I. — Atrophie par compression
Discrète et limitée à quelques fibres striées, ou très marquée et transformant une partie notable des faisceaux musculaires en des lames aplaties, pâles et décolorées, Y atrophie par compression est constante au pourtour des néoplasmes primitifs des muscles, mais on la retrouve également au voisinage des tumeurs juxta-musculaires, des cals, des exostoses, des abcès enkystés, des kystes parasitaires et, d’une' façon générale, dans tous les cas où le muscle est soulevé, refoulé, comprimé par une production pathologique quelconque.
L’altération essentielle de l’atrophie par compression est caractérisée par une atrophie simple, que viennent compliquer suivant la nature de l’agent compresseur, des lésions dégénératives plus ou moins importantes.
Lorsque l’on examine sur des coupes, à un faible grossissement, un muscle dans le voisinage d’une tumeur enkystée, les faisceaux les plus rapprochés, aplatis, déformés, paraissent réduits à de rares fibres étroites, atrophiées, fusiformes ou moniliformes, tassées les' unes contre les autres sous forme de petits faisceaux distincts, ou isolées, irrégulièrement disséminées dans un tissu conjonctif adulte. Celui-ci est scléreux s’il y a eu, à un moment donné, des lésions inflammatoires, ou infiltré de quelques cellules rondes si les phénomènes inflammatoires ne sont pas complètement éteints. Dans ce tissu interstitiel existent parfois des vésicules adipeuses, mais toujours peu nombreuses et disposées en séries entrecoupées, parallèles à la direction des faisceaux musculaires. On y rencontre également des noyaux et des cellules polygonales ou fusiformes, isolées, d’origine
musculaire, dont quelques-unes présentent encore des traces de striation.
A mesure que l’on s’éloigne de la surface du néoplasme, les fibres contractiles augmentent de nombre et de volume. Aux éléments atrophiés se mêlent des éléments de diamètre normal, d’autres dégénérés, parfois même quelques rares fibres hypertrophiées.
Plus loin, enfin, les faisceaux musculaires paraissent normaux quant au volume des fibres qui les constituent. Quelques-unes de celles-ci, cependant, ont parfois une taille légèrement exagérée, un contour moins net et présentent une augmentation légère de leurs noyaux, modifications qui semblent représenter le premier stade de l’atrophie par compression.
On peut donc, pour la facilité de la description, considérer dans le muscle comprimé, trois couches concentriques, répondant à des degrés plus ou moins avancés de l’atrophie. Cette distinction est toutefois purement artificielle, ces trois degrés se trouvant souvent réunis sur une faible épaisseur et le passage de l’un à l’autre se faisant toujours insensiblement, à moins que quelque lamelle conjonctive, séparant deux faisceaux, n’établisse une délimitation accidentelle. Dans ce cas seulement, l’écart entre le degré des lésions d’un côté et de l’autre de cette barrière est parfois très accusé.
1° Dans les faisceaux) les plus éloignés du néoplasme et encore à peine altérés, nous avons décrit une lésion dont la nature n’est définissable qu’à un fort grossissement et qui n’intéresse pas toutes les fibres, mais qui paraît être une des premières manifestations du processus entraînant plus loin l’atrophie des fibres striées.
Sur les coupes longitudinales, certains éléments sont moins nettement striés ou présentent une exagération de la striation longitudinale; leurs fibrilles paraissant plus indépendantes les unes des autres. A la surface de quelques-uns même, on voit un pinceau de fibrilles se séparer de la fibre principale, s’isoler dans le tissu conjonctif voisin et s’y perdre bientôt. D’autres, mal séparés les uns des autres, semblent parfois confluer en une nappe striée dans laquelle il est difficile ou même impossible de distinguer les limites d’une fibre de celles de la fibre voisine avec laquelle elle se confond intimement sur les bords. Ce fusionnement n est jamais que local, s’opère sur une petite longueur, cesse bientôt pour se reproduire plus loin. Mais il en résulte un aspect très spécial, rappelant la coupe du myocarde, et donnant l’impression d un large réseau musculaire, dont les éléments anastomosés consti-
ATROPHIE PAR COMPRESSION
tuent de grandes mailles losangiques, remplies par des vaisseaux et du tissu conjonctif.
Sur les coupes transversales , le contour de ces éléments ainsi modifiés, au lieu d’être net, précis, est indistinct, irrégulier, par suite de la disparition du sarcolemme. Leur champ de Cohnheim est plus marqué que normalement. Les fibrilles sont largement séparées les unes des autres par un sareoplasma clair, trop abondant, que rien ne sépare plus des tissus voisins. Aussi, lorsque deux fibres ainsi privées de leur enveloppe entrent en contact-, elles fusionnent par leur sarcoplasma et il devient impossible d’établir leurs limites respectives. Les noyaux relativement peu multipliés siègent les uns à la surface, les autres dans l’épaisseur même de la fibre.
Gette disparition du sarcolemme entraînant les phénomènes de fusionnement et à' éparpillement ne paraît pas généralisé à toutes les fibres de ces faisceaux, mais limitée seulement à quelques-unes d’entre elles. Lorsque cette gaine persiste, le fusionnement des fibres fait défaut, mais l’hyperplasie du sareoplasma est marquée par une accentuation de la striation longitudinale et, sur les coupes transversales, par une exagération du champ de Cohnheim donnant aux sections des fibres un aspect granité très particulier.
2° En se rapprochant du néoplasme les altérations s’accusent davantage. Dans lés faisceaux- en atrophie marquée on rencontre des fibres atteintes de dégénérescences diverses, des fibres hypertrophiées et des fibres en atrophie simple.
a) Les fibres hypertrophiées sont peu abondantes relativement à cé que l’on observe dans les autres atrophies musculaires, mais peuvent atteindre des dimensions assez considérables (180 p.). Elles se montrent particulièrement lorsque l’hyperplasie conjonctive n’est pas très intense. Leur striation est généralement mal dessinée et leurs noyaux nombreux. On admet aujourd’hui qu’elles représentent le début de phénomènes atrophiques. Mais on peut se demander si elles dérivent d’une seule fibre dont le sareoplasma s’hyperplasie, ou si quelquesunes d’entre elles, au moins, ne pourraient pas résulter de la confluence de plusieurs éléments après disparition partielle de l’enveloppe de sarcolemme ainsi que nous l’avons vu plus haut.
b) Les fibres atrophiées sont tantôt isolées, tantôt disposées en groupes et intimement entremêlées avec un plus ou moins grand nombre de fibres saines.
Elles sont en voie d’ atrophie simple. Amincies, souvent irrégulières, dans leur contour, elles conservent leur striation intacte ou pré-
sentent un effacement de cette striation par suite de l’état finement grenu de leur sarcoplasma (tuméfaction trouble). Ce protoplasma est, au contraire, clair, transparent dans quelques éléments décolorés dont l’hémoglobine disparaît peu à peu.
Les noyaux sont le plus souvent fortement proliférés (Weber, Pick, Waldeyer, Sokolofî, Heidelberg, Schaeffer). Avant leur multiplication, ils augmentent de volume, s’allongent, puis se divisent par segmentation directe (Schaeffer) en noyaux plus petits, se colorant fortement, mais ne mesurant que 2 à 3 j* au lieu de 7 à 10 p. qui est leur longueur normale. Chaque noyau primitif pourrait produire de deux à quarante noyaux de nouvelle formation (Schaeffer). Ces noyaux se disposent soit en chaînettes, soit en amas, aussi bien à la surface de la fibre que dans son épaisseur. Cette multiplication est parfdls si abondante que Schaeffer a pu en compter jusqu’à quarante-quatre sur la section transversale de certaines fibres.
Autour de ces noyaux le sarcoplasma tend à s’organiser et donne naissance à des cellules musculaires qui, les unes s’exfolient dans le tissu conjonctif (Krôsing), les autres restent incluses dans la gaine • de sareolemme ou tout au moins dans l’espace conjonctif qu’occupait l’ancienne fibre.
L’enveloppe de sareolemme persiste sur un grand nombre de ces éléments ; tantôt il en suit, au fur et à mesure, la diminution de volume, tantôt il demeure adhérent aux tissus voisins, de sorte qu’il se forme une cavité entre la substance contractile atrophiée et son enveloppe trop large (Cruveilhier, Rindfleisch). Toutefois, dans ces conditions, on peut se demander si l’on n’a pas confondu avec le sareolemme proprement dit ou membrane propre sécrétée par le sarcoplasma à la surface de la fibre, les éléments les plus voisins du tissu conjonctif qui constituent en quelque sorte une mince enveloppe adventice différente dé la précédente.
L’atrophie ne s’effectue pas régulièrement sur toute la longueur des fibres. Elle ne se produit qu ’au niveau des points comprimés; audessus et au-dessous les fibres reprennent leurs dimensions normales. Au niveau de la compression, certains éléments conservent plus longtemps que d’autres des dimensions presque normales, et sur une même fibre, certains segments sont plus atrophiés que d’autres, d’où la formation de points renflés et de points rétrécis, donnant parfois à 1 élément, dans son ensemble, un aspect irrégulièrement moniliforme.
Sur plusieurs fibres en voie d’atrophie par compression nous avons constaté des phénomènes de division et de subdivision longitudinales
ATROPHIE PAR COMPRESSION
identiques à ceux que l’on rencontre dans les amyotrophies myopathiques. Ils paraissent s’effectuer au niveau des traînées de noyaux et entraînent la formation de fibres grêles.
c ) A côté de ces éléments en voie d’atrophie simple, par régression cellulaire, d’autres sont atteints de dégénérescences diverses.
Tous les degrés peuvent s’observer entre la dégénérescence cireuse la plus classique et l’aspect simplement homogène de la fibre qui perd sa striation et devient homogène avec reflets hyalins sans se fragmenter en blocs.
La dégénérescence graisseuse est plus fréquente que la désintégration granuleuse qui n’existe que rarement autour des néoplasmes et se voit surtout dans le voisinage des tumeurs inflammatoires.
On rencontre fréquemment des fibres transformées en pinceau de fibrilles (Schæffer). Cette transformation en pinceau semble provenir, dans certains cas, d’une liquéfaction du protoplasma, mettant en liberté les éléments striés. Elle n’est alors qu’une variété de désintégration granuleuse indiquant une mortification profonde de l’élément contractile. Plus souvent, elle paraît résulter d’une exubérance du sarcoplasma, séparant, dissociant les fibrilles qui s’isolent par fissuration ; phénomène analogue à celui régissant la division dichotomique, mais qui serait ici poussé à ses dernières limites.
h’ atrophie pigmentaire peut apparaître dans des fibres encore relativement bien conservées sous forme d’amas de grains de pigment jaune envahissant le sarcoplasma au pourtour des noyaux. La striation disparaît, le protoplasma devient granuleux d’abord, puis clair et transparent par perte de l’hémoglobine, ce qui fait mieux encore ressortir le pigment pathologique. La fibre, complètement dégénérée, s’atrophie enfin peu à peu et ne laisse plus dans la gaine de sarcolemme, comme trace de son existence, que des grains de pigment et des noyaux souvent eux-mêmes en voie de dégénérescence.
Schæffer a signalé des noyaux hypertrophiques devenant extrêmement volumineux, se colorant mal, parfois arrondis et. très réfringents, qui semblent atteints d’une sorte de dégénérescence cireuse et qui ne tardent pas à disparaître par résorption. La fibre qui les porte s’altère également et subit, le plus souvent, la dégénérescence de Zenker.
Les vacuoles ne sont pas exceptionnelles au voisinage de tumeurs, tant dans les fibres hypertrophiées que dans les atrophiées et les dégénérées (Schultz, Lind, Schæffer). Elles se développent dans le sarcoplasma sous forme de vésicules siégeant soit à la périphérie, soit
CORNIL ET RANVIER. —
anatomie pathologique du muscle
au centre de l’élément. En se multipliant et en s’accroissant, elles s’insinuent entre les fibrilles et peuvent former de petits canaux intercommunicants (voir Dégénérescence vacuolaire ). Elles paraissent être dues à une imbibition séreuse (Martini) qu’expliqueraient les troubles circulatoires causés par la compression. Les fibres ainsi altérées se colorent irrégulièrement et présentent des taches opaques qui seraient le premier signe d’une vacuolisation prochaine.
3° Dans les faisceaux les plus rapprochés de la tumeur , lorsque la compression a duré un temps suffisant, la plupart des fibres musculaires ont disparu. Au milieu des éléments conjonctifs on ne rencontre plus que quelques fibres très atrophiées , souvent réunies en petits faisceaux, tassées les unes contre les autres et présentant des signes de régression cellulaire. Leurs noyaux sont plus souvent centraux que périphériques. La plupart de ces fibres ont perdu leur forme cylindrique. Les plus longues, étranglées par places, renflées ailleurs, sont devenues moniliformes ; les plus courtes, terminées par des pointes effilées souvent bifurquées, prennent l’aspect de corps fusiformes encore striés et contenant un, rarement plusieurs noyaux dans leur portion renflée. Enfin, il existe de minces languettes de substance musculaire striée privées de noyaux, que l’on voit, parfois, adhérer par une de leurs extrémités à un corps fusiforme, comme si celui-ci éliminait par exfoliation une partie de sa substance propre.
Ces corps fusiformes sont tantôt isolés, tantôt, au contraire, imbriqués les uns près des autres. Ailleurs, disposés bout à bout, ils adhèrent encore les uns aux autres par leurs extrémités. Ils représentent alors, en somme, une longue fibre moniîiforme qui, par ruptures au niveau des points étranglés, va se diviser en cellules distinctes.
Le sort ultérieur de ces cellules musculaires paraît être variable. Les segments exfoliés, sans noyaux, semblent disparaître complètement dans le tissu voisin. Quelques cellules fusiformes sont distendues incomplètement par une grosse gouttelette de graisse. Mais cette transformation adipeuse, si abondante dans les myopathies primitives, est exceptionnelle dans l’atrophie par compression. D’autres, conservant leur noyau, prennent peu à peu toutes les réactions colorantes du tissu fibreux, leur striation légère disparaît et leur noyau ovalaire permet seul alors de les distinguer des travées fibreuses entre lesquelles elles sont placées. Ce noyau s’atrophiant à son tour, il devient dès lors absolument impossible de savoir si l’on a affaire à une bandelette conjonctive ou à un ancien corpuscule musculaire modifié.
ÉPITHÉLIOMA DES MUSCLES
En présence de ces modifications, il n’est pas invraisemblable d’admettre que la cellule musculaire contribue , au moins en partie , à V édification de la coque fibreuse qui enkyste certaines tumeurs intramusculaires.
En résumé, dans le muscle en voie d’atrophie par compression, les fibres au voisinage d’une tumeur enkystée disparaissent les unes par dégénérescence (cireuse, graisseuse, pigmentaire), les autres par atrophie simple. Celle-ci est marquée par tous les stades de la régression cellulaire (voir ce mot, p. 97). Finalement la fibre, arrivée à un certain degré d’atrophie, s’étrangle entre ses noyaux, devient moniliforme, se sépare au niveau de ses points rétrécis en cellules fusiformes qui perdent leur striation, prennent un aspect purement protoplasmatique et se confondent bientôt avec le tissu conjonctif dans lequel elles sont plongées.
La description qui précède s’applique aux muscles avoisinant une tumeur nettement limitée et agissant surtout mécaniquement sur les faisceaux striés qui l’environnent.
Lorsque la tumeur est envahissante , que ses limites sont mal fixées, les cellules néoplasiques s’infiltrent dans le muscle sur une certaine épaisseur, agissent individuellement sur les fibres striées qui réagissent de leur côté en montrant une prolifération de leurs corpuscules musculaires que tous les auteurs ont signalée depuis Schrôder van der Kolk, Neumann, Weber, Fôrster, etc., etc.
Le mode d’envahissement et la réaction musculaire variant suivant la variété des éléments néoplasiques, nous aurons à les étudier à propos de chaque tumeur en particulier. Nous insisterons spécialement sur ce point à l’occasion du sarcome et de l’épithélioma dans lesquels les fibres musculaires présentent les modifications les plus caractéristiques.
IL — Épithélioma des muscles.
L’épithélioma des muscles est toujours secondaire. Il résulte soit d’une métastase provenant d’une tumeur éloignée, soit, plus souvent, de la propagation directe d’un carcinome développé dans le voisinage.
Toutes les variétés de tumeurs épithéliales peuvent donc s’yobserver, depuis le cancer encéphaloïde le plus mou jusqu’au squirrhe le plus consistant.
420 anatomie pathologique du muscle
Les cancers métastatiques se montrent sous forme de noyaux plus ou moins volumineux, les cancers par propagation sous forme de traînées grisâtres; mais dans les deux cas les limites en sont diffuses, le néoplasme s’étendant par infiltration progressive, et les fibres musculaires venant se perdre au milieu du tissu pathologique.
Les coupes doivent porter au delà de la zone d’envahissement, au niveau de cette zone d’envahissement et au dedans de cette zone.
1° Au delà des points envahis par les bourgeons épithéliaux les plus excentriques, dans les faisceaux où n’existe, encore aucune trace de néoplasme, on observe déjà une augmentation du tissu conjonctif interfasciculaire qui isole les fibres musculaires les unes des autres. Celles-ci présentent constamment une multiplication de leurs noyaux, qui est, en général, plus marquée au voisinage des cancers qu’au voisinage des sarcomes, et s’opère par division directe. Ces noyaux peuvent, du reste, se disposer soit en séries linéaires, soit en amas irréguliers, à la surface ou dans l’épaisseur des fibres.
Les fibres musculaires sont de volume normal ou, plus souvent, envoie d’atrophie par compression; un certain nombre ont perdu leur striation et présentent les caractères de la tuméfaction trouble ; enfin, on y rencontre souvent des vacuoles d’autant plus abondantes que l’on se rapproche davantage du néoplasme.
2° Lorsque les coupes portent au milieu d’un noyau épilhéliomateux , on ne retrouve plus ou peu de fibres musculaires. Celles qui persistent sont atrophiées ou en dégénérescences diverses dont la plus fréquente est la dégénérescenc e vacuolaire qui prépare ou accompagne l’envahissement carcinomateux de la gaine de sarcolemme. Les éléments néoplasiques affectent souvent une disposition assez caractéristique. Sur les coupes longitudinales, ils dessinent de longs boyaux parallèles à la direction des faisceaux, tandis que, sur les coupes transversales, ils se présentent sous la forme de petits amas arrondis rappelant l’aspect d’une glande acineuse. Cette topographie, assez particulière dans le cancer musculaire, relève du mode même de propagation de la tumeur dont les cellules, ainsi que nous allons le voir, tendent à se substituer à la substance striée détruite et à se propager dans l’intérieur même des gaines de sarcolemme.
3° L étude des coupes au niveau de la zone d’envahissement permet d étudier les différentes phases de cette substitution.
Tandis que le sarcome musculaire progresse le long des vaisseaux sanguins, en respectant les voies lymphatiques (voir Sarcome musculaire), et qu’il ne pénètre que rarement à l’intérieur des gaines de
Fig. 86. — Épithélioma du sein. — Envahissement Coupe transversale du biceps. — Grossissement de Vue d’ensemble des faisceaux complètement envahis par l’épithéli toute la partie inférieure de la figure. — En haut et à gauche,
sposition générale du
muscle est conservée, les fibres sont remplacées par des amas épithéliaux n. e, n. c. Le tissu conjonctif est épaissi. — Lorsque la répartition dans les gaines est régulière, là coupe transversale du muscle donne l’aspect d’une glande.
Aussi l’envahissement des gaines précède-t-il fréquemment l’envahissement du tissu conjonctif, et n’est-il pas rare, à la périphérie de la zone d’envahissement, de constater des bourgeons intra-sarcolemmiques en des points où n’existe encore aucune infiltration cancéreuse interstitielle.
ÉPITHÉLIOMA DES MUSCLES 421
sarcolemme, ne détruisant les fibres musculaires qu’à distance, que par compression, 1 ’ épithélioma, au contraire, se propage le long des espaces lymphatiques, et surtout dans l’intérieur des gaines de sarcolemme, après disparition de la substance striée. Ces gaines vides, déshabitées en partie, lui offrent une voie facile, toute frayée, dans laquelle ses bourgeons progresseront sans, pour ainsi dire, rencontrer d’obstacle.
Cet envahissement des gaines par les éléments épithéliaux qui se substituent aux éléments contractiles a fait supposer à différents auteurs, comme Weber, Schrœder van der Kolk, Neumann, Poppers, Fôrster, Karpowitsch, Bardeleben, Lebert, Weil, que les cellules musculaires se transformaient en cellules cancéreuses. Cette opinion a été combattue par Henle, Sick, Waldeyer, plus récemment par Schaeffer et Christiani. Volkmann a montré que le sarcolemme, ouvert en un point, laissait pénétrer dans son intérieur les cellules néoplasiques voisines qui viennent détruire, comme par phagocytose, les cellules musculaires et s’y substituer. L’hypothèse d’une transformation des cellules musculaires en éléments épithéliaux, absolument contraire à ce que l’ensemble de l’anatomie pathologique nous enseigne sur la spécificité cellulaire, est aujourd’hui abandonnée. Si la question pouvait se poser à propos du sarcome où, du reste,, elle a été résolue par la négative, on ne saurait en concevoir la possibilité dans une tumeur épithéliale.
L’examen d’un fragment prélevé dans la zone d’envahissement donne la clef du mécanisme de cette substitution.
Sur une coupe longitudinale (voir fig. 87), les fibres musculaires sont séparées par un tissu interstitiel dans lequel rampent des bourgeons cancéreux qui se disposent sous forme de longs boyaux de cellules néoplasiques tassées les unes contre les autres. A côté de ces boyaux siégeant dans les espaces lymphatiques, d’autres, situés dans le prolongement direct de fibres musculaires, sont contenus à l’intérieur même des gaines de sarcolemme, remplaçant des fibres brusquement interrompues et détruites sur une certaine étendue.
Lorsque l’on suit une de ces gaines sur une longueur suffisante, on retrouve, à une certaine distance, une fibre musculaire encore nettement striée, mais présentant déjà une notable augmentation de ses noyaux. A mesure que l’on se rapproche du bourgeon néoplasique, ces noyaux tendent à augmenter de plus en plus, tandis que la striation s’efface. Souvent existe, sur une certaine étendue, une dégénérescence cireuse. Mais plus fréquemment, il se produit des fissures, des vacuoles claires plus ou moins nombreuses dans l’épaisseur de la substance striée, vacuoles qui, parfois, se ramifient sur une assez grande hauteur. Dans ces vacuoles, on peut rencontrer des noyaux musculaires entourés de sarcoplasma formant ainsi des cellules arrondies, polygonales ou fusiformes, qu’il ne faudrait pas prendre pour des éléments néoplasiques.
L extrémité du bourgeon cancéreux et celle de la fibre musculaire interrompue ne sont pas en contact immédiat. Elles sont générale-
ÉPIYHÉLIOMA DES MUSCLES 423
ment séparées par un espace vide ou renfermant des cellules musculaires.
Les cellules musculaires et néoplasiques s’entremêlant, ici, parfois très intimement, on comprend que certains auteurs aient pu croire à la transformation des unes dans les autres. Toutefois, les cellules musculaires, jusqu’au moment où elles entrent en dégénérescence, demeurent, en général, facilement reconnaissables, grâce à leurs élections colorantes et à la forme de leurs noyaux.
Fig. 87. — Coupe longitudinale d’un épithélioma du grand pectoral secondaire
à un cancer du sein (Durante).
Zone d’envahissement. — Grossissement de 150 diamètres.
Cette coupe montre la substitution des éléments néoplasiques à la substance contractile dans l’intérieur des gaines de sarcolemme.
fl, æ', fl", gaines de sarcolemme envahies par le néoplasme et transformées en boyaux de cellules épithéliales. Entre ces boyaux, on voit des fibres musculaires atrophiées par compression, et dont les noyaux sont augmentés de nombre; b, gaine de sarcolemme envahie partiellement. En c, on retrouve la fibre musculaire qui disparaît progressivement devant les cellules néoplasiques. A ce niveau, il y a disparition brusque du muscle sans aucune forme de passage entre les cellules épithéliales et les éléments musculaires.
Les extrémités en regard de la fibre et du bourgeon cancéreux affectent le plus souvent la forme d’un cône aplati; ou bien sont taillées en biseau, le débris de l’élément contractile persistant d’un côté entre le sarcolemme et les cellules néoplasiques, tandis que celles-ci s’avancent de l’autre côté entre cette gaine et la substance striée. Ailleurs, lorsqu’une large vacuole vient s’ouvrir au milieu du cône terminal de la fibre striée, les cellules cancéreuses s’y engagent et constituent, ainsi, sur une certaine hauteur, une sorte de pivot central néoplasique entouré d’un manchon de myoplasma ou de cellules musculaires. Il est important d’avoir ces rapports divers présents à l’esprit, si l’on veut pouvoir interpréter facilement les figures que l’on observe dans les coupes transversales.
Fia. 88. — Épithélioma du sein. — Envahissement des muscles (Brault).
Coupe transversale du biceps. — Grossissement de 115 diamètres.
L’envahissement du muscle est assez irrégulier dans cette région. Le faisceau musculaire de gauche est intact, celui qui occupe le centre de la figure présente un grand nombre de fibres normales. D’autres, à côté, sont remplacées par des amas épithéliaux, cp. Le faisceau musculaire situé en haut et à droite de la figure est légèrement atteint. Les espaces conjonctifs interfasciculaires sont épaissis.
façon générale, les bourgeons néoplasiques qui se sont substitués à une fibre striée sont réguliers et demeurent indivis, tandis que ceux qui ont évolué au sein du tissu conjonctif, siégeant probablement dans d anciens vaisseaux ou espaces lymphatiques, se subdivisent et s’anastomosent fréquemment.
Les fibres musculaires qui ne sont pas encore envahies par
m ANATOMIE PATHOLOGIQUE DU MUSCLE
Lorsqu’on ne retrouve pas de fragments de substance musculaire à une de ses extrémités, il est difficile, sinon impossible, de savoir si tel boyau cancéreux siège dans une gaine de sarcolemme ou dans le tissu interstitiel, ces boyaux étant, dans les deux cas, parallèles à la direction générale des fibres. Toutefois, on peut dire que, d’une
ÉPITHÉLIOMA DES MUSCLES 425
des bourgeons cancéreux montrent une multiplication abondante de leurs noyaux qui se disposent en séries linéaires ou en amas et s’entourent, par places de sarcoplasma. Un grand nombre sont en voie à’ atrophie simple ou présentent une dégénérescence vacuolaire plus ou moins intense.
Ces vacuoles contiennent soit une sérosité transparente, soit des noyaux, soit des |
cellules musculaires f 'I
complètes. /|
Lorsqu’elle est V
poussée à un haut É $
degré, cette dégéné- prît,
rescence vacuolaire /
peut entraîner une t.e tfj
division irrégulière . 8$
de la fibre. Les figures qui en résul- /jpl,
lent se distinguent de la dégénérescence vitreuse en ce „ r „ ■ .
Fig. 89. — Coupe transversale d un epithelioma du grand pectora que les fragments secondaire à un cancer du sein (Durante).
Zone d’envabissement. — Grossissement de 150 diamètres.
conservent souvent
. . Les îlots plus foncés, formés de cellules polygonales, représentent
leur StriatiOn, ne des traînées néoplasiques qui se sont- substituées aux fibres
Dl'ésentent Das la musculaires. — Dans plusieurs fibres, cette substitution est
f t* encore incomplètemént effectuée.
réfringence spéciale a, fibre striée envahie latéralement par des cellules cancé¬
reuses. — b, fibre striée attaquée sur toute sa circonférence : de la transformation couronne de cellules cancéreuses entourant un cylindre plein
rii-Piicp Pt rlpmpii— strié‘ — c’ envahissement d’une fibre le long d’une vacuole
cusc cl llciiicu centrale: cylindre plein épithélial entouré d’une couronne de
rent souvent adhé- substance striée. — e, fibre musculaire conservée.
Les fibres musculaires conservées présentent une augmentarents les uns aux tion de leurs noyaux.
. . ... Une partie des noyaux disséminés dans le tissu interstitiel
autres par de petites épaissi sont d’origine musculaire. A gauche de la fibre d, par
pointes de sub- exemple, deux noyaux sont encore en rapport avec une mince
^ traînée striée.
stance musculaire.
Les dégénérescences graisseuse et cireuse sont relativement rares et paraissent relever moins de l’action du néoplasme lui-même que de l’état général du sujet ou d’infections locales secondaires.
Les coupes transversales (voir fig. 86, 88, 89, 90) se prêtent, peut-être mieux que les longitudinales, à l’étude des rapports des
bourgeons néoplasiques avec les divers éléments constituant les fibres
contractiles.
Ces bourgeons se présentent comme de petits îlots, arrondis et bien limités, de cellules épithéliales, îlots qui, lorsqu’ils sont nombreux, donnent à la coupe des muscles l’aspect d’un tissu glandulaire, ’ au milieu duquel on relève un plus ou moins grand nombre de fibres musculaires saines ou incomplètement envahies. Dans les points plus profondément altérés, entre ces îlots cancéreux
cheminent des traînées néoplasiques interstitielles, irrégulières de forme et de dimension, et s’anastomosant souvent entre elles.
Parmi les fibres musculaires conservées, un certain nombre ne paraissent qu’atrophiées, la plupart montrent des vacuoles. Leurs noyaux proliférés sont nus ou entourés d’une mince couche de sarcoplasma ; ils siègent soit sous le sarcolemme, soit dans l’épaisseur même de la fibre, soit, souvent, à l’intérieur des vacuoles; parfois ils se disposent en amas qui refoulent le myoplasma, et qu’il ne faudrait pas confondre avec des cellules néoplasiques.
, Entre l’îlot épithélial et la fibre musculaire, on rencontre tous les
Fig. 90. — Épithélioma du sein. — Noyau secondaire dans les muscles (biceps) (Brault).
Grossissement de 300 diamètres.
On voit les cellules épithéliales se substituer aux fibres musculaires sans provoquer de réaction bien vive. Les cellules de la tumeur occupent, ici, la partie centrale de la loge musculaire; la substance musulaire, très amincie, est réduite à l’état de bandelettes, de croissants nettement striés. Quelques fibres musculaires (m) sont intactes.
Le tissu fibreux est épaissi; le capillaire v coupé obliquement, légèreifient enflammé.
Sur la partie droite et inférieure de la figure, les cellules de la tumeur sont disposées dans la gaine sarcolemmique comme dans un cul-de-sac glandulaire.
ÉPITHÉLIOMA DES MUSCLES
intermédiaires et Ton peut suivre, mieux que sur les coupes longitudinales, les différentes phases de l’envahissement et de la destruction progressive de l’élément contractile par la cellule parasitaire qui s’y substitue.
C’est par une déchirure du sarcolemme, ainsi que Volkmann et Schaeffer ont pu le constater, que les cellules épithéliales pénètrent dans la cavité de cette gaine. Elles s’appliquent contre la substance striée, se creusent un nid à sa surface et la refoulent, ou plutôt la corrodent localement. Puis, proliférant sur place, tantôt elles s’étalent à la surface de la substance striée, tapissant la face interne du sarcolemme et donnant à la fibre l’aspect d’un acinus glandulaire qui, à son centre, renfermerait encore de la substance striée (voir fig. 89, 6); tantôt elles la dépriment, s’en coiffent, comme le glomérule de Malpighi se coiffe de la capsule de Bowman (voir fig. 89, a) ; tantôt, enfin, à la faveur de quelque vacuole, elles s’insinuent à l’intérieur même de la fibre et donnent ainsi naissance à une figure, inverse de la première, où le sarcolemme est tapissé d’une mince couronne de substance striée englobant plus ou moins complètement un amas central de cellules cancéreuses (voir fig. 89, c et fig. 90).
Il n’est pas toujours aisé d’établir avec certitude la nature de tous les noyaux que l’on rencontre dans les gaines de sarcolemme. Lorsque certaines cellules épithéliales deviennent ovalaires, perdent leurs contours, et que leur protoplasma prend un aspect homogène ainsi que cela s’observe parfois, leur ressemblance devient grande avec des cellules musculaires. Le diagnostic est encore plus épineux si les éléments ainsi altérés, au lieu de demeurer assez régulièrement disposés, forment de petits amas nucléaires qui en imposeront pour des noyaux musculaires proliférés. On comprend que certains auteurs aient pu interpréter ces faits comme des formes de passage entre l’élément cancéreux et l’élément musculaire alors qu’il ne s’agissait que de dégénérescence spéciale des cellules cancéreuses analogues à celles que l’on observe dans d’autres épithéliomas.
En s’appuyant sur les réactions colorantes, le volume des noyaux, leurs nucléoles, la pigmentation du sarcoplasma, on arrivera, cependant, le plus souvent à reconnaître la nature de ces éléments. En cas de doute les préparations colorées au picro-carmin, montées à la glycérine et étudiées à un faible grossissement, permettront souvent d’élucider cette question que laissait indécise la translucidité -trop grande des coupes au baume.
Le tissu interstitiel, épaissi, est chargé de nombreux noyaux.
Parmi ces noyaux, les uns sont conjonctifs, d autres néoplasiques, mais il en existe un certain nombre d’origine musculaire qui dérivent de cellules musculaires exfoliées ou représentent les derniers vertiges de fibres striées atrophiées par compression.