CANCER PRIMITIF DE LA PLÈVRE
On a publié, sous le nom de cancer primitif de^la plèvre, une foule d’observations des plus disparates : carcinome (Maurice Bloch [1], Meslay et Lorrain [2]), épithéliome à cellules cylindriques (Fossard [3]), sarcome (Régnault [4]), endothéliome (Frankel, IHofmokl, de Mattos), etc.
Au milieu de tous ces cas disparates, il est bien difficile de se faire une opinion précise. Il est probable qu’un certain nombre de ces tumeurs sont en réalité des tumeurs secondaires, dont la tumeur primitive a passé inaperçue. Il est si fréquent qu’une tumeur secondaire soit volumineuse et très visible, alors que le noyau originel est minuscule et se dissimule au sein d’un parenchyme normal d’apparence !
Il est possible, également que des épithéliomes cylindriques se propagent à la surface de la plèvre, en prenant pour origine les cellules des bronchioles sous-pleurales, et créent ainsi l’apparence d’unépithélioma primitif de la plèvre.
Il y a pourtant une forme de cancer qui paraît spéciale à la plèvre, qu’on retrouve sur les autres séreuses en général, et qui a été décrite pour la première fois par E. Wagner (5) sous le nom de cancer endothélial, puis par Péris sous le nom de pleuritis carcinosa, Sehottelius sous celui de lymphangitis carcinomatodes, Scbweninger sous celui de lymphangitis proliféra.
On trouvera dans un article de Rossier (6) un historique complet et une bonne observation de cette affection.
Au dire de ces auteurs, cette tumeur de la plèvre se distingue du
(1) Maurice Bloch, Cancer primitif de la plèvre. (Bull, de la Société anatomique de Paris, mars 1984, p. 242.)
(2) Meslay et Lorrain, Cancer primitif des deux plèvres. (Bull, de la Société anatomique, janvier 1903, p. 88.)
(3) Fossard, Pleurésie cancéreuse. (Bull, de la Société anatomique, 1899, p. 287.)
(4) Régnault, Sarcome primitif de la plèvre. (Bull, de la Société anatomique, 1889.)
(5) E. Wagner, Archiv der Heilkunde (Bd., XI).
(6) Rossier, Contribution à V étude du cancer primitif diffus de la plèvre. (Beitrdge sur palh. Anat., p. 103.)
BRONCHES ET POUMONS
carcinome par deux points importants : lorsqu’un carcinome gagne les vaisseaux lymphatiques, il les remplit peu à peu à la façon d’une masse d’injection, tandis que les endothéliums du vaisseau se comportent tout à fait passivement et n’offrent aucune trace de prolifération. D’autre part, le cancer commence en un point bien distinct de l’organe dans lequel il va se développer.
Au contraire, dans le cancer endothélial, les endothéliums prennent une part active à la prolifération, se modifient, deviennent peu à peu cylindriques et remplissent la lumière du vaisseau lymphatique. En outre, l’affection aurait, dès le début, tendance à se généraliser et commencerait partout à la fois ou du moins en une multitude de points. Elle ne se rapprocherait du carcinome que par l’ordonnance de ces cellules et sa malignité ou sa tendance à former des métastases. En outre, selon Schultz (1), la dégénérescence graisseuse des cellules se trouverait exceptionnellement dans le cancer endothélial qui, par contre, présenterait souvent des signes de dégénérescence hyaline.
Il y a lieu de se demander si ce cancer endothélial, cet endothéliome est bien réellement une tumeur et non une lésion inflammatoire. Cette réaction de l’endothélium des voies lymphatiques rappelle, en effet, de tous points ce qu’on observe dans les inflammationssubaiguës ou chroniques des séreuses, ou mieux des sinus des ganglions lymphatiques qu’on voit oblitérés par de volumineuses cellules globuleuses à noyau ovoïde souvent double qui ne sont autres que des cellules endothéliales desquamées.
EXAMEN CYTOLOGIQUE DES LIQUIDES PLEURAUX
L’examen cytologique des liquides de. l’organisme, préconisé par Widal et Ravaut, a été particulièrement appliqué à la plèvre (2), où il fournit comme ailleurs d’intéressants renseignements.
TECHNIQUE
Le liquide retiré par ponction exploratrice ou évacuatriee, est étudié histologiquement de la manière suivante : on prélève 15 à 20 cc. de liquide (on peut se contenter de 1 à 2 ce.) qu’il faut déflbriner soit
(1) Schultz, Arch.iv er Heilkunde Bd., XVII, 1876.
(2) Ravaut, Le diagnostic de la nature des épanchements séro-fibrineux de la plèvre. Cytodiugnoslic. (Thèse de Paris, 1901).
EXAMEN CYTOLOGIQUE DES LIQUIDES PLEURACX
immédiatement, soit après formation du coagulum fibrineux, suivant les commodités. La défibrination se fait en battant le liquide avec des perles de verre; on emploie de grosses perles, car les petites perles se laissent prendre dans le coagulum; elles sont préparées d’avance dans des flacons stérilisés. On agite environ un quart d’heure, quelquefois davantage, une heure même, et l’on finit par obtenir d’une part la fibrine que l’on enlève et d’autre part le liquide contenant en suspension les éléments cellulaires.
Le liquide, ainsi débarrassé de sa fibrine, est centrifugé. La centrifuçiation sera complète lorsqu’une goutte du liquide examiné entre lame et lamelle' ne contiendra plus d’éléments; on constatera alors au fond du tube la formation d’un culot qu’on peut décanter, soit en retournant le tube d’un seul coup, soit en aspirant le liquide* avec une pipette.
Le culot est étalé avec un fil de platine ou une pipette fermée, puis on sèche rapidement et on fixe.
La fixation est faite à l’aleool-éther pour les colorations à l’hématéine-éosine et au bleu de Unna et à la thionine; à la chaleur pour les préparations au triacide d’Ehrlich.
RÉSULTATS CYTOLOGIQUES. ...
La pleuro-tuberculose primitive est caractérisée. pendant toute la durée de son évolution par la présence presque exclusive de petits lymphocytes très confluents, toujours mêlés à un nombre plus ou moins considérable de globules rouges.
La pleuro-tuberculose secondaire a une formule différente.
Dans la plupart des cas, les éléments cellulaires sont en petit nombre et, pour la plupart, très altérés : ils sont irréguliers, à contours déchiquetés, remplis de vacuoles et de granulations réfringentes qui deviennent noires par l’acide osmique. On distingue des globules rouges en petit nombre, de grosses masses amorphes peu nombreuses qui représentent des lymphocytes altérés, et surtout des polynucléaires vieillis, déformés, dont le noyau est très estompé : beaucoup de ces derniers ne se reconnaissent que par la présence de granulations neutrophiles. Quand cette pleurésie évolue vers la guérison, sa formule devient identique à celle de la pleuro-tuberculose primitive.
Pleurésies des brightiques et des cardiaques. — Les éléments caraceristiques de ces variétés de pleurésies sont les cellules endothéliales.
BRONCHES ET POUMONS
« Elles forment des placards résultant du groupement de 8 à 10 cellules, desquamées en lambeau de la plèvre, se présentant sous l’aspect d’une masse à contour polycyclique, dont chaque élément se reconnaît par son noyau, mais dont les limites sont indiscernables. Si elles ne forment pas de placards, on les retrouve soudées deux par deux, présentant une sorte d’étranglement au niveau de leur point d’union. Àu fur et à mesure que l’épanchement vieillit, ces éléments diminuent de nombre et sont encadrés par de nombreux lymphocytes. En même temps qu’elles diminuent de nombre, ces cellules deviennent hydropiques, se fïétris-sent et se séparent; elles sont mortifiées.
Les congestions pulmonaires et les infarctus modifient la formule de ces épanchements en y amenant des polynucléaires en abondance, sans pour cela que le liquide devienne purulent.
Les pleurésies à évolution aiguë, telles que les pleurésies pneumococciques, sont à polynucléaires.
Éosinophilie pleurale. — L’éosinophilie pleurale n’est pas d’une très grande fréquence. Ravaut en signale 4 cas sur 112 pleurésies séro-fibrineuses. On les observe dans des conditions extrêmement variables ; pleurésie contemporaine de la roséole syphilitique, au cours de la fièvre typhoïde, de la tuberculose pulmonaire, etc., enfin, on a pu l’observer dans des cas où le diagnostic étiologique fut impossible (Ravaut, Achard et Louis Ramond [1]).
Les épanchements pleurétiques à éosinophiles sont habituellement peu abondants (2), souvent hémorragiques et doués d’une grande toxicité qui s’atténue rapidement. Il y a pourtant des exceptions à ces règles générales. L’éosinophilie locale de la plèvre n’est nullement eh rapport avec une éosinophilie sanguine.
Dans le cas de pleurésie syphilitique (Ravaut), un premier examen montra dans l’épanchement de grandes cellules endothéliales soudées et isolées, quelques polynucléaires et de grands mononucléaires éosinophiles. Un deuxième examen pratiqué deux jours après donnait :
Cellules endothéliales . . . ... 35
Lymphocytes . 22
Grands mononucléaires éosinophiles.. 37 — — neutrophiles . 6
(1) Achard et Louis Ramond, Éosinophilie pleurale. {Bull, de la Société médicale des hôpitaux, séance du 5 nov. 1909, p. 483.)
(2) E. Buknet V éosinovhilie pleurale. (Thèse de Paris, 26 mai 1904.)
EXAMEN CYTOLOGIQUE DES LIQUIDES PLEURAUX 295
L’examen du sang donnait :
Globules rouges . 3.900.000
— blancs . 5.500
Polynucléaires neutrophiles . 62
— éosinophiles . . 5,6
Mononucléaires . .' . . . . 25
Lymphocytes . . 7,4
Cet épanchement à mononucléaires éosinophiles, véritables myélocytes, est réellement un fait curieux et exceptionnel. Dans toutes les autres variétés d’ésinophilie pleurale, on trouvait des polynucléaires ésinophiles — comme dans la formule suivante où il s’agissait d’une pleurésie hémorragique chez un tuberculeux.
Polynucléaires éosinophiles . 54
— neutrophiles . 6
Lymphocytes... . , . 40
Le cas d’Achard et Louis Ramond apparu au cours d’une cardiopathie avait trait à un épanchement abondant (ponction de 1,800 cc.), non hémorragique et peu toxique.
Il s’éleva au chiffré de 70 0/0 éosinophiles; la préparation fourmillait de grains éosinophiles provenant de cellules éclatées. Au moment de cette éosinophilie considérable, la formule était la suivante :
Polynucléaires. . 7
Mononucléaires.... . 9
Lymphocytes . 14
Éosinophiles . 70
Au début la formule était la suivante :
Cellules endothéliales (en placards) - 86,7
Polynucléaires . . . 0,3
Mononucléaires . . 0
Lymphocytes . 6
Éosinophiles . 7