‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 17 sur 47 · PAR RAPPORT A L ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

PAR RAPPORT A L ESCLAVAGE

Q. L'Église a-t-elle établi l'égalité entre les hommes et détruit l'esclavage?

(l) Comment ne serait-elle point contraire à la famille cette religion qui en effaçait jusqu'au nom, qui au nom patronymique substituait un nom de baptême, qui, là où existait la geris, làoù on se nommait Ciaudius et Cornélius, jetait ou un Paul ou un Pierre qui devait être forcé, plus tard, à se refaire un nom de famille du nom d'une terre ou d'un sobriquet? Un supplicié, voilà par quoi on remplaça les dieux de la nature, un sobiiquet, voilà par quoi on remplaça la famille, et ce fut à la philosophie de reconstruire Tindestructible foyer.

R. — Non, ce sont là deux profondes erreurs : l'Église n'a jamais établi Tégalité entre les hommes ni dans ce monde ni dans Tautre, et il n'y a rien de plus faux que d'attribuer au christianisme l'abolition de l'esclavage. Guizot (1) écrit ; « L'esclavage a subsisté longtemps au sein de la société chrétienne. On a beaucoup trop répété que l'abolition de l'esclavage dans le monde moderne était due complètement au christianisme (2). » On fait dire à saint Pierre : « Esclaves,

(1) Guizot, historien et homme politique, né à Nîmes en 1787, mort en 1874.

(2) « Une objection très familière aux défenseurs de la tradition, est celle qui Consiste à étaler les plaies de la société antique, les cruautés de Tesclavage, celles de la guerre, la torture, Pinfanticide permis et reconnu comme un droit, les mignons, les eunuques, les carnages de Tamphithéàtre et la prostitution forcée; et puis ils disent : Voilà ce qu'était le monde grec avant le Christ. C'est oublier bien facilement que le monde après le Christ a conservé longtemps les mêmes misères, que Tenipire b\zantin, a au moins égalé l'autre en scandales et en horreurs; que même sous la chrétienté moderne, la Rome des papes a été quelquefois aussi impure et aussi sanglante que celle des Césars; que la torture a duré jusqu'à la Révolution française et que TescJavage dure encore. Car il n'y a pas de plus grands exemples des illusions que peuvent se faire les croyants que de faire honneur au christianisme et à l'Église de Pabolition de l'esclavage, quand il est certain que l'esclavage a subsisté dans Tempii-e chrétien comme dans l'empire païen, qu'il a duré assez avant dans le Moyen âge, que le servage existait encore en France à la veille de la Révolution; que Tesclavage des noirs s'est établi sous le règne de l'Église, qu'il persiste encore aujourd'hui dans deux États et que ces États sont catholiques; qu'il n'a commencé à tomber que depuis le XVIIP siècle, c'est-à-dire depuis que les Églises menacent ruine ; et qu'à l'heure qu'il est la papauté qui condamne si facilement et si impudemment tant de choses n'a pu encore se résoudre à le condamner. L'Église a régné dix-huit cents ans, et l'esclavage, la torture, l'éducation par les coups, bien d'autres injus-

soyez soumis à vos maîtres avec toute sorte de respect et de crainte, et non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais encore à ceux qui sont rudes et fâcheux. Et quel sujet de gloire avez-vous si c'est pour vos fautes que vous endurez les coups et les soufflets ! » Saint Paul tient un semblable langage : « Esclaves, obéissez à vos maîtres selon la chair avec crainte et tremblement, dans la simplicité de votre cœur, copme à Jésus lui-même. Que chacun demeure en Tétat où il était quand Dieu Ta appelé. Lors même que tu pourrais devenir libre, reste plutôt dans la servitude. » Saint Philémon, le collaborateur de saint Paul, dont la maison était à Colosses, en Asie mineure; possédait des esclaves. Tous les pères de TEglise maintiennent Tesclavage. A Rome, au IV siècle, des maisons chrétiennes ont jusqu'à deux et trois mille esclaves. Il n'y a là rien qui scandalise. L'esclavage est d'origine divine. C'est par l'inspiration de Dieu que Noé a maudit Cham : « Que Chanaiin soit maudit, qu'il soit à l'égard de ses frères l'esclave des esclaves. Que le Seigneur, le Dieu de Sem, soit béni et que Chanaân soit son esclave. » L'esclavage est consacré par les lois dites de Moïse. // 7i existe pas un mot du Christ contre tesclavage. Bossuet le recommande et aussi Bailly. Quand se fit le mouvement des Communes, le clergé s'y opposa surtout en raison de l'affranchissement des serfs, car « les prélats avaient leurs serfs, non moins que les princes séculiers, les abbés tout aussi bien que les barons, les moines comme les gentillâtres » « Le Christ » dit J.-J. Rousseau « ne prêche que servitude et

tices encore, ont continué tout ce temps, de Taveu même de l'Église et dans l'Église : la philosophie libre n'a régné qu'un jour, à la fin du XVIII* siècle, et elle a tout emporté presque d'un seul coup »•

dépendance. Son esprit est trop favorable à la tyrannie pour quelle n en profite pas toujours. Les vrais chrétiens sont faits pour être esclaves. ,. Machiavel (1) écrit: «Les doctrines du Christ qui recommandent uniquement le courage passif et la patience, ont constamment réprimé le courage de l'esprit humain et l'ont préparé à 1 esclavage et à l'asservissement. ., Les Grands Jours d Auvergne eurent à juger beaucoup de crimes et d'in-

Les moines ont eu des serfs jusqu'à la.Révolution française.

famies commis par des prêtres sur leurs esclaves. Les chanoines de saint Augustin avaient des esclaves;

(1) Machiavel, né à Florence, mourut eu 1530.

Fléchier (1) les en louait. Les derniers serfs, en France, appartenaient à l'abbaye de Saint-Claude qui ne consentit à les affranchir, en 1781, que moyennant une indemnité de vingt-cinq mille écus. La Révolution abolit l'esclavage sur tout le territoire de la République. Bonaparte ayant restauré la religion chrétienne le 18 germinal an X, il rétablit, le 30 lloréal suivant, l'esclavage et la traite dans les colonies. La République de 1848 abolit définitivement l'esclavage sur le territoire français. C'est donc contre l'Église que l'affranchissement de l'homme a été conquis (2).

(1) Fléchier, éveque de Nimes, né à Pernes (comté d'Avignon) en 163^, mort en 1710.

(2) Il faut rapprocher de la morale de l'Église sur Tesclavage la philosophie antique, afin déjuger de la différence qui existe entre les deux. Socrate recommande au maître de se concilier ' l'affection de ses esclaves, d'user toujours de douceur envers eux,

. il glorifie le travail et demande : « Quels sont les plus justes de ceux qui travaillent ou de ceux qui restent les bras croisés? » Et il répond : ceux qui travaillent. Selon reconnaît dans Tesclave un homme dont Tâme peut s'ouvrir à Thonncur et à la vertu et qu'il faut respecter dans sa vie et dans sa pudeur. Il défend au maître de tuer un esclave. L'esclave pouvait toujours se réfugier dans le temple de Thésée et changer de maître. Platon supprime l'esclavage dans sa république. Aristote nous apprend que, de son temps, tous les sages étaient de cet avis : « Que le pouvoir du maître sur l'esclave est contre nature. La nature fait des hommes égaux, donc l'esclavage est une injustice, atlendu qu'il est le résultat de la violence. » Au rapport de Théopompe, c'étaient les habitants de Chio qui, les premiers, avaient introduit en Grèce T usage de vendre et d'acheter des esclaves, et pour ce fait, l'oracle d'Apollon Delphien déclara qu'ils s'étaient attiré'la colère des dieux. Des solennités rappelaient, de temps en temps, que maîtres et esclaves étaient égaux. Diodore de Sicile disait des indiens qu'ils avaient une ancienne loi, digne en tout point d'envie, en vertu de laquelle « nul parmi eux ne peut être esclave, et tous étant libres, doivent en toutes choses observer l'égalité. > Et Homère, dans l'Odyssée s'écrie : « Les

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