‹ Manuel d'otologie cliniqueChapitre 2 sur 129 · MÉDECIN EN CHEF DES SODRDS-MUETS · texte numérisé non relu

MÉDECIN EN CHEF DES SODRDS-MUETS

PRÉFACE

J’ai écrit ce Manuel dO'tologie clinique dans le but d’être utile aux élèves et surtout aux médecins qui sont habituellement appelés à soigner (au début, tout au moins) les affections de l’oreille, si communes dans la pratique journalière.

J’ai pensé qu’un ouvrage de ce genre, d’allures modestes, pouvait rendre plus de services aux étudiants et aux médecins que les traités didactiques nombreux et fort bien faits, dont la lecture ne peut être vraiment profitable qu’à ceux qui se sont longtemps occupés déjà d’otologie.

Appartenant à une génération médicale qui, dans l’état des connaissances scientifiques, à cette époque, n’avait ni la possibilité ni les moyens de s’adonner aux études anatomo-pathologiques et micrographiques réservées à quelques rares savants, je me suis cantonné plus spécialement dans la clinique.

Mon père étant médecin en chef des Sourds-Muets, j’ai été initié par lui aux études otologiques, avant même d’entrer dans la carrière médicale. Je les ai continuées ensuite pendant mon séjour dans les hôpitaux, comme externe et comme interne provisoire.

Après avoir fondé une clinique spéciale, j’ai été placé à la tête du service otologique du Dispensaire Furtado-

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Heine, en 1884. Cet établissement modèle a été pour moi un vaste champ d’observations. Enfin, après plus de trente ans de pratique constante dans les différents services qui m’ont été confiés, je me crois permis de présenter au lecteur un travail consciencieux, fruit d’une longue expérience.

Ce manuel est un résumé d’otologie, résumé que je me suis efforcé de faire aussi complet, aussi clair, et aussi simple que possible.

L’otologie est une branche de la médecine qu’on a longtemps laissée de côté autrefois. Peu de médecins étaient tentés de se lancer dans une étude paraissant si ingrate et que beaucoup de nos maîtres regardaient comme accessoire. Il faut cependant être convaincu que pour très bien connaître les affections si variées fie l’oreille, il est nécessaire de les apprendre avec tout autant de soin que l’ophthalmologie, l’obstétrique, ou les maladies des voies urinaires. Bien des praticiens estiment que cette étude est médiocrement utile, et ils soignent les maladies de l’oreille avec un laisser aller qui n’est pas exempt de graves inconvénients.

Pourquoi en est-il ainsi? Parce que, en France, ni la Faculté, ni les Hôpitaux n’ont jamais voulu s’occuper de l’enseignement de l’otologie, alors que partout, à l'étranger, cet enseignement est organisé avec tout le soin possible. Qui ne connaît, de nom au moins, les cliniques de Vienne, de Berlin, etc., et pourquoi ne pas en créer de semblables dans un certain nombre de nos hôpitaux? Que de services elles rendraient, et comme elles permettraient d’utiliser des matériaux scientifiques fatalement perdus. Pendant mes voyages à l’étranger, j’ai entendu souvent les élèves de tous pays, regretter vivement de ne pouvoir trouver à Paris l’enseignement officiel de l’otologie.

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Combien faudra-t-il encore d’années pour qu’on comprenne, én haut lieu, qu’il est nécessaire de fonder, pour le bon renom scientifique de la France, un enseignement clinique et pratique, que les otologistes de carrière ont toujours été disposés à donner aussi largement que possible? Dans cette voie si simple et si utile, nous sommes dépassés par toutes les autres nations, grandes et petites ; on ne peut que le constater avec tristesse.

Le plan que j’ai adopté est tout différent du plan anatomique suivi par tous les auteurs, jusqu’à ce jour. J’ai pris comme base la clinique, et j’ai divisé mon travail en trois parties.

La première partie est un résumé de l’anatomie et de la physiologie de l’oreille, du nez et du pharynx nasal, suivi de quelques déductions médico-chirurgicales.

La seconde partie, réunit les méthodes d’exploration et les méthodes de traitement.

La troisième partie la plus importante, exclusivement clinique, comprend toute la pathologie de l’appareil auditif.

Enfin, un appendice est réservé aux affections des fosses nasales et du pharynx nasal en rapport avec les maladies de l’oreille.

Ce plan me paraît présenter de grands avantages pour l’étude de l’otologie.

Je n’ai pas donné dans ce manuel d’indications bibliographiques. On les trouvera dans les traités didactiques ou dans les publications spéciales.

Je remercie bien vivement ceux de mes maîtres, de mes amis et de mes élèves qui m’ont prêté leur bienveillant appui et leur" concours empressé.

Mon vénéré maître le professeur Sappey, MM. Albert Robin, Paul Segond et Ruault ont droit à toute ma gratitude. Je suis reconnaissant à MM. Raudron et Mendel de

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leur complaisance à revoir avec moi les épreuves, et à MM. Cazinet Malherbe d’avoir mis à ma disposition leurs diverses connaissances spéciales. Je dois aussi des remerciements à MM. Daum, Tixeron, Pomé et Dambies, mes internes au Dispensaire Furtado-Heine, pour m’avoir aidé dans mes expériences et l’établissement de mes statistiques.

J’ai essayé de faire une œuvre utile. Que le lecteur veuille bien me pardonner mes erreurs et mes omissions.

Mai 1895.

D r E. Ménière.

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