II. — Il existe une dégénérescence intense du sang
A quel symptôme pouvons-nous reconnaître la dégénérescence du sang? Est-ce à la chute progressive, anormalement rapide et intense du taux hématimétrique et hémochromométrique, aux altérations des globules rouges?
Oui évidemment, mais, de ces faits, les uns peuvent être liés aune altération directe du sang, les autres à un vice de formation de ses éléments.
Certaines manifestations seront pour nous des indices de véritable dégénérescence, si l'on entend par là, sinon une altération profonde de la moelle, au moins une déviation de ses processus réactionnels.
C'est par exemple la production d'hématies mal conformées, à résistance amoindrie, les unes naines, les autres géantes, d'aspect bizarre, pâles, renfermant un granule central cristallinien et très acidophile (Ehrlich).
C'est l'apparition d'éléments venant de la moelle des os et qui ne rentrent pas dans le plan histologique du tissu myéloïde normal et dont nous reparlerons à propos de l'anémie pernicieuse (raégaloblas.tes). C'est encore la disjonction entre la poussée d'hématies nucléées et l'apparition de la polynucléose. Les hématies nucléées émigrent, l'essor des polynucléaires est arrêté.
Mais il s'agit là de signes de présomption dont la valeur significative n'est pas absolue.
Modifications de la moelle osseuse.
CONSIDÉHATIONS GÉNÉRALES.
Le sort de la moelle osseuse est variable au cours des états infectieux. Tantôt elle est le seul territoire envahi, tantôt elle ne reçoit que le contre-coup d'une infection localisée à distance ou primitivement généralisée.
Étant donné l'objet de cet article, je mettrai tout à fait à l'arrièreplan l'étude de la moelle envisagée dans la première condition, celle où elle est le lieu d'infection primordial. De tels faits ressortissent d'emblée à l'étude de l'ostéomyélite.
Nous nous occuperons essentiellement des modifications subies par la moelle, soit au cours des septicémies, soit au cours des infections localisées à distance de la moelle osseuse.
a. Il existe une infection circonscrite à une région autre que la moelle osseuse.
Dans cette circonstance, la moelle osseuse est influencée par les produits solubles découlant du foyer d'infection (Uoger, Josué),
mais elle n'a pas toujours à se défendre contrôla colonisation microbienne.
b. Il existe un état septicéniique primitif ou secondaire. La moelle osseuse est irritée par les produits toxiques d'origine bactérienne. De plus, ainsi que tous les autres organes, elle est exposée à subir la colonisation microbienne.
Quelle que soit la marche de l'infection, la modalité anatomopaihologique du tissu médullaire sera la résultante de deux processus différents dont Roger et Josué, entre autres auteurs, ont nettement marqué l'apparition. C'est :
1" La réaction ;
2" La sidération.
La réaction de la moelle osseuse, se caractérisera par la prolifération et la suractivité fonctionnelle de ses éléments constituants qui se multiplieront et répondront par une hypergénèse parfois colossale à l'effort destructif des agents pathogènes.
La sidération, c'est l'incapacité à entrer en lutte efficace, et la conséquence de cette inaptitude à la défense, c'est la nécrose cellulaire, puis l'effondrement du tissu normal.
Ainsi se révèlent des états anatomo-pathologiques différents de la moelle auxquels nous opposerons les modifications contemporaines du milieu sanguin. Étant donnée l'importance des recherches expérimentales en pareil cas, nous étudierons d'abord les modifications expérimentales de la moelle du lapin au cours des états toxi-infectieux, étude à laquelle succédera celle de la moelle osseuse humaine envisagée dans les mêmes conditions.
A. — Étude de la moelle osseuse au cours des infections