ANTIQUITÉ — MOYEN AGE
166. — L'antiquité, le moyen âge, les temps modernes, en ces trois grandes périodes se divise l'histoire universelle. On n'a jamais essayé, à notre connaissance, de faire des répertoires bibliographiques particuliers pour l'histoire des tem|)s modernes; ce domaine a paru probal)lement trop vaste et sans unité : c'est aux répertoires d'his-
1. C'est la co^itume des professeurs d'Université qui enseignent l'histoire générale, en certains pays, principalement aux Étals-Unis, de publier les bibliographies sommaires qu'ils distribuent aux auditeurs de leurs leçons.
toiro rrgionale et aux répertoires spéciaux dont il sera (juestion cidessous, dans les sections m et iv de ce chapitre, qu'il faut recourir ([uand on s'occupe d'histoire moderne'. Mais pour l'ensemhle de l'histoire de l'antiquité, et même pour l'ensemhle de l'histoire du moyen âge, les guides ne manquent pas.
167. — Antiquité. — 11 n'existe point de répertoire spécial des Y "incipaux ouvrages à consulter sur 1' « histoire » de l'Antiquité classique. Mais il existe des répertoires de ce genre sur « l'encyclopédie de la Philologie classique ». Or, on sait que la « Philologie » (au sens allemand du mot) comprend une grande partie de l'histoire, sinon l'histoire tout entière.
L'ouvrage de E. Hiihner (Bibliographie der klassischen Alter- Ihiimswissenschaft. Grundrisszu Vorlesungen ûher die Geschichte und Enajklopàdie der klassischen Philologie. Berlin, 1889, in-8) se compose de deux parties. La première traite de F « Histoire de la Philologie classique ». La seconde, de 1' (( Encyclopédie »; elle est suhdivisée comme il suit : Die Sprache (Die Grammatik. Die Litteraturgeschichte). Die Religion (Die Gôtterlehre. Der Gottesdienst). Der Staat. Diebildenden Kilnste. Das hàusliche Leben. — Ce répertoire prête à la critique (Centralblatt fur Bibliothekswesen, 1889, p. 510).
L. Valmaiî£Ti a essayé de le refaire. Il a voulu « aviver et éclairer l'indispensable apparatus bibliographique par une introduction historique sommaire et concise, en définissant chacune des disciplines philologiques et en indiquant les liens qui les unissent ». Il a créé de la sorte (( un nouveau type de répertoire » , le (( Manuel historico-bibliographique » . Voici les divisions de son Manuale storico-bibliografico di Filologia classica (Torino, 1894, in-8) : Filologia (Introduzione. Glottologia. Paleografia ed epigrafia, Critica ed ermeneutica. Storia
I. La seule bibliographie générale de Uhistoire moderne qui existe est constituée par l'ensemble des « bibliographies » dont sont suivis les chapitres de l'Histoire générale du iv® siècle à nos jours, publiée sous la direction de E. Lavisse et A. Rambaud (Paris, 1895-1901, 12 vol. in-8). Ces a bibliographies» de livres choisis, rédigées par différents auteurs, ne sont pas toutes i^ecommandables ; cependant, des bibliographes de profession ont cru devoir prendre la peine d'en transcrire la liste (sans l'accompagner d'observations critiques] dans des répertoires de Bibliographie générale ou historique ; II. Stein, o. c.,p.409; G. Gavet, o. c, p. 579. — Yoy. aussi l'opuscule de Ch. Mœller (ci-dessus, p. 125, note 5).
letteraria). Sloria e antichità (Storia, geografia, cronologia. Antichità piibbiiche e private. Antichità religiose e mitologia). Numismalica e metrologia. Archeologia deU\irte.
Le Guide to the cho'ice of classical Boo/is, ])récilé (§ 132), de J.-B. Mavor, contient une bibliographie choisie des travaux modernes relatifs à l'histoire de l'Antiquité classique, sous le titre de « Helps to the studv of ancient authors ». En voici les divisions : Language, Epigraphjj and palœography, Geography and Topographi/, E.rjfloraiion and excavation, Arc/ueology, Fine Arts, Antiquities, llistory, History of Literature, Mythology and religion, History of philosophy, Law, Science.
Voir aussi YEnleitung in das Studium der alten Geschichte de C. Wachsmuth (§ 150).
168. — Dans les répertoires de E. Hiibner, de L. Valmaggi et de J.-B. Mayor sont enregistrés les titres des Manuels et des Dictionnaires qui contiennent, sur l'ensemble ou sur les diverses parties de la science de l'Antiquité classique, des renseignements bibIiographi(|ues, en même temps qu'un exposé des conclusions acquises. C'est à ces Manuels et à ces Dictionnaires qu'il faut recourir pour avoir la bibliographie détaillée des questions. De sorte que les livres de Hûbner, de Valmaggi et de Mayor servent autant, ou davantage, comme Bibliographies des bibliographies de l'Antiquité classique que comme bibliographies directes.
Disons-le encore une fois ; il serait déraisonnable de ne considérer comme des Bibliographies que les ouvrages qui ne comportent que de simples nomenclatures de titres. — V Encyklopàdie und Méthodologie der philologischen Wissenschaften de A. Bœckh (2^ éd., par U. Kiussmann. Leipzig, 1886, in-8), le Trienniiun p/iilologicinn oderGrnndzûge der philologischen Wissenschaften de W. Freund( Leipzig, 1874- 1876, 6 vol. in-8), et l'imitation française de cet ouvrage, le Manuel de Philologie classique de ^. Reinach (Paris, 1885-1884, 2 vol. in-8), sont évidemment des répertoires bibliographiques au même titre que les ouvrages cités au § 167. — Le Ilandbuch der klassischen Alter^ tumswissenschaft in systematischer Darstellung de I. v. Mûller^ la
1. En cours de publication à Munich. Voici les cadres de cet ouvrage : I. Einleitende und Hilfs-Dis:iiplinen [a. Grundlegun^ und Geschichte der Philologie;
Real-Encyclopœdic (1er hlansi^ichen Alterthumswissenschaft in aljiliabeti^chcr Onhiuucj de A. Paiily*, le Dictionnaire des Antiquilés (jrecfpies et romaines de Ch. Daroniberg etE. Saglio^ et tant d'autres Manuels ou Dictionnaires d' « antiquités », d' a institutions », de mythologie et d'histoire grecques ou'^romaines (qu'indiquent les guides cités au g 107) sont sans doute les plus amples et les meilleurs répertoires l)ihliogra])hiques des travaux, anciens et modernes, relatifs à l'Antiquité classique.
169. — Pour les antiquités non classiques, le Gnindriss de E. Hiïbner fournit quelques indications sommaires. Mais il n'y a pas de bonne Bibliographie générale de l'histoire des antiquités orientales.
Le Katalog der Bibliothek der deutschen morgenldndischen Gesellscliaft, I- (Leipzig, 1900, in-8) supplée, jusqu'à un certain point, au guide général qui fait défaut.
Parmi les Manuels qui sont, pour chacune des parties de la Philologie orientale, ce qu'est le Handbuch der klassischen Altertumsivissenschaft de L v. MûUer pour la Philologie classique, il faut
b. Hermcneutili iind Kiilil< ; c. Paléographie; d. Griechische Epigraphilv
c. Romisdie Epiirrapliil< ; /". Clironologii} ; g. Métrologie). — II. Griechische und lateinische Sprachwissenschaft. — III. Grundriss der Géographie und Geschichte. [a. Géographie und Geschichte des alten Orients; b. Géographie von Griodionland und den griechischen Kolonion ; c. Topographie von Athcn ;
d. Géographie von Italien und dem Orbis Romanus; e. Topographie von Rom; f. Grundriss der griechischen Geschichte nebst Quellenkunde ; g. Grundriss der roniischen Geschichte nebst Quellenkunde). — IV. Alterthiimer [a. Die griechischen Staats- und Rechtsalterthûmer; b. Die griechischen Privatalterthûmer, Die griechischen Kriegsaltherthûmer; c. Die romischen Staats- Rechts- und Kriegsalter- Ihiimer. Die romischen Privatalterthûmer und rômische Kulturgeschichte). — V. [a. Geschichte der alten Philosophie; b. Griechische Mythologie und Religionsgcschichte ; c. Griechische Cultusalterthùmer ; d. Rômische Religion und Sakralalterthiimer). — VI. Archaeologie der Kxinst. — VIL Griechische Litteraturgeschichte. — VIII. Geschichte der romischen Litteratiir. — IX. [a. Geschichte der byzantinischen Litteratur (527-1455); b. Geschichte der romischen Lilteratur im Miltelalter\ — Toutes les parties du Handbuch sont publiées, à l'exception de IX b. — Plusieurs volumes ont déjà paru en seconde ou en troisième édition.
\. La nouvelle édition de cette Encyclopédie alphabétique, publiée sous la direction de G. Wissowa, est en cours de publication, à Stuttgart, depuis 1895. % t. Vit IV), 1000. va présentement jusi|u'au mot « Cornilicius ». 2. En cours df publication, à Paris, depuis 1875.
placer au premier rang la célèbre Collection des Grundriss de Strasbourg : le Grundriss der indo-arischen Philologie und Alterthuuiskunde (commencé sous la direction de feu G. Bûhler, en cours de pubbcation depuis 1890), et le Grundriss der iranisc/ien Philologie (publ. sous la direction de W. Geiger et E. Kiihn, en cours de publication depuis 1896). — Il y a une Introduction bibliographique à l'étude des anti(piités égyptiennes au t. I (Gotha, 1884, in-8) de \ JFAjijptische Geschichte de A. ^Yiedemann, et une Introduction biiiliograi)hi({ue à l'étude des anti([uités assyriennes en tête de la Babylonisch-Assyrische Geschichte de G. P. Tiele (Gotha, 1880, in-8). Cl", l'ouvrage précité de C. Wachsmuth (§ 150).
170. — MoYRX ÂGE. — Un homme s'est rencontré pour entreprendre un répertoire bibliographique général de l'histoire du moyen âge, c'est-à-dire de l'histoire de tous les pays, à tous les points de vue, pendant mille ans, entre 500 et 1500 de notre ère.
M. Ulysse Chevalier a divisé en trois parties son Répertoire des sources historiques du moyen âge. — La première, intitulée Biobibliographie (Paris, 1877-1886, g'r. in-8. Supplément, 1888, gr. in-8), l'ouriiit la réponse à cette question : « Quelles sont les sources [non pas les sources originales, mais les livres ou les dissertations modernes] à consulter sur tel ou tel personnage historique ayant vécu entre le iv^ et le commencement du xvi^ siècle? » — La seconde, inexactement intitulée Topo-bibliographie (Paris, 1894-1900, 4 fasc. gr. in-8, de A à NO), est destinée, dit l'auteur, à fournir la réponse à cette question : « Quels sont les travaux dont telle localité, tel fait, telle institution du moyen âge a été l'objet, tant au i)oint de vue politique que littéraire? » — La Bio-bibliographie, dit encore M. U. Chevalier, renseigne sur les hommes, la Topo-bibliographie sur les lieux et sur les événements du moyen âge. — Quant à la dernière partie du Répertoire, ce sera ce futur « Dictionnaire des auteurs du moyen âge » dont nous avons déjà parlé (g 152).
La Bio-bibliographie de M. Chevalier, qui est une œuvre de premier ordre, laisse à désirer : ce n'est pas tant parce qu'il s'y trouve des erreurs et des lacunes, chose inévitable'; c'est parce que M. Che-
1. Il faut ren.arqucr. toutefois, que M. Chevalier vise à être complet. C'est mÙTic sa seule excuse pour citer, comme il le fait, des livres absolument nuls
13i INSTRUMENTS DE BIKLIOGRAniIE HISTORIQUE.
valirr n'a lait (]iic transcrire et ranger par ordre alphabétique des noms d'auteurs les titres des ouvrages qu'il indique, sans distinguer ceux de ces ouvrages qui sont utiles de ceux qui n'ont aucune valeur (livres anciens et totalement annulés, livres pour l'enseigne- ; ment élémentaire ou de })ure édification, etc.). Le lecteur, mis en ])résence d'une quantité de titres bruts, est exposé à perdre beaucoup de temps en recherches inutiles que le devoir du bibliographe aurait été de lui épargner (cf. § 6). — Il est bien entendu, du reste, que M. Chevalier n'a prétendu faire qu'un Catalogue de titres. Le Répertoire des sources historiques du moyen âge n'est pas un index. Si un personnage est nommé dans le titre d'un livre ou d'un article, ce livre ou cet article, si insignifiant qu'il soit, sera indiqué dans la Bio-hihliographie\ mais les livres, même importants pour l'histoire d'un personnage, dont les titres ne mentionnent pas expressément ce personnage, sont, en règle générale, omis (cf. § 7).
Les défauts de la Bio-bibliographie ne sont pas moins sensibles dans la Topo-bibliographie; mais là, ils sont aggravés par cette circonstance que le plan de ce second recueil n'est ni clair, ni rationnel.
Si, dans la Topo-bibliographie, M. Chevalier s'en était tenu à la bibliographie des lieux, comme il s'en est tenu, dans la Bio-bibliographie, à la bibliographie des personnages, il n'y aurait rien à dire. Un pourrait observer seulement que la phi})art des ouvrages publiés sur l'histoire des « localités » ne traitent ])as spécialement de leur histoire au moyen âge, de sorte que l'auteur d'une Topo-bibliographie du moyen âge est exposé à signaler une foule d'écrits oii, du moyen âge, il n'est pas ou presque pas question. C'est là une diflicullé qui n'existait point pour la Bio-bibliographie . Elle est grave, [ji l'ait, M. Chevaher, qui l'a vue, n'a pas réussi à en trionq)her*.
ou dépassés, qu'il serait non seulement inutile, mais dangereux de consulter. 1. Dans la Topo-bibliographie de M. Chevalier sont indiqués quantité d'écrits qui ne touchent qu'incidemment à l'histoire du moyen âge, ou qui ne la concernent pas du tout. L'auteur, n'ayant ])as été en mesure d'éviter cet inconvénient, n'est pas loin de s'en féliciter : « Pour certains ])oints, il [ce répertoire] constituera même la bibliograj)hie de tous les temps : tandis que les ouvrages relatifs aux personnages compris entre la naissance du Christianisme et l'an 1500 touchent rarement à l'antiquité et aux temps modernes autrement que par comparaison, les monographies des localités et des institutions sont rarement restreintes à la période du moyen âge... »
BIBLIOGRAPIIII- HISTORIQUE (RETROSPECTIVE). 135
Mais le compilateur ne s'est pas résigné à perdre ou à réserver pour un troisième recueil les données bibliographiques qu'il avait ramassées, au cours de ses dépouillements, sur tous les sujets autres (pie l'histoire des personnages et l'histoire des localités. Sons prétexte de Topo-bibliographie, il a inséré, dans la même série alphabéti(pi(' (pie les noms de localités, les rubricpies les plus diverses : noms de l'amilles, d'institutions et d'objets, titres d'anciens ouvrages, etc. Voici, par exemple, quelques-unes de ses rubriques (p. 1075 et s.) : Fables, Fabliaux, Face {Sainte), Facéties, Fcereijinga Saga (histoire des lies Feroë), Faesch {famille suisse), Fagrl {fonds à la Bibl. de Trinity Collège, Dublin), Fagifacetus (lihcllus de moribus). Faillite, Fainéants {rois). — Jl y a des articles Christianisme, Église, Histoire, Moyen âge. Religion, etc.*. — Sous chacune des rubriques générales se trouvent les renseignements les plus hétérogènes, classés d'une manière assez grossière. Voici, par exemple, quelques-unes des subdivisions établies ;i l'intc;rieur de l'article France : Académies, archéologie, archives, armée, bibliographie, biographie, civilisation, conciles, détails {!), documents, droit, économie, église, éloquence, généralités, institutions,
littérature, mélanges, monarchie, relations, royauté, sources
Les subdivisions ne sont nullement unil'ormes, du reste, dans tous les articles généraux du même genre. — A l'intérieur de chaque subdivision, c'est encore l'ordre alphabétique (des noms d'auteurs) (pii est suivi. — La confusion qui résulte de ces dispositions arbitraires est inexprimable.
En résumé, la Topo-bibliographie est une compilation informe, dont toute l'économie laisse à désirer. Il s'y trouve toutefois une telle abondance d'indications qu'aucun m(3diéviste ne saurait se disj)enser de l'avoir constamment sous la main. Mais il faut apprendre à s'en servir. Un instrument si imparfait n'est pas pour les personnes
1. « Le sous-titre Topo-bibliogrophie. dit l'auteur dans son Avertissement, n'a été adopté que faute d'un terme plus compréhensif pour désigner (ont ce qui uc'st pas personnage : il oHre la bibliographie de l'universalité des sujets sous lesquels peut être classée alphabétiquement Ihistoire médiévale dans ses moindres détails.... Le plan ne s'est formé que progressivement : il n'embrassait au début que le cMé strictement historique; le caractère encyclopédi({ue a liui [lar simposer, au poinl de vue à la fois objectif et géographique.... »
inexpérimentées : il les induirait trop souvent en recherches superllues.
171. — Philologies modernes. — Le Répertoire des sources historiques du moyen . âge est, en somme, une Encyclopédie hibliographique de l'histoire du moyen âge à la manière des vieilles « Bihlioihèques » de Martin Lipenius (g 16). Mais la science du moyen âge est trop vaste, elle a trop peu d'unité pour être l'objet de Manuels à la iaçon du Manuale de Valmaggi (g 167) ou du Handbuch d'Iwan V. Millier (§ 168). Il n'y a pas une a Philologie du moyen âge », comme il y a une « Philologie classique ». Il y en a plusieurs.
L' (( Encyclopédie » des principales « Philologies » du moyen âge et des temps modernes a, d'ailleurs, été récemment exposée dans des ouvrages généraux, dont la partie bibliographique est assez considérable : le Grundriss der germanischen Philologie de Hermann Paul (Strassburg, 1891-1892, 2 vol. in-8; 2<^ éd., en cours de publication depuis 1 896) ; et le Grundriss der romanischen Philologie de G. Grôber (Strassburg, en cours de publication depuis 1888). Pour la Philologie slave, voir l'introduction bibliographique de Fr. Pastruek, Bibliographische Uebei^sicht ûber die slavische Philologie, 1876-1891, dans YArchiv fur slavische Philologie (Berlin, 1892, in-8), dont voici les divisions : « Bibliographie générale. Langue et philologie. Histoire littéraire. Littérature populaire. Antiquités slaves. Histoire et sciences auxiliaires. »