‹ Manuel d'hygiène dentaire à l'usage de toutes les classes et de toutes les professionsChapitre 8 sur 118 · DES EAUX · texte numérisé non relu

DES EAUX

On divise les eaux en trois classes : /

1 ° Eaux pluviales.

2° Eaux courantes.

3° Eaux stagnantes.

L'eau pluviale est légère, douce, limpide, parfaitement pure lorsqu’elle n’a pas été encore en contact avec les habitations et le sol. Les propriétés hygiéniques des eaux pluviales varient suivant les saisons de l’année. Dans le printemps elles purifient la bouche : dans l’été elles rafraîchissent les gencives ; en automne elles renferment très souvent des principes morbides ; en hiver, mélangées ordinairement avec la neige, elles prédisposent aux affections scorbutiques, aux fluxions, à la carie.

Les eaux courantes ou de fleuves, rivières et ruisseaux, sont une boisson très favorable, si on a le soin de les purifier toutes les fois qu’on le juge nécessaire : mais l'humidité qu’elles répandent dans l’atmosphère devient nuisible aux dents lorsqu’elle est trop intense, ce qui arrive

dans les endroits où se trouvent des cascades, des chutes d’eau.

Les eaux stagnantes ou de lacs, d’étangs, de marais sont pour les dents l’agent le plus funeste que je connaisse, et tout le monde sait que les marais doivent être regardés comme les localités les plus malsaines; les émanations, les exhalaisons, engendrent le goitre, les engorgements des glandes, toutes les affections scorbutiques. Je conseille aux personnes condamnées à habiter ces endroits pestilentiels, de fumer beaucoup, parce que la puissance corrosive de la fumée du tabac fortifie les gencives en les irritant, et les empêche de se tuméfier. Mon eau anti-scorbutique serait enco‘re un préservatif beaucoup plus certain.

Veau de mer ne peut servir â la boisson dë l’homme , parce qu’elle est d’une saveur âcre, âmèré et salée. Le voisinage de la mer et les voyages au long cours exercent sur tous nos organes des actions très remarquables qui ont été constatées par le témoignage des plus habiles médecins. Celte influence se fait principalement sentir sur l’organisation buccale i les marins et

les riverains de la mer sont presque tous atteints de maladies scorbutiques : leurs gencives son ordinairement saignantes ; des aphtes couvrent les parois de la bouche, leurs den^ se carient ou deviennent branlantes. Gela tient probablement aux émanations corrosives et délétères qui s’élèvent du sein de l’Océan, ôu peutêtre à l’usage des viandes salées > principale nourriture des marins. La fumée de la pipe, la mastication du tabac leur sont favorables. Je leur conseille de faire l’essai de mon eau antiscorbutique dont plusieurs marins ont éprouvé les salutaires effets.

Il y a trois ans, je vendis plusieurs flacons, à un capitaine qui partait pour un voyage autour du monde. A son retour au Hâvre, il m’écrivit la lettre suivante :

Monsieur,

« Pendant le long voyagé que je viens de faire, aux ordres du gouvernement, plusieurs hommes de mon équipage ont été atteints du scorbut. Je me suis souvenu que j’avais acheté quelques flacons de votre eau anti-scorbutique.

Je les ai distribués aux malades dont la guérison a été prompte et presque miraculeuse.

Etonné de cet effet si extraordinaire, je m’en suis servi par pure précaution, et je n’ai pas éprouvé la moindre atteinte scorbutique, quoi* que, pendant plusieurs mois, officiers et matelots aient été réduits à ne manger que des viandes salées. Croyez que j’éprouve un vrai plaisir à rendre ce sincère témoignage en faveur de votre utile invention.

« Agréez, Monsieur.

« Le Hâvre, 14 mai 1845.

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