‹ Manuel d'opérations chirurgicalesChapitre 27 sur 107 · SAIGNEE DU PLI DU COUDE · texte numérisé non relu

SAIGNEE DU PLI DU COUDE

(Planche IX.)

On peut saigner toutes les veines superficielles du pli du coude. La médiane céphalique et la médiane basilique sont les plus volumineuses, mais les rapports de la dernière avec l'artère numérale doivent la faire rejeter toutes les fois qu'il est possible d'ouvrir une des autres veines. C'est la médiane céphalique que l'on choisit en général ; elle est croisée par quelques rameaux du nerf musculo-cutané, comme la médiane basilique par des rameaux du brachial cutané interne. On peut saigner le malade debout, assis ou couché. La dernière position est la meilleure, la première expose à la syncope.

Quelle que soit la veine du pli du coude que l'on veut ouvrir, il faut d'abord explorer son trajet par le palper pour savoir si elle est ou non en rapport avec une artère, et quels soiît ces rapports dans le cas où ils existent. Toujours nécessaire pour la médiane basilique, cette précaution est le plus souvent illusoire pour les autres veines qui peuvent cependant être en rapport avec une artère radiale anormale et superficielle.

Pour pratiquer la saignée du pli du coude (n'importe sur quelle veine), on exerce une compression circulaire sur le bras à quatre travers de doigt au-dessus de l'articulation, à l'aide d'une bande longue d'un mètre et large de six centimètres, repliée en deux parties égales suivant sa longueur. Le milieu de la bande est appliqué sur le côté externe du bras de façon que le bord formé par le reploiement .soit dirigé en bas. La compression est ainsi plus exacte. Les deux chefs sont croisés à la partie interne du bras, puis ramenés en dehors et fixés à l'aide d'une baguette simple et à bouts pendants, de façon qu'on n'ait aucune difficulté à défaire le nœud.

La striction exercée par cette bande doit être assez énergique pour produire la turgescence des veines superficielles, mais pas assez pour interrompre la circulation artérielle, dont on reconnaît l'état en explorant le pouls radial. Le plus souvent, surtout après l'application du bandage compressif, les veines sont apparentes. Cependant chez les personnes très-grasses, il est quelquefois impossible de distinguer par la vue rien qui indique leur trajet. On est alors réduit aux notions fournies par le toucher, qui donne la sensation d'un cordon cylindrique dans le point correspondant à la veine. Si le malade a déjà été saigné, la cicatrice peut servir de guide, et on peut enfoncer la lancette à ce niveau. L'opérateur, après avoir constaté l'absence de rapports artériels, se place entre le bras et le corps du malade saisit Pavant-bras du patient et le place entre son propre bras et la partie latérale de son thorax. Le pouce gauche est appliqué sur la veine un peu au-dessous du point où doit être pratiquée l'ouverture, et exerce une pression suffisante pour interrompre le cours du sang, ce qui l'empêche de jaillir immédiatement après la ponction et permet de le recueillir dans la palette, sans qu'il aille tacher la literie ou les vêtements du malade, que l'on doit cependant protéger avec un drap plié en double. La main droite tient la lancette ouverte à angle droit, le pouce et l'index appliqués sur la lame et laissant saillir entre eux seulement la partie qui doit être enfoncée, et dont la longueur varie suivant l'épaisseur des tissus qui recouvrent la veine. Les trois derniers doigts appuyent sur le bras du malade.

On enfonce la lancette perpendiculairement à l'axe du membre et sous un angle de quarante-cinq degrés relativement à sa surface, puis, pour élargir suffisamment l'ouverture, on relève le talon de l'instrument, de façon que la lame soit verticale.

L'ouverture faite, on cesse de presser sur la veine avec le pouce gauche tout en la maintenant de façon à ne pas empêcher le sang de couler, mais à prévenir au besoin tout déplacement qui détruirait le parallélisme entre les plaies cutanée et veineuse.

Lorsque le jet de sang, après avoir été assez abondant, vient à diminuer, on recommande au malade de faire rouler la bande ou le lancettier cylindrique que l'on a placés dans sa main. Au cas où cette insuffisance de l'écoulement tiendrait à une striction trop énergique de la bande compressive, on remédierait à cet inconvénient en la desserrant. Lorsqu'un peloton graisseux vient boucher l'ouverture,

PHLEB0T0M1E OU SAIGNEE DES VEINES. 45

on le repousse avec un stylet ou on l'excise avec des ciseaux. Si un défaut de parallélisme entre la plaie cutanée et la plaie veineuse, survenu à la suite d'un mouvement intempestif, détermine un épanchement de sang sous la peau; c'est-à-dire un thrombus, on cherche à ramener la peau dans une position qui permette le libre écoulement du sang. Quand cela ne suffit pasj on agrandit la plaie, et enfin, en dernier ressort, on arrête la saignée et on recommence sur une autre veine.

La saignée de la médiane basilique, qu'il ne faut employer que comme pis aller, doit être faite sur un point où le palper a démontré que la veine n'est pas en rapport avec l'artère. De plus, pour augmenter la distance entre ces deux vaisseaux , séparés , on le sait, par l'aponévrose et l'expansion aponévrotique du biceps, il est bon, lorsqu'on a saisi et immobilisé l'avant-bras, de recommander au malade de contracter ses muscles comme s'il voulait fléchir l'avant-bras. La contraction du biceps soulevant l'expansion aponévrotique et la veine qui est au-dessus l'éloignera de l'artère.

Lorsque l'on a obtenu laquantitédesang que l'on désirait, on enlève la bande compressive. On tire un peu la plaie en dehors, on fait fléchir l'avant-bras, et après avoir lavé et essuyé la partie, on applique sur la plaie une petite compresse pliée en quatre que l'on maintient par un bandage en huit de chiffre. Le bras est mis en écharpe.

Si l'on a eu le malheur d'ouvrir une artère, ce que l'on reconnaît à ce qu'il sort un jet saccadé de sang rutilant, on arrêtera l'hémorrhagie en faisant plier fortement le bras du malade et le maintenant par un bandage dans cette position ou en appliquant une compression énergique avec des compresses pliées en plusieurs doubles et maintenues par une bande formant le huit de chiffre du coude. On obviera plus tard à cet accident, suivant les phénomènes qui se manifesteront. Quant aux symptômes attribués à la piqûre d'un nerf, aux inflammations consécutives, je n'ai pas à les traiter ici.

SAIGNEE DU PIED

(Planche X.)

On ouvre les veines saphènes au niveau des malléoles, et de préférence l'interne qui est plus volumineuse.

Le malade est assis et ses pieds sont plongés dans l'eau chaude, puis retirés, lorsque les veines sont suffisamment gonflées. L'opérateur applique à trois ou quatre centimètres au-dessus des malléoles une bande compressive comme pour le bras, en fixant la baguette du côté du membre opposé à celui où il pratique la saignée. Il s'assied en face du malade, prend le pied sur son genou, ouvre la veine en évitant d'enfoncer trop profondément la lancette dont la pointe pourrait se casser sur la malléole, puis remet le pied dans l'eau. Lorsqu'il juge à la coloration du bain que la quantité de sang écoulé est suffisante, il retire le pied, arrête l'écoulement comme dans la saignée du coude, et termine en appliquant le huit de chiffre du cou-de-pied.

SAIGNEE DU COU

Cette opération dans laquelle on ouvre la jugulaire externe est tombée en désuétude aujourd'hui. Voici cependant la manière de la faire :

Le malade est assis et son corps est recouvert d'un drap plié en double. On applique sur la partie inférieure de la veine que Ton veut ouvrir une compresse graduée maintenue par la portion moyenne d'une bande dont les deux chefs sont conduits dans l'aisselle du côté opposé et fixés par un nœud à baguette ou confiés à un aide.

La veine est maintenue par le pouce et l'index gauche de l'opérateur, laissant entre eux un espace suffisant pour la saignée qui doit être faite à trois centimètres au-dessus de la clavicule. L'opérateur enfonce alors la lancette de façon à avoir une large ouverture, et, pour ce faire, après avoir pratiqué la ponction, il relève le talon de l'instrument. La section de la veine doit être perpendiculaire aux fibres du peaucier, car, sans cela, on aurait une bou-

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