‹ Manuel d'hygiène dentaire à l'usage de toutes les classes et de toutes les professionsChapitre 52 sur 118 · LES BASSES · texte numérisé non relu

LES BASSES

La basse vient immédiatement après le ténor j les artistes chargés de remplir ce rôle, sont sujets à des affections dentaires qui ont des caractères, des symptômes particuliers. Les efforts qu’ils sont obligés de faire pour donner les notes voulues, réagissent sur le larynx et sur les amygdales où l’enflammation ne tarde pas à se déclarer : les gencives échappent rarement à cette première atteinte, et les chanteurs qui se livrent à des études trop prolongées voient bientôt leurs dents jaunir, se couvrir de tartre, ou devenir vacillantes comme dans les cas de scorbut.

Il y a deux ans, je reçus chez moi une basse chantante d’un des grands théâtre d’Italie : cet artiste célèbre souffrait depuis six mois d’un mai de dents si violent, qu’il fut contraint de suspendre ses représentations. Je commençai par lui prescrire un repos absolu, lui rccom-

mandant de ne pas chanter même dans les salons. Je nettoyai plusieurs fois ses dents une à une; j’ordonnai ensuite les gargarismes, les lotions, et dans un mois l’artiste parfaitement guéri, repartait pour l’Italie, sans avoir perdu une dent. Les basses atteintes d’odontalgies, doivent s’interdire tout travail jusqu’à parfaite guérison, et user des mêmes remèdes que j’ai prescrits aux ténors.

LES PRIBIA-DONA,

Les chanteuses sont encore plus exposées que les chanteurs aux lésions des organes dentaires, parce que la sensibilité, l’irritabilité étant développées chez la femme à un plus haut degré que chez l’homme , elles sont plus impressionnables. D’ailleurs, leur tempérament plus faible résiste moins aux fatigues inconcevables de la carrière lyrique.

Les chanteuses souffrent beaucoup de laryngies, d’inflammations buccales, de paroxismes nerveux dans toute la région cérébrale. Leurs dents se carient de bonne heure, si elles ne prennent les précautions nécessaires pour arrêter les premières atteintes : des aphtes qui ressemblent aux excroissances scorbutiques dévastent leurs gencives, et j’ai donné mes soins à une prima-dona dont les dents étaient déchaussées jusqu’à la racine.

Je conseille aux chanteuses de prendre souvent des bains tièdes pour prévenir la surexcitation des nerfs, d’user de précautions générales pour la conservation des dents, telles que les lotions, les gargarismes, les émollients. Pour paraître en scène, il est d’usage que les chanteurs et les chanteuses se couvrent le visage d’une couche épaisse de fardj j’ai dit dans mes principes généraux d’hygiène dentaire, combien les parfums et surtout le fard sont préjudiciables aux dents. Je conseille aux prima-dona de se hâter d’enlever ces, couleurs factices, en rentrant dans la coulisse, sans donner le temps aux substances minérales dont elles se composent, de s’infiltrer dans les pores : elles doi-

vent aussi se servir modérément de parfums pour leurs cheveux et choisir les moins nuisibles, c’est-à-dire ceux qui ne renferment que des sucs extraits des végétaux.

ÏÆS COMÉDIENS JOUANT LA T3ÀGÉDIE ET LE BBAME.

Les artistes qui jouent îa tragédie et le drame s’étudient continuellement à devenir les parfaits organes des passions vraies ou fausses que les auteurs mettent en jeu. Il n’est pas difficile de voir et de se convaincre que, pour arriver à ce but, il faut une surexcitation, qui commence par être factice et finit le plus souvent par devenir réelle.

Les tragédiens ont besoin de se livrer à de longues et sérieuses études , dé réfléchir profondément pour se mettre dans l’esprit des rôles qu’ils jouent. Ce travail très pénible, joint aux

efforts qu’ils font continuellement pour arriver aux intonations convenables, détermine, dans toute la région cérébrale , une inflammation permanente, quelquefois une tension nerveuse dont l’effet immédiat est de déterminer des odontalgies aiguës, des aphtes, des tumeurs.

En général, les tragédiens sont sujets aux mêmes affections dentaires que les artistes lyriques parce que, comme chez les ténors, leur larynx, leurs poumons, sont continuellement en jeu. Les causes du mal étant les mêmes, je leur prescris les mêmes remèdes.

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