AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION DE LA PREMIÈRE PARTIE
Chargé de l'enseignement des sciences auxiliaires de l'histoire, j'ai exposé aux étudiants de la Faculté des lettres de Paris, depuis (juelques années, les éléments de Bibliographie historique dont je' publie aujourd'hui la première partie. — De toutes les sciences auxiliaires des études historiques, la BibKographie est, sans contredit, la plus généralement utile et la plus négligée. Tandis qu'il existe, dans les diverses langues qui sont, ou qui devraient être, familières aux étudiants, des Manuels d'Épigraphie, de Paléographie, de Diplomatique, de Chronologie, dont quelques-uns sont fort bons, c'est à peine si quelques auteurs ont récemment dessiné, à grands traits, en passant, dans des ouvrages généraux, certaines parties du cadre que je pie suis proposé de garnir. La « Bibliographie historique » n'est réguhèrement enseignée nulle part. Lorsque, en novembre 1894, elle fut mise, chez nous, au nombre des matières sur lesquelles les candidats au Diplôme d'études supérieures (première partie de l'Agrégation d'histoire) auraient le droit d'être interrogés, tout le monde ne comprit pas d'abord de quoi il s'agissait : bien des gens crurent qu'enseigner la Bibhographie historique, c'est faire connaître les meilleurs livres qui ont été écrits sur les principales périodes et sur les principales questions de l'histoire universelle. — Pour étaljlir que cette discipline si négligée est utile, il suffit, si je ne me trompe, de la définir exactement.
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I. La « Bibliographie » est la science des livres. Par opposition à la Bibliothéconomie, qui traite de la classification, de la description extrinsèque des livres, de l'organisation et de l'histoire des bibliothèques ; par opposition a la Bibliologie, qui traite de l'histoire du Livre, au point de vue de sa fabrication matérielle (imprimerie, reliure, librairie), la Bibliographie, au sens étroit de l'expression, est cette partie spéciale de la science des livres qui traite des répertoires, et qui fournit les moyens de se procurer aussi promptement et aussi complètement que possible des renseignements sur les sources. — Le nombre des livres, des articles de revue et de journal qui ont été publiés et qui se publient tous les jours est immense, accablant. Sans répertoires, comment s'y reconnaître? Les répertoires sont eux-mêmes très nombreux, d'espèce et de valeur très différentes. Qui en ignore l'existence ou qui n'a pas appris à s'en servir est exposé à de graves dangers. Faute d'avoir été instruits de bonne heure à user judicieusement de ces instruments, la plupart des hommes se laissent aller à consulter, non les meilleurs livres, mais, au hasard, les livres qui leur tombent sous la main, les premiers livres venus. C'est faute de savoir les éléments de la Bibliographie que tant de gens se mêlent d'écrire sur des sujets déjà traités, et mieux traités déjà par d'autres que par eux; c'est faute de connaissances bibliographiques que tant de professeurs, qui ne sont pas, comme on dit, au courant, ressassent de vieilles erreurs; enfin, c'est faute de ces connaissances que des étudiants, même à la fm de leur scolarité, commettent quelquefois des méprises et font quelquefois des questions qui scandalisent jusqu'aux garçons de nos bibliothèques universitaires.
Enseigner la Bibliographie, c'est donc enseigner la manière de se servir des instruments bibliographiques qui existent. Cet enseignement a été longtemps réservé aux futurs bibliothécaires*, mais à tort. Il convient aussi au pubhc studieux, et particulièrement aux étudiants*. L'expérience prouve, en effet, que rien ne supplée, en
1. V. Morfct, Des examens prof easionneh de bibliothécaire en France et à V étranger, dans la Revue des Bibliothèques, 1895. Cf. G. Fiimagalli, Utilità, storia ed oggetto dell inscgnamento bibliografico. Bologna, 1891, in-8.
2. W. Fr. Poolc, The University JAbrary and the University Curriculum.
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celte matière comme en beaucoup d'autres, à un cours régulier d'études. Sans doute, on arrive peu à peu, de soi-même, à s'initier au maniement des principaux répertoires, surtout quand on a le Léiiéfice, comme les élèves de l'Ecole normale supérieure et de l'Ecole des chartes, à Paris, de fréquenter librement des bibliothèques fort riches, mais ce n'est jamais sans tâtonnements ni sans déboires, et il est rare que la science, acquise ainsi de pièces et de morceaux, soit intégrale. En composant cet ouvragé, j'ai eu l'occasion de constater que beaucoup de spécialistes, qui n'ont pas étudié la littérature bibliographique, ignorent, à leur grand dommage, l'existence d'instruments de premier ordre; j'ai appris moi-même à connaître quantité de recueils précieux pour mes études personnelles; et je ne doute pas que j'eusse dû en citer plus d'un qui nous a encore échappé, à moi et aux bibliographes qui ont bien voulu reviser mes épreuves. — L'énumération méthodique des répertoires qui existent a, d'ailleurs, l'avantage de mettre en évidence Tétat d'avancement actuel des travaux bibliographiques, et les lacunes à combler ; c'est un service que l'enseignement de la Bibhographie rend à la Bibliographie elle-même.
La (( Bibliographie historique » est proprement cette section de la « Bibliographie » générale qui comprend les répertoires intéressants pour les sciences historiques. — Elle traite par conséquent : 1<* des répertoires bibliographiques généraux où les livres d'histoire sont indiqués en même temps que les livres relatifs à toutes les autres sciences; 2° des répertoires exclusivement consacrés aux ouvrages historiques.
II. Dans la première partie du Manuel, que voici, sont indiqués les (( Instruments bibhographiques », généraux et spéciaux, qui intéressent les historiens. Non pas tous assurément, car il y en a des milliers. J'ai décrit les principaux; j'ai classé les autres par catégo-
Phi Beta Kappa Address, Northwestern University, June 13, 1893. Chicago, 1894, in-8. a The study of Bihliography, dit l'illustre bibliothécaire américain, should hâve an assured place in thc University curricukim.... AU that who go forlh inlo the world as graduâtes should bave such an nitelligent and practical knowledge of books as will aid them in their studies through life.... »
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ries, et, pour chaque catégorie, j'ai donné des exemples, en renvoyant aux listes complètes de répertoires de cette catégorie, quand il en a été dressé. — Ainsi, non seulement il ne faut pas s'attendre à trouver dans cet ouvrage l'énumération des meilleurs livres qui ont été écrits sur les questions les plus importantes de l'histoire universelle ; on n'y trouvera pas même l'énumération de tous les répertoires de Bibliographie historique proprement dits. En fait de liste complète, on n'y trouvera que celle des « répertoires de répertoires » de Bibliographie historique ^
Rien n'aurait été plus facile que de faire de cette Première Partie du Manuel un très gros livre : il aurait suffi de multiplier les exemples et de citer des répertoires anciens, dont la valeur est aujourd'hui périmée. Mais, loin de viser h donner à cet ouvrage des dimensions considérables, je me suis imposé au contraire la règle d'être aussi concis que possible et de m'en tenir au strict nécessaire. Je crois en effet que, quand on enseigne la Bibliographie, c'est un devoir de choisir, parce que ce serait une faute de noyer des renseignements utiles dans un flot d'indications superflues. Le lecteur instruit remarquera, au premier coup d'œil, que des noms illustres, des répertoires qui ont été classiques, sont ici passés sous silence ; je le prie de ne pas oublier que ce Manuel a été composé avec des intentions pédagogiques, qui justifient un grand nombre d'omissions volontaires. — Quant à multiplier les exemples, je ne l'ai pas jugé utile : il est trop clair, en effet, que, les eussé-je multipliés au point de tripler les proportions de cet ouvrage, les répertoires de J. Petzholdt, de L. Vallée, de G. Ottino et G. Fumagalli, etc., en seraient toujours restés, comme ils le sont, l'indispensable complément, au même titre que des vocabulaires sont, pour l'étude d'une langue, le complément d'une grammaire.
Je me suis attaché surtout à introduire de l'ordre dans la liste des principaux répertoires et des répertoires de répertoires, afin d'en
1. [Cf. ci-dessous, § 298. — Dès le xvii" siècle, la Bibliographie historique fut comprise à peu près ainsi en Allemagne. Voir, par exemple, le curieux Opus bibliographicum, quod programma de turpi circa auctores ignorantia jjrxcedit, de J. Fr. Mayer, doat on exemplaire manuscrit, daté de janvier 1700, est à la Bibliothèque royale de Berlin (quart. 8].]
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rendre rénumération plus claire et plus intelligible, sinon moins fastidieuse. J'ai essayé d'établir des classifications, des cadres propres à contenir, non seulement ce que j'y ai mis, mais ce que les conseils des personnes compétentes et les progrès de la Bibliographie permettront d'y mettre, s'il y a lieu, dans une seconde édition.
Encore un mot : j'ai dû citer dans cet ouvrage un grand nombre de répertoires dont je n'ai jamais eu occasion de me servir pour mes études particulières, et, par conséquent, d'apprécier personnellement la valeur. Il aurait été malhonnête de les juger, de les recommander ou d'en déconseiller l'usage (comme les bibhographes de profession le font souvent en pareil cas), sans prévenir que j'en parle sur la foi d'autrui; c'est pourquoi j'ai multiplié, au sujet de ces ouvrages, les réserves et les références....
Avril lS9b'.
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