FIBRES NERVEUSES. — DÉGÉNÉRATION RÉTROGRADÉ
chaque cas particulier. Toutefois, on n’en doit pas moins reconnaître que la plupart de ses formes anatomiques se distinguent nettement du type de la dégénération wallérienne par la conservation, longtemps prolongée, du cylindraxe, caractère qui manque toujours dans la dégénération wallérienne. En conséquence, la conservation du cylindraxe dans une fibre altérée permet à la fois d’écarter toute idée, de dégénération wallérienne et de songer à la dégénération rétrograde.
Quant aux différences tirées de l’état des autres parties de la fibre nerveuse, il resterait à décider si on peut les considérer comme représentant les différents stades d’un même processus, ou bien s’il s’agit de variétés distinctes en rapport avec l’intensité plus ou moins grande ou avec la nature de la cause pathogénique.
Il reste à expliquer pourquoi le bout central d’une fibre nerveuse peut subir une véritable dégénération wallérienne, avec destruction rapide du cylindraxe. C’est assurément un fait embarrassant, mais toute explication n’est pas impossible. Nous savons qu’à la suite de la section expérimentale d’un faisceau de tubes nerveux, il se produit toujours, dans quelques-unes des cellules d’origine, des lésions destructives précoces ; or, ces lésions entraînent nécessairement dans le bout central des fibres correspondantes la dégénéralion wallérienne’ qui dès lors existe à côté de la dégénération rétrograde. Mais cette explication est admissible seulement pour les cas où les fibres dégénérées sur le mode wallérien ne se montrent qu’en petit nombre.
Tous les faits précédents démontrent qu’il existe une solidarité étroite entre les diverses parties du neurone, en particulier entre le corps cellulaire et le prolongement cvlindraxile. Toute injure portant sur l’une de ces parties peut entraîner des modifications structurales dans l’autre partie. Même, si cette injure est grave, si la lésion de l’une des parties est destructive, elle peut entraîner la destruction du neurone dans son entier ( atrophie neurale primaire, Marinesco).
Dégénérations interneurotiqües. — Il existe une autre variété d’atrophie neurale, qui relève de l’influence que la destruction d’un neurone exerce sur la vitalité du neurone de la série suivante. C’est ainsi que la destruction des cellules motrices dans l’écorce cérébrale, suivie de la dégénération des fibres du faisceau pyramidal, entraîne, ainsi que l’a montré Brissaud, la disparition d’un certain nombre des grandes cellules motrices de la corne antérieure déterminant
CORNIL ET RANVIER.— II-
elle-même la dégénération des filets radiculaires se rendant aux nerfs périphériques. Dans ce cas, l 'atrophie neurale primaire du protoneurone moteur ou cérébral a entraîné Y atrophie neurale secondaire du deutéro-neurone moteur ou médullaiî-e. C’est un premier exemple de dégénération interneurotique.
Un autre exemple est fourni par le tabèâ, où la lésion des racines postérieures peut être suivie de l’atrophie des cellules de la colonne de Clarke, avec dégénération du faisceau cérébelleux direct. Ici, l’atrophie primitive, même partielle, du proto-neurone sensitif a entraîné l’atrophie secondaire, par véritable dégénération interneurotique , du deutéro-neurone sensitif.