GENRE SAGUE. — SPINAX, Bp
Corps allongé, couvert de scutclles semblables à des épines très fines.
Tête aplatie ; museau large ; bouche avec une entaille de chaque MoREAU. — Irhthyologie. 3
34 SPINÂCIDES.
côté ; dents dissemblables, elles sont, ù la mâchoire supérieure, verticales, cà plusieurs pointes, avec la pointe médiane plus longue, tranchantes à la mandibule.
Nageoires ; seconde dorsale plus développée que la première, armées Tune et l'autre d\m aiguillon creusé d'un sillon de chaque ôté.
LE SAGRE. — SPINAX NIGER, H. Cloquet.
Polss. France, t. I, p. 348, fig. 59, anim. N. vulg. : Morou, Bardoulin, Nice.
Long. : 0,25 à 0,50, Riss.
Le dos est assez arrondi, les flancs sont légèrement comprimés et le ventre est large; la hauteur du tronc est comprise de huit fois à neuf fois et demie dans la longueur totale. La peau est couverte de spinules simples, ressemblant à des poils, formant une espèce de velours. La tète est aplatie, large au niveau des é vents, échancrée dans la région interorbitaire ; le museau est aplati, large ; les lèvres sont noirâtres ; Tintérieur de la bouche est d'un violacé noirâtre ; les dents de la mâchoire supérieure ont une pointe médiane plus longue que les pointes latérales (1 à 3 de chaque côté) ; celles de la mandibule ont le bord tranchant, oblique ; avec une pointe tournée en dehors; l'œil est grand, ovale; les narines sont allongées, placées sous le bord antérieur du museau ; les évents sont ovales, un peu plus larges que longs. Les ouvertures branchiales sont assez petites, régulières. La première dorsale est moins développée que la seconde ; elle est placée entre les pectorales et les ventrales; elle est assez courte, assez basse; son bord postérieur est presque droit; Taiguillon est court, il est creusé d'un petit sillon de chaque côté; son bord antérieur est épais; la seconde dorsale est grande, son aiguillon est très allongé, aussi haut que la nageoire elle-même ; il est j^rofondément cannelé de chaque côté ; la caudale est longue et large, sa longueur mesure à peu près le quart de la longueur totale ; le tronçon de la queue est marqué d'un sillon en dessus et en dessous: les pectorales sont un peu plus longues que larges.
Le dos et les (lancs sont d'un ardoisé foncé, noirâtre, le
SPINACIDÉS. 3H
ventre est complèteiiienl noir; une bande d'un p,i-is ])lanchàtre s'étend le long des flancs. Le péritoine est très nuir. La muqueuse de l'ouverture du cloaque est noirâtre ainsi que celle des narines, des évents, des fentes branchiales.
Habitat. Méditerranée, Nice, pas très commun. Océan, Arcaclion, excessivement rare.
Le Sagre, dit Risso, ne parvient qu'au poids d'un kilogramme ; sa femelle dépose dans toutes les saisons de quinze à vingt petits aussitôt qu'ils ont atteint la dimension d'un décimètre. (Risso, Hist. nat.^ p. 134.)
Squale iVenfer. — Squalus infernus, Blainv., Fn. franc., p. 59.
Pois^. France, t. I, p. 346, Syn., de Acanthlas uyatiis, MLïll. et Henl.
Peut-être, écrivait de Blainville, à propos de son Squale d'enfer, est-ce cette espèce que M. Raflnesque a figurée dans ses caractères, etc., sous le nom de Squalus uyatus, quoiqu'il ne dise rien de la gueule noire et de la forme des dents. — C. Bonaparte n'a pas gardé la réserve que montrait de Blainville; il n'a pas hésité à considérer comme étant identiques le Sq. infernus, Blainv., et le Sq. uyatus, Rafm., deux espèces essentiellement distinctes ; le plus fâcheux c'est que l'opinion de Bonaparte ait été adoptée, sans contrôle, par Millier et Ilenle, ainsi que pour tous les ichthyologistes qui ont traité le même sujet jusqu'à ce jour ; il est temps de faire cesser une erreur qui se perpétue depuis une cinquantaine d'années. — Rien de plus facile que de fournir la démonstration que le Sq. infernuSy Blainv., n'est pas l'A. uyatus, Miill. et Henl., mais bien un Spinax nigery et cela en se bornant à reprendre les caractères spécifiques indiqués par de Blainville dans la description de son Squale d'enfer : dents très différentes de celles de l'Aiguillât; les supérieures... formées d'une pointe droite, étroite, aiguë... assez longue et d'une petite pointe accessoire de chaque côté. Les inférieures à peu près conformées comme dans l'Acanthias... Narines encore plus terminales et plus marginales que dans l'Aiguillât (et par conséquent beaucoup plus rapprochées du pourtour du museau que dans le Squale de Rafinesque). Dorsales armées chacune d'un aiguillon cannelé de chaque côté. — C'est de Blainville qui le premier a signalé la cannelure des aiguillons. — En résumé, les caractères, tirés de la forme des dents supérieures, à plusieurs pointes, de la cannelure latérale des aiguillons des dorsales, appartiennent exclusivement au genre
36 SPINACIDÉS.
Spinnx ou Sagre, et, comme ce genre est représenté par une seule espèce, le Sq. infernus, Blainv., est un Spinax niger. — Enfin, une remarque d'une certaine importance, c'est que les petits du Gentrophore granuleux (dont VAcanthias uyatus est le jeune), ont, à leur naissance, une taille plus grande que celle du Squale d'enfer étudié par de Blainville, long de 0,271 ; j'ai reçu de Nice un f^iHus de Centropliore granuleux mesurant 0,281, qui était loin d'avoir acquis son développement embryonnaire; le D'' C. Sarato tient de l'obligeance de MM. Gai un fœtus de Gentrophore granuleux ayant 0,400 de longueur.
r,. GEINRE CEINTROPHORE. — CENTROPHORUS, Mull. et Henl.
Corps allongé, anguleux, couvert de scutelles sessiles ou pédonculées.
Tête large, aplatie ; bouche large avec une entaille de chaque côlé ; dents fort dissemblables, plus ou moins triangulaires à la mâchoire supérieure, sécuriformes à la' mandibule avec la pointe dirigée en arrière; une dent médiane à la mâchoire supérieure.
Nageoires; aiguillons des dorsales creusés d'un sillon latéral.
Le genre Gentrophore comprend deux espèces.
OEU plus près du bout du museau que de la l^e branchie. 1. granuleux.
— loin — — ^. CALCÉIFORJIE.
i. LE GENTROPHORE GRANULEUX. — CENTROPHORUS GRANVLOSUS, Mûll. et Henl.
Pois^. France, t. I, p. 352, fig. 60, dents. Long. : 0,50 à 1,20 et même 1,50.
Le corps est allongé, en forme de prisme triangulaire jusqu'à l'anus; le ventre est aplati en dessous; le tronçon de la queue est en pyramide quadrangulaire avec un sillon en dessus et en dessous ; la hauteur du tronc est comprise sept fois et demie à huit fois et demie dans la longueur totale; la peau est couverte de scutelles sessiles. La tête est presque triangulaire; le museau est court et mousse; les dents sont dissemblables aux mâchoires; à la mâchoire supérieure, elles subissent de notables changements suivant l'âge des sujets; chez les adultes, elles sont triangulaires, plus ou moins droi-
SPINACinÉS. 37
tes et symétriques ; chez les jeunes, elles sont triangulaires, non symétriques, à bord externe presque perpendiculaire dans les rangées antérieures s'inclinant de plus en plus vers les rangées postérieures, à bord interne plus ou moins oblique, à pointe dirigée de plus en plus en dehors à partir des rangées internes ou antérieures; la dent médiane est droite : à la mandibule, pas de dent médiane, les dents latérales sont sécuriformes, à pointe oblique dirigée en dehors ou en arrière, à bord tranchant finement denticulé. Les yeux sont très grands; leur diamètre est à peine moindre que Tespace préorbitaire. Les narines sont plus rapprochées du bout du museau que de la bouche. Les évents sont semi-lunaires. La première dorsale commence sur le tiers antérieur de la longueur totale ; son aiguillon est assez fort; relativement assez court, moins développé que celui de la seconde dorsale. La pectorale est assez grande ; son angle interne et postérieur s'allonge en une pointe fort développée.
La coloration est variable, souvent d'un gris jaunâtre, avec des lignes noirâtres séparant les petits tubercules ; la muqueuse de la bouche est souvent noirâtre chez les jeunes.
Habitat. Méditerranée, Nice.
D'après les renseignements qu'ont eu Tobligeance de me donner MM. Gai, les femelles ouvertes devant eux ne portaient jamais qu'un seul fœtus, arrivant parfois à la taille de 0,40, ainsi que l'a constaté le D'" C. Sarato. Y aurait-il chez le Centrophore granuleux une suite de gestations rapprochées comme le fait semble probable pour l'Aiguillât commun ?
Jeune. — Aiguillât uyat. — Acanthias injatus.
Poii^s. France, t. I, p. 346.
Dans le jeune âge, la teinte de la bouche n'est pas toujours noirâtre, ainsi que l'indiquent la plupart des auteurs. L'importance qu'on attachait à ce système de coloration, regardé comme étant un caractère spécifique est peut-être la raison principale qui pendant de longues années a entretenu l'erreur faisant distinguer comme deux espèces différentes le jeune et l'adulte, erreur qui persisterait sans doute encore, si M. C. Sarato n'avait prouvé directement l'identité du Centrophore granuleux et de l'Acanthias uyat. — Chez un
38 SPINAGIDÉS.
fœtus o^, long de 0,190, la muqueuse de la bouche est rosée; chez un autre 9 mesurant 0,282, la muqueuse de la bouche est noirâtre ; l'œuf, malgré la taille de ce dernier fœtus, est fort développé, il a 0,081 dans son grand diamètre et 0,160 de circonférence.
A propos du C. gramdosus, nous lisons dans un travail de M. Vinci guerra les appréciations suivantes : Egli ( Canes trini) considéra il C. hisUanicus Bocage e Capello, corne sinonimo del gramdoms, menive (jli ciuton ed U Giinther ne sostcngono... la dlfferenza spccif.ca. Moreau, plù rcccnlamcnte, ripete qiiestl errori, egli scrivechc VA. uyatus ai pcsca net golfo d'i Gcnova, e chc U Centrophorus granulosus è eccessivamente raro ncl Mediterraneo (Vinciguerra, liisidtatiittiolog ici délie crociere del Violante, Genova, 1883, p. 19).
M. Vinciguerra reproche à Ganestrini de considérer le C. lusitaniens, Bocage et Gapello, comme identique au C. granulosus et cela, affirme-t-il, malgré l'opinion des auteurs et de Gunther, qui en soutiennent la différence spécifique. — Pour éviter toute équivoque, il ne faut pas rechercher quelle est la manière de voir de Giinther, mais s'en rapporter aux travaux des naturalistes portugais et surtout bien tenir compte de la date de leur publication. Très probablement, d'ailleurs, Ganestrini n'avait pas encore entre les mains le 8^ volume de Giinther quand il a donné à l'impression bipartie de son ichthyologie relative aux Plagiostomes.
G'est vraiment fâcheux à dire et difficile à croire, M. Vinciguerra critique, faute de l'avoir compris, le texte de Ganestrini, qui cependant est des plus clairs. Dans la synonymie du C. gramdosus, Canestri ui n'exprime pas une opinion personnelle, il se borne a citer les ichthyologistes qui ont employé des dénominations différentes pour désigner ce Squale : Squalus granulosus, Bl. Schn. ; Centrophorus lusitanicu^, Boc. e Capel. (Ganestr., Fn. Ital., p. 40). — Evidemment, si M. Vinciguerra avait été au courant de la science, il n'aurait pas rendu Ganestrini responsable d'une erreur qu'il n'avait pas commise ; il ne lui aurait pas attribué l'identité spécifique qu'il lui reproche. Loin d'être en désaccord avec les auteurs portugais, Ganestrini reproduit fidèlement leur manière de voir. — Voici, en effet, ce que nous trouvons dans les travaux des ichthyologistes de Lisbonn(î cités par Ganestrini : Centrophorus granulosus (tab. I, fig. 3, adult., tab. III, fig. 1, junior); C. granulosus, Miill. et Henl. ; C. lusifanicus (partim), Bocage et Gapello. Proceed. Z. S. L., 1864, p. 261, fig. 1. Les auteurs, après avoir en premier lieu considéré le C. lusitaniens comme une espèce distincte, écrivent : actuellement nous les rapportons tous (les spécimens de C. granulosus et C. lusitanicus) à une seule espèce, le C. granulosus, dont notre C. lusitanicus doit être regardé comme
SPINACIDÉS. 39
une simple variété d'âge et de saison, Barboza du Bocage et de Rrito Capello, Peu;. Plagiost.^ Lishoa, 18GG, p. 2.'i-26. — Dans son catalogue des Poissons de Portugal, de Brito Capello reproduit la même synonymie. V. Cat. Peix. Portmj., Brit. Capel., dans Joni. sr., etc., Lisbonne, 18G9, n° VI, p. d3-14. — Evidemment M. Vinciguerra ne connaissait pas ces deux ouvrages, la preuve s'en trouve dans la bibliographie des Ris. illiol. croc, del Violante, p. 13, où est indiqué seulement : de Brito Capello, Catalogo dos Peiœes de Portugal, Lisboa, 1880. — Il est vrai que dans ce second catalogue, publié après la mort du regretté de Brito Capello, le C. lusitanicus reparait comme espèce distincte (toc. cit., p. 48). — Franchement, Canestrini ne pouvait supposer que les ichthyologistes de Lisbonne reviendraient à leur première opinion, ni consulter un catalogue qui a paru longtemps après Fimpression de ses Pesci dans la Fauna d'italia; Canestrini n'avait pas à citer, dans son Ichthyologie, un Poisson, qui n'avait jamais été signalé dans les eaux baignant les côtes d'Italie ; l'assertion de M. Vinciguerra est donc absolument fausse. — Pour mon compte, j'ai reçu en 1875 de M. B. du Bocage et de son savant collaborateur leurs travaux Peix. Plagiost. et Cat. Peix. Portwj. ; yiiï parlé à M. du Bocage du genre Ceniropkorus ; à cette époque, il n'était nullement question de rétablir, comme espèce distincte, le C. lusitaniens.
En ce qui me concerne, voici ce que dit M. Vinciguerra : egli scrive che il Centrophorus granulosus è eccessivamente raro net Mediterraneo. Pour donner une idée de la manière dont M. Vinciguerra fait les citations et du peu de souci qu'il a de la vérité, je me borne à reproduire le texte relatif à l'habitat du C. granulosus, voir mon 1. 1, p. 451 : « Habitat. Méditerranée, excessivement rare sur nos côtes. Le Muséum possède seulement deux Centrophores venant de Nice, l'un par Laurillard, l'autre par Coste. » Ici, comme toujours, je n'ai parlé que des eaux de la Méditerranée baignant nos côtes, et jusqu'alors ce Squale n'avait pas été signalé ailleurs qu'à Nice.
A mon nom, Vinciguerra aurait pu joindre celui de Giglioli, qui dans son Cat. Pesci italiani, p. 113, écrit : 529, Acanthias uyatus. Livorno, JSizza. Specie rara et 530, Centrophorus granulosus. Genova, non commune; Giglioli n'est pas réprimandé, il est évidemment dans les bonnes grâces du critique de Gènes.
Suivant M. Vinciguerra {loc. cit., p. 20), il Centrophorus granulosus... è fréquente a Nizza, etc. ; p. 13, il avait écrit : Questo (C. granulosus), C071 tutta probabiltà, non fa conosciuto dal Risso. Comment un Squale, commun à Nice, aurait échappé aux recherches de Bisso, qui, pendant une quarantaine d'années, s'est appliqué avec tant de
40 SPINACIDÉS.
zèle et de soin à l'étude des Poissons de Nice ! Est-ce supposable ? — D'autre part, dans son introduction [loc. cit., p. 6), M. Vinciguerra
s'exprime ainsi : Presentono spéciale importanza alcune forme medi-
Icrrance non niolto communi e non abba^tanza conosciute corne il Gentrophorus granulosiis, il Serranus alexandrinus... D'après les divers passages du travail de M. Vinciguerra, le C. granulosus est-il rare ou commun dans la Méditerranée? Oui et non, suivant la page qu'on lit. — Quant à son fameux Serranus alexandrinus, il n'a aucun rapport avec celui de Guvier et Valenciennes.
M. Vinciguerra aurait-il la prétention de faire croire qu'il ne serait pas tombé dans l'erreur commise par la plupart des ichthyologistes qui ont suivi C. Bonaparte, si le docteur Sarato n'avait, dès 1881 , établi l'identité spécifique de VAcanthias uyatus et du CcntropJwrus granulosus? Pourquoi, alors, au lieu de la corriger, a-t-il reproduit une autre erreur, au moins aussi extraordinaire que la précédente, en citant dans Ja synonymie du C. granulosus le Squalus infernus, Blainv., qui est une espèce différente, n'appartenant même pas au genre Ccntrophoru^ ? — C'est à notre savant confrère de Nice, et à personne autre, qu'est dû le mérite d'avoir fait la lumière sur un point obscur d'histoire naturelle ; il est regrettable que M. G. Sarato ait donné pour titre à son étude : « Le Cenirophore granuleux et le Squale d'enfer » (V. Notes sur les Poissons de] Nice, Nice, janvier 1888) ; le Squalus infernus, Blainv., est, nous l'avons nettement démontré (p. 3o-36, un Splnax niger.
Je pourrais indiquer la cause première de l'erreur que j'ai commise, je l'avoue franchement, après le regretté professeur A. Duméril, qui écrit à propos de l'A. uyatus^ « Habitat. Méditerr. : côte d'Alger, 2 exempt, adressés au Muséum, par M. le docteur Bourjot », A. Duniér., 1. 1, p. 440. — Ges deux spécimens, en fort mauvais état, placés dans un bocal sous la même désignation, ne sont nullement identiques, il n'y a qu'un seul A. uyatus, ainsi que plus tard je l'ai reconnu et fait constater par le prof. Vaillant, l'autre est un Aiguillât, dont évidemment les dents sont semblables aux deux mâchoires.