CHAPITRE PREMIER CELLULES NERVEUSES
Pendant une première période, caractérisée principalement par les travaux de Meynert, de Lockhart Glarke, de Charcot, Vulpian et leurs élèves, les lésions des cellules nerveuses furent étudiées à l'aide des méthodes générales employées pour l'analyse histo-pathologique des autres tissus (fixation lente parles sels de chrome; colorations parles carmins et les hématoxylines). A cette époque, les principaux types anatomiques, admis par tous les auteurs, correspondaient à des altérations relativement grossières, depuis les simples changements de volume et de forme jusqu'aux dégénérescences et atrophies massives; il nous suffira de rappeler la classification de Meynert, proposée en 1868, et depuis conservée, à quelques variantes près.
Depuis dix ans, l'histologie pathologique des cellules nerveuses est entrée dans une période nouvelle. Les travaux de Fr. Nissl ont heaucoup contribué à remettre en honneur ces études de pathologie cellulaire qui avaient été, par suite de l'insuffisance des techniques, longtemps délaissées pour les recherches relatives aux lésions des faisceaux blancs de la moelle et du cerveau. A l'aide de sa méthode, à l'aide de ses études expérimentales poursuivies sur les intoxications aiguës, subaiguës ou chroniques, Fr. Nissl montra la possibilité d'étudier, à côté des lésions cellulaires massives signalées par les premiers observateurs, d'autres altérations plus fines, souvent superficielles et curables, altérations capables de vicier le fonctionnement de l'élément atteint, sans le détruire dans sa totalité. Après Nissl, des travaux extrêmement nombreux furent publiés de tous côtés, dans le but
d'établir la spécificité des lésions des cellules nerveuses, soit en pathologie expérimentale, dans la plupart des intoxications et maladies infectieuses, soit en pathologie humaine, dans les affections générales, aiguës ou subaiguës, à phénomènes nerveux encore dépourvus d'un substratum anatomique précis.
Les résultats définitivement acquis ne répondent que de loin aux espérances premières. Sans doute, un progrès a été réalisé qui consiste : d'une part, dans la connaissance des modifications de la substance chromatique, et dans celle de leurs principales circonstances étiologiques; d'autre part, dans l'acquisition de notions nouvelles relatives à l'état du noyau et du nucléole. Mais il faut reconnaître en même temps que ces résultats restent très incomplets. Ainsi, les auteurs ne sont pas d'accord sur la valeur physiologique de la substance chromatique, encore moins sur les causes pathogéniques réelles des changements qu'elle subit, ou sur la signification exacte de ces changements. En outre, cette substance chromalique, l'une des deux parties constituantes de la cellule nerveuse, est seule colorée par la méthode de Nissl, tandis que l'autre partie, appelée substance achromatique ou masse principale, échappe complètement à son action; il en résulte que la méthode de INissl, appliquée aux recherches d'histologie pathologique, n'a guère permis d'étudier que les lésions de la substance chromatique, et qu'elle a laissé de côté celles de l'autre substance, dont le rôle, fondamental en physiologie, doit l'être également en pathologie. Enfin, l'étude du noyau et du nucléole est à peine ébauchée.
Malgré toutes ces incertitudes et ces lacunes, les notions nouvelles relatives à l'histologie pathologique des cellules nerveuses méritent d'être longuement exposées. Sans doute, elles ne tarderont guère à subir bien des changements; surtout, elles devront être complétées et précisées sur plusieurs points importants; parmi tant de formules cellulaires, un peu hâtivement établies, beaucoup seront oubliées ou devront être modifiées. Mais, considérées dans leur ensemble, elles marquent un pas en avant dans l'étude des lésions fines des cellules du système nerveux central ; et à ce litre, elles méritent d'être exposées avec certains développements.
Nous étudierons successivement :
I. Les lésions élémentaires, c'est-à-dire toutes les modifications, morphologiques ou structurales, capables d'atteindre l'une des parties
constituantes de la cellule (substance chromatique et substance achromatique; prolongements et pigment; noyau et nucléole).
II. Les principales formes anatomiques. — Les lésions élémentaires précédentes peuvent se grouper de diverses façons pour réaliser des aspects cellulaires, dont les principaux constituent autant de Formes anatomiques, susceptibles de caractériser plus spécialement certains états morbides du cerveau ou de la moelle.
III. Les principales circonstances étiologiques, qui se trouvent réalisées chez l'animal, par l'expérimentation ; chez l'homme, par la pathologie.
IV. La signification et la valeur générales de toutes ces lésions.