Fr, Milkaii, o. c., p. 8 et suiv
BIBLIOGnAPHIES UNIVERSELLES. 11
Domenclatiire avec le plus grand soin. Il s'en dégage cette intéressante constatation que plusieurs personnes (dont quelques-unes n'avaient pas la tête très saine) sont tombées à ce sujet, sans se connaître, dans les mêmes errements, en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, etc. Les imagiihilions des rêveurs d' « Index )) ou de (( Catalogues » universels sont extrêmement monotones.
9. — Plusieurs hommes très laborieux ont non seulement conçu, mais entrepris, au xvii*^ et au xviii^ siècle, l'Index universel.
Le plus connu est l'abbé Francesco Marucelli, érudit florentin, mort en 1705. On l'a loué récemment d'avoir, « un des premiers, reconnu la nécessité d'inventorier et de classifier les notions acquises à la science in ogni opéra e in ogni libro, ricercando e vagliando la farina dei fatti, et d'avoir consacré sa vie à cette « noble entreprise (noh'de assunto) ». Il a formé son Mare magnum (qui, avec des additions postérieures à 1705, se compose aujourd'hui de 111 volumes manuscrits conservés à la Bildioteca Marucelliana de Flo-. rence) en distribuant, sous GOOO rubriques environ, des titres, des extraits et des références recueillis dans les livres qu'il avait lus. La liste de ces 6000 ru])riques a été imprimée de nos jours; quant à l'ouvrage lui-même, il est resté inédit ^
L'ouvrage est resté inédit parce que, chose singulière, Marucelli et ses héritiers ont craint une concurrence. En même temps que Fabbé florentin réunissait à Rome les éléments de sa vaste compilation, le P. Rafl'aello Savonarola, de Padoue, s'appliquait dans la maison professe des Théatins de Munich à un travail analogue : l'Index universel de toutes les œuvres imprimées jusqu'à l'année 1700 sur toutes les matières, dans toutes les langues (même orientales), et sous toutes les formes bibliographiques. VOrbis litterarius uni-
1. Le titre complet du Mare mar/num devait être, d'après le prospectus publié à riome en 1701 : « Marc magnum omnium materiarum, sive index universalis alpliabeticus quorumcumquc scriptorum cujusque idiomatis qui de quacumque arte, scientia, hisloria, vel re, aut intei^^rum volumen. aut saltem capilulum conscripserunt, cum tali rerum distinctione ac divisione ut niliil cxactius vel copiosius desiderari possit. Opus... in quo CL"" auctores indicanlur... materiis per
al])habctum dispositis » — La table des l'ubriques du Mare magnum a été
publiée par G. Biagi dans la Collection des Indici e Cataloghi, t. IX (Roma, 1888; in-8j.
il ÉLÉMENTS DE BIBLIOGRAPHIE GENERALE.
versua de U. Savoiiarohi ^ clait conservé, au xyiii^ siècle, dans la bibli()lliiM|ue du couvent des Théatins de Padoue, en 40 volumes in-iolio. On ne sait aujourd'hui ce ({ue l'exemplaire original de cette grande Encyclopédie bibliographique (dont il n'existe point de copies) •est devenu *.
Inutile de nommer ici tous les émules de Marucelli et de Savonarola, tels «pie l'abbé Ph. Drouyn, leur contemporain, qui a Jaissé un commencement d'Index imiversel (manuscrit) en plus de trois cents volumes^. Disons seulement qu'en 1895, un bibliographe viennois formulait encore, avec une intrépidité déconcertante, le plan le plus vaste qui ait jamais été conçu pour un Index universel : « Ja selbst ans lUichern, wo man es sonst nicht sucht, miisslen charakteristische Stellen abgedruckt werdcn, z. B. bei Gûnther oder Gottsched Gœthes Bemerkungen ûber dièse* ))
10. — C'est, plus modestement, au Catalogue universel que se consacre Vlnstitut international de Bibliographie, fondé à Bruxelles en septembre 1895. Mais jamais cette œuvre n'a été amorcée avec plus de loi et d'ardeur que par MM. La Fontiiine et Otlet,
1. Le titre complet était, d'après le frontispice qui fut publié comme prospectus, à Padoue, en 1G98 : a Orbis litterarius universus, cxbibens materias et scriptores in omni scientiarum et artium génère, quocumque idiomate ab initio rci littcrariœ usquo ad prcsens.... Opus ex mundi lotius bibliothecis prœcipuis concinnatum, online Indicis generalis materiarum alpiiabetice dispositum.... » Undici e Cataloghi, IX, p. xxxix].
2. La section géographique seulement de l'Encyclopédie bibliographique de R. Savonarola a été publiée [Universus terrarum orbis scriptorum calamo delineatiis, publié sous l'anagramme A. Lasor a Varia. Patavii,1715, 2 vol. in-fol.). — Savonarola, de la race des grands librorum manducatoreH, qui fut si bien représentée au xviii'' siècle dans le monde des érudits, avait composé « un nombre iniini d'autres compilations », que son bio-bibliographe, Innocenzio Savonarola, a décrits (0. c, p. xlh).
3. Catalogue des Manuscrits de lu Bibliothèque de l'Arsenal. V (1889), p. 595-425. M. Fr. Funck-Brentano a émis l'avis [Revue des Deux Mondes, janv. 1898, p. 176) que l'œuvre de l'abbé Drouyn était « admirablement comprise » ; cette appréciation j)araît peu justifiée.
4. Cité par Fr. Milkau, o. c., p. 27, note 2. Cf. ib., p. 6, 1. 40.
Le seul essai, très sommaire, dindcx universel qui ait été publié jusqu'ici est celui de M. Colgroave, .4 Conlenls-Subjcct Index to gênerai and pcriodical Literature (London, 1900, in-8j. 11 est j)récé(lè d'un projet d'Index universel complet (réim|)rimé de Literature, 25 mars 1899).
BIBLIUGUAPHIES LMVEUSELLES. 13.
fondateurs de Vlnstltut international. L'entreprise de i]ruxelles est, sans comparaison, la plus considérable de tous les essais modernes (le (latal<i;^nic universel'.
Vn des principaux amis, en France, de l'Imitilut international de Uibliograplde de Bruxelles, M. H. Sébert, a résumé assez clairement le but de cette association, et l'œuvre accomplie jusqu'à présent par elle,. en ces termes : « Un des objectifs principaux de l'Institut est d'étaldir un Répertoire prototype universel, dont l'exemplaire original doit être conservé au siège social de cette Institution. — Ce répertoire doit réunir les notices bibliographiques se rapportant aux œuvres de toute nature, publiées dans tous les pays. Il ne doit pas se borner aux titres des ouvrages publiés sous forme de volumes ; il doit comprendre aussi les sommaires des articles parus dans les recueils imprimés et les publications périodiques. — Il n'exclut même pas les titres des simples articles de journaux ou de revues, quand ceux-ci présentent un intérêt particulier^. . . . — Un répertoire de ce genre ne peut avoir la prétention d'être jamais l'inventaire complet * des productions intellectuelles du monde entier; mais on peut concevoir qu'une organisation suffisamment puissante réussisse à assurer, au moins à l'exemplaire prototype, un développement qui lui permette d'approcher de cet idéal. — On peut même admettre qu'une organisation de ce genre fournira le moyen d'enregistrer, avec une régularité suftîsante, les productions journalières de l'esprit humain, pour permettre de tenir à jour le Répertoire, lorsqu'il aura été constitué. »
1. Il existe déjà une abondante littérature pour et contre les projets AcV Institut international rie Bihliograpliie. On en trouvera l'indication dans le Bulletin publié, depuis 1896, par cet établissement. — Les projets de l'Institut ont excité, dans plusieurs pays, l'enthousiasme de quelques personnes; mais ils ont été critiqués ou froidement accueillis par la jo-rande majorité des spécialistes. Les observations critiques de M. Fr. Milkau qui, dans son ouvrage cité, résume la controverse, sont à la fois très modérées et, à notre avis, très pertinentes. Cf. P. Otlet, Le répertoire bibliographique universel, dans le Compte rendu du Congrès bibliographique tenu à Paris en 1898, t. II (Paris, 1900, in-8), p. 134-144.
2. M Sébert ajoute même, en cet endroit, que le Catalogue, tel qu'il le conçoit, doit être, jusqu'à un certain point, un Index : « Il admet, non seulement des sommaires bibliographiques simples, c'est-à-dire reproduisant purement et simplement les indications fournies par les titres mêmes, tels qu'ils sont imprimés, mais aussi des sommaires analytiques comportant des sous-titres explicatifs et même de véritables analvses. »
M. H. Sébcrt ajoute : « Les fondateurs de Tlnslilut de Bruxelles se sont donné comme programme de réunir, pour la fm du siècle, un Répertoire manuscrit qui put constituer déjà un inventaire presque complet de l'œuvre imprimée du monde entier, au moina de celle existant sous forme de volumes, de sorte qu'il n'y eût plus qu'à chercher à la tenir au courant des productions nouvelles de l'esprit humain.... L'Institut a déjà pu réunir et classer un double exemplaire du Répertoire bibliographique universel, composé de près de trois milhons de notices bibliographiques, et formant deux séries de fiches identiques, classées les unes alphabétiquement d'après les noms d'auteurs, et les autres par ordre de matières, à l'aide de numéros classificateurs, d'après le système Dewey. »
Il conclut en exprimant l'espoir a qu'au moment de l'ouverture de l'Exposition universelle de 1900, l'exemplaire prototype de ce Répertoire, que l'Institut de Bruxelles se propose d'exposer dans la salle des Pas Perdus du Palais des Congrès, constituera un monument digne d'être adopté comme type pour les travaux que le siècle nouveau devra voir se poursuivre avec méthode, si l'on veut pouvoir conserver trace des productions de plus en plus nombreuses de l'esprit humain * ».
11. — Les affiliés de Y Institut international de Bibliographie de Bruxelles s'exagèrent beaucoup, semble-t-il, l'importance de la collection qu'ils forment. — D'abord, ils s'exagèrent la valeur du système de classification méthodique (le volapûk bibliograpliique inventé aux États-Unis, dès 1875, par M. Melvil Dewey) qu'ils ont adopté et qu'ils s'évertuent à « perfectionner » avec un zèle infatigable. Ils s'exagèrent aussi la valeur de leur méthode : a supposer même que le système Dewey fiit, comme ils le prétendent, le meilleur des systèmes imaginables, un Répertoire de titres, fabriqué avec des ciseaux, par des gens qui ne lisent pas, qui sont obligés de s'appro-
1. II. Sébert. Le réperloire bibliographique universel... et le Catalogue de la Socie'lé royale de Londres, dans la Revue générale des sciences vures et appliquées, X (1899), p. 655.
L'Institut vend dès à présent des extraits de son Répertoire prototype, sur tous les sujets possibles. Voir les conditions et les prix dans le Bulletin de l Institut international. II, p. 142.
prier, sans les vérifier, les indications des répertoirt;s antérieurs,, et qui travaillent beaucoup, mais toujours de seconde main, ne pourra jamais devenir, comme on se l'est naïvement figuré, a l'organe principal de la vie intellectuelle des peuples ». — La grande erreur des promoteurs de la Bihliotheca universalis de Bruxelles est d'ignorer, ou d'agir comme s'ils ignoraient (peut-être l'ignoraient-ils à l'origine), qu'il existe déjà un outillage bibliographique très compliqué et, en partie, excellent. Cet outillage a, sans doute, ses lacunes et ses impcrléctions, que les hommes compétents connaissent, et que, de tous côtés, ils s'appliquent à combler ou à corriger. Mais il ne saurait être question de travailler désormais, dans le domaine de la Bibliographie, comme sur une table rase, en faisant abstraction de ce qui est. L'œuvre qui s'impose, aujourd'hui, est, non pas de remplacer l'outillage qui existe, mais d'en enseigner le maniement (car la plupart des intéressés en ignorent l'existence), d'en reconnaître le fort et le faible, et de l'améliorer. 11 semble, d'ailleurs, que VInstitiU international de Bibliographie ait commencé à entrevoir ces vérités: Peut-être ses amis les plus éclairés attachent-ils, dès maintenant, moins d'importance aux trois millions de fiches, destinés à représenter la littérature antérieure à 1900, qui ont été exposés en 1900 par V Institut a dans le Palais des Congrès », qu'aux répertoires périodiques de bibliographie courante, destinés à compléter la collection, déjà si riche, des répertoires de ce genre, dont Vinstitut a commencé la publication régulière*. — En tout cas, il faut attendre, avant d'adhérer à l'espoir que le Répertoire de Bruxelles sera considéré un jour comme « le monument typique de la Bibliographie », que l'on ait enfin montré, autrement que par des affirmations sans preuves, à quoi il pourrait servir, dans l'état actuel de la science.
i. Voir la liste des Bibliographies courantes publiées sous les auspices de Vînstitut [a Bibliographia sociologica », a B. philosophica », « B. astronomica », etc.) dans Fr. Milkau, o. c, p. 17. Cf. Bullelin cité, 1899, p. 179-184. — La plupart de ces réjjcrtoires de la production courante pour certaines spécialités, publiés par Vinstitut, sont, du reste, jusqu'à présent, de type rudimentaire et de qualité inférieure.
iG ÉLÉMENTS DE BIBLIOGUAPIIIE GÉNÉRALE.