montrent combien les caractères peuvent varier jusque dans une même famille; des faits semblables se voient dans les groupes d’une même classe; enfin certaines plantes qui ont tous les caractères généraux des Dicotylédonées et sont regardées comme telles (Cyclamen), ne présentent qu’un cotylédon dans leur embryon.
Tous les naturalistes reconnaissent, d'un commun accord, que les groupes indiqués dans les classifications dites naturelles ne doivent pas être rangés en séries continues, en échelles, comme on disait. Le meilleur tableau qu’on ferait d’une classification, répétait souvent Payer dans ses leçons k la Sorbonne, serait analogue k une sorte de carte géographique dans laquelle les groupes seraient représentés par de nombreux archipels k îles plus ou moins nombreuses, plus ou moins grandes, de formes diverses, isolées ou reliées, rapprochées ou éloignées, selon leurs caractères communs ou distincts. Mais il ne faudrait pas oublier que les groupes seraient ici déeompQsables de plus en plus. Jusqu’à ce qu’on arrive k l’individu, on ferait des divisions et des subdivisions multiples, et il faudrait établir par des distances mesurées les rapports plus ou moins intimes entre tous ces groupes, tous ces individus. Le problème a été posé et compris, il paraît soluble au premier abord, on en pressent même la solution; mais que d’études, que d’essais, que de marches et de contre-marches avant de pouvoir présenter un tableau tel que toutes les personnes compétentes puissent dire : Voici la vraie, par conséquent la seule classification naturelle.
CLASSIFICATIONS
Comme conséquence pratique pour le médecin, il ne faudrait pas admettre ce qui a été. longtemps admis : que toutes les plantes d’un même genre, d’une même famille, d’une même classe jouissent plus ou moins de propriétés physiologiques ou thérapeutiques communes. Linné l’avait dit: « Plantœ quœ généré conveniunl, etiam virtute conveniunt ; quœ ordine naturali con.line.nlur, etiam virtute propius accédant ; quœque classe naturali congruunl, etiam viribus quommodo congruuni. » De Jussieu l’a répété en d’autres termes; De Candolle a encore plus généralisé; enfin plusieurs botanistes et médecins ont été jusqu’à proposer une plante quelconque d’un groupe pour remplacer telle autre à propriétés thérapeutiques bien reconnues, appartenant au même groupe. Si l’on n’avait en vue que des familles telles que les Labiées, qui sont toutes stimulantes, les Crucifères, qui sont toutes antiscorbutiques, la proposition pourrait être soutenue. Mais outre qu'il est souvent difficile de former des groupes naturels, ces groupes naturels, line fois obtenus et reconnus par tous, comprennent des plantes à propriétés trèsdifférentes. Qu’on se reporte à la famille des Ombellifères, et l’on y rencontrera la Carotte et le Persil comestibles, la grande Ciguë et l’OEnanthe safranée toxiques. Dans les Cucurbitacées sont le Melon à saveur aromatique et la Coloquinte à saveur amère. Les PiOsacées, les Légumineuses comprennent des plantes aux propriétés les plus diverses. Le même genre Agaric est représenté par des Champignons comestibles et par des Champignons vénéneux. Le même genre Vomiquier fournit de la noix-vomique si riche en strychnine, graine du Vomiquier noix-vomique; et le titan-cotte, graine du Vomiquier des buveurs. Ces exemples, pris entre les plus connus, mais que le lecteur attentif de ce volume verra se multiplier, suffisent à montrer que les propositions de Linné doivent être considérablement modifiées (1).
(1) Lorsque nous commencions cet ouvrage, le vieux Jardin botanique delà Faculté de medecine, situe au Luxembourg, venait d’être détruit. Un autre fut établi au même endroit, et nous suivions, pour l’énumération Jes familles, l'ordre qu'y avait établi M. le professeur Bâillon (p. A30). Lo nouveau Jardin eut le sort de l'ancien. Celui d'aujourd’hui, situé rue Cuvier, près du Muséum d'Hisloire naturelle, aura une plantation différente. Les groupes naturels seront isolés, rapprochés ou éloignés, selon leurs affinités ou leurs différences.